C’est le chaînon manquant que l’industrie automobile cherchait pour séduire la classe moyenne marocaine. Alors que le marché hésite encore entre l’hybride classique (souvent jugé trop thermique) et le 100 % électrique (bloqué par le déficit de bornes de recharge interurbaines), Leapmotor jette un pavé dans la mare.
Le constructeur commercialise le B10, premier SUV compact de sa nouvelle série « B », sur une plateforme de dernière génération (LEAP 3.5). Mais au-delà de son prix d’appel très agressif de 269 000 dirhams, c’est son architecture moteur qui va forcer confrères et concurrents à revoir leurs grilles d’analyse.
Adopter le REEV…
La nuance est de taille et mérite d’être explicitée, car le grand public s’y perd souvent. Le Leapmotor B10 est un REEV (Range Extended Electric Vehicle). Contrairement à un Toyota RAV4 ou à un SUV hybride standard où le moteur à essence et le moteur électrique se relaient ou s’associent pour faire tourner les roues, le B10 fonctionne différemment. La propulsion est 100 % électrique. Seul le bloc électrique est connecté aux roues. Le couple est instantané, la conduite est fluide, linéaire et totalement silencieuse. En d’autres termes, le moteur thermique n’agit que comme une mini-centrale électrique. Le bloc essence 1,5 litre sous le capot n’a aucun lien mécanique avec les transmissions. Son seul et unique rôle est de s’allumer pour recharger la batterie de 18,8 kWh lorsque celle-ci passe sous un certain seuil.
Le compromis pour l’automobiliste marocain est presque parfait. En ville, pour les trajets quotidiens (maison-bureau), le véhicule roule en mode « zéro émission » sur sa batterie avec 86 km d’autonomie. Et pour les longs trajets estivaux ou les voyages au long cours, plus besoin de planifier son itinéraire en fonction des bornes de recharge : le réservoir d’essence prend le relais pour alimenter le générateur et pousser l’autonomie combinée à 900 km.
L’autre facette majeure de Leapmotor sur l’échiquier réside dans ses appuis industriels. Si la marque est technologiquement chinoise, elle est distribuée et soutenue à l’échelle internationale par le groupe Stellantis (Fiat, Peugeot, Jeep…). Au Maroc, pays où l’acheteur est extrêmement friand de garanties sur la valeur de revente et la disponibilité des pièces de rechange, cette alliance est un argument de poids. Acheter une marque chinoise émergente suscite parfois de l’anxiété quant au « service après-vente ». Avec l’adossement à un géant industriel déjà solidement implanté dans le Royaume (notamment via l’usine de Kénitra), Leapmotor s’offre une crédibilité immédiate que d’autres nouveaux entrants asiatiques indépendants mettront des années à bâtir.
À bord, le B10 vise clairement la génération connectée. La planche de bord est épurée, dominée par une dalle tactile centrale HD 2,5K de 14,6 pouces. L’intégration de la Leapmotor App permet de gérer son véhicule depuis son smartphone (préchauffage de la climatisation, surveillance de la charge, diagnostic).
Si le constructeur sait que le prix ne fait pas tout, l’argument sécurité reste un critère d’arbitrage pour les familles. Le B10 intègre ainsi 7 airbags et pas moins de 17 aides dynamiques à la conduite (ADAS), avec l’ambition affichée de décrocher la note maximale de 5 étoiles au protocole de crash-test européen Euro NCAP.
Le bon produit au bon moment ?
En arrivant avec la finition unique « Design » et des teintes soignées (comme le Starry Night Blue), Leapmotor ne vend pas un véhicule low-cost, mais de la technologie démocratisée. Le vrai coup de génie de ce B10 est d’avoir compris que le marché marocain n’est pas encore mûr pour le tout-électrique à cause du réseau de recharge, mais qu’il est lassé des consommations des SUV thermiques en milieu urbain.
En contournant le problème de l’infrastructure par un prolongateur d’autonomie, et en cassant la barre psychologique des 300 000 DH, le B10 n’est pas qu’une nouveauté de plus dans le catalogue national : c’est un sérieux avertissement envoyé aux constructeurs européens et japonais installés sur le segment des SUV compacts.





