« C’est fait ! L’Union européenne sanctionne aujourd’hui les principales organisations israéliennes coupables de soutenir la colonisation extrémiste et violente de la Cisjordanie, ainsi que leurs dirigeants », a annoncé Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, sur X. « Ces actes gravissimes et intolérables doivent cesser sans délai », a-t-il.
Des sanctions contre des responsables du mouvement islamiste palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, ont également été l’objet de cet accord politique, selon Jean-Noël Barrot.
Sept colons extrémistes ou leurs organisations sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas.
Ce sont les sanctions classiques de l’Union européenne, à savoir le gel des avoirs détenus dans l’Union et l’interdiction de pénétrer sur le territoire européen. « La situation en Cisjordanie est inacceptable, tout comme celle à Gaza, qui reste très dramatique », explique Tanja Fajon, ministre slovène des Affaires étrangères. « Nous appelons tout le monde à réclamer un cessez-le-feu, car la solution à deux États est de plus en plus menacée par les agissements du gouvernement israélien, et nous condamnons les violations du droit international humanitaire ainsi que la situation en Cisjordanie et à Gaza »
Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères, a vivement dénoncé la décision de l’Union européenne de sanctionner des organisations et des individus liés aux colonies en Cisjordanie. Pour Tel-Aviv, ces mesures sont « arbitraires et politiques ». Le chef de la diplomatie fustige ce qu’il appelle une « comparaison moralement déformée » : l’Europe a en effet choisi d’annoncer, lors de la même session, des sanctions contre des colons et contre des responsables du Hamas.
Au-delà de la rhétorique, l’inquiétude grandit dans les couloirs du ministère. Des diplomates israéliens confient aux médias que le climat s’est brutalement dégradé. Le retrait du veto de la Hongrie – allié historique d’Israël – a laissé le champ libre aux Vingt-Sept. Selon ces sources, l’Europe perçoit désormais une dérive d’Israël vis-à-vis des valeurs démocratiques communes. Un fossé qui menace désormais le socle même des accords commerciaux et diplomatiques entre l’État hébreu et son principal partenaire économique.
Le sinistre Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité intérieure, a qualifié lundi l’Union européenne d’« union antisémite ». « Attendre de l’union antisémite qu’elle prenne une décision dictée par la morale c’est comme attendre que le soleil se lève à l’ouest », a écrit sur X ce colon et figure de l’extrême droite israélienne, coutumier des déclarations outrancières et des accusations d’antisémitisme.
Territoire palestinien miné par des violences quotidiennes, la Cisjordanie est occupée par Israël depuis 1967. Au moins 1 069 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants mais aussi beaucoup de civils, y ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, selon un comptage de l’AFP établi à partir de données de l’Autorité palestinienne. Ces sanctions étaient bloquées depuis des mois par un veto de la Hongrie de Viktor Orban. Mais la victoire de Peter Magyar aux élections législatives du 12 avril a permis d’obtenir un accord politique sur ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs dans l’Union européenne et une interdiction d’entrer dans l’UE. Une décision officielle des 27 doit encore être prise pour qu’elles entrent en vigueur.
