« La pharmacie n’est pas à vendre », « La pharmacie est une mission, pas un business », ou encore « Votre avis n’est pas raisonnable ». Autant de slogans qui résument, à eux-seuls, le ras-le-bol ambiant. Les manifestants voient dans les orientations du Conseil bien plus qu’un simple avis technique puisqu’il est question d’un « glissement dangereux vers une privatisation déguisée d’un secteur sensible ». C’est ce que préfigure la possibilité d’ouvrir le capital des pharmacies à des investisseurs extérieurs, perçue comme une menace directe pour l’indépendance des officines et pour l’équilibre du système de santé.
Amine Bouzoubaa, secrétaire général de la Confédération, a appelé à une intervention urgente des pouvoirs publics. « Nous demandons au gouvernement et au ministère de la Santé d’intervenir immédiatement pour mettre fin à la tension que connaît le secteur », a-t-il insisté, appelant au rejet pur et simple des recommandations du Conseil. Le responsable syndical alerte également sur les risques d’une ouverture du capital à des investisseurs « qui n’ont aucun lien avec le secteur de la santé ni avec la réalité du médicament et du patient ». Une telle évolution, prévient-il, « mettrait en danger la santé publique et fragiliserait l’ensemble du système ».
Abdelhafid Oualalou, pharmacien en vue, juge pour sa part que « le patient et l’économie nationale seront les premiers perdants si ces recommandations se transforment en loi ». Il met en garde contre des « déséquilibres profonds » susceptibles d’affecter la qualité des soins. Outre la dimension économique, les professionnels défendent une vision du métier. « Le médicament est d’abord un outil de soin avant d’être une marchandise », martèle-t-il, estimant que l’introduction d’une logique purement capitalistique dans ce secteur « ne tient pas compte de sa sensibilité ».
Dans son avis, le Conseil de la concurrence a défendu une approche graduelle, estimant que « l’ouverture encadrée et progressive du capital » permettrait de moderniser le secteur et de renforcer sa viabilité financière, sans remettre en cause la responsabilité professionnelle. Une recette qui ne semble pas faire l’unanimité. Si la Confédération opte pour l’escalade, d’autres organisations professionnelles privilégient une approche plus mesurée, misant sur le dialogue institutionnel plutôt que sur la confrontation.
