Auto Nejma, gardien du temple de Mercedes-Benz depuis 1963, bouleverse le marché auto avec l’entrée en lice de Denza, blason ultra-premium du géant chinois BYD. Pour réussir ce lancement, le distributeur coté en Bourse a sorti l’artillerie lourde en s’adossant à l’iconique Daniel Craig, acteur qui a immortalisé la saga OO7. Mais derrière le faste de l’avatar de James Bond, les journalistes spécialisés étaient invités à découvrir la technologie Flash Charging à 1,5 MW. Une puissance de feu inédite sur le continent africain qui pose autant de promesses techniques que de défis logistiques. De quoi s’agit-il ? Oublions pour un temps les lignes de caisse des véhicules pour nous concentrer sur la borne qui les alimente. Auto Nejma promet un temps de charge de 5 minutes pour récupérer 70 % d’autonomie. Une prouesse inédite, théoriquement rendue possible par l’architecture à très haute tension de BYD et sa Blade Battery 2.0.
Cependant, le spécialiste de l’automobile ne peut omettre l’équation énergétique locale. Injecter une puissance de 1,5 mégawatt sur une seule borne équivaut à la demande électrique instantanée d’un petit quartier résidentiel. Si BYD prévoit 3 000 stations de ce type en Europe d’ici la fin de l’année, son déploiement sur les axes autoroutiers marocains imposera une collaboration technique avec l’ONEE pour éviter les pics de tension sur le réseau. C’est précisément pour cela qu’Adil Bennani, Directeur Général d’Auto Nejma, insiste sur le fait que le groupe « investit dans un écosystème complet ». L’importateur sait qu’il doit lui-même bâtir l’infrastructure pour rendre ses supercars viables sur un marché hyper-concurrentiel.
Quid donc du produit qui roule ? A ce niveau-là, le fer de lance de la gamme, le Z9GT (un shooting brake électrique de 1 156 ch capable de couvrir le 0 à 100 km/h en 2,7 secondes), illustre la perte d’avance des constructeurs premium traditionnels sur la gestion dynamique par logiciel. Grâce à sa plateforme e³ dotée de trois moteurs indépendants et de roues arrière directrices indépendantes, ce mastodonte s’affranchit des contraintes physiques classiques. Les fonctions de demi-tour « Compas » (pivot sur axe) et de marche en crabe (déplacement diagonal) ne sont pas des gadgets pour agent secret : elles redéfinissent l’agilité des grands gabarits dans le tissu urbain dense et les médinas du Royaume. L’habitacle, doté du système audio français Devialet (20 haut-parleurs), achève de positionner l’auto comme un salon technologique en rupture totale avec le classicisme européen.
Pour l’état-major d’Auto Nejma, l’arrivée de Denza est un exercice d’équilibriste. Car il est question d’offrir une marque chinoise de rupture sans pour autant cannibaliser ou froisser le partenaire historique Mercedes-Benz. La parade a été trouvée dans la segmentation fine du catalogue Denza. Isolant la marque dans un réseau 100 % dédié, avec des lounges après-vente exclusifs à Casablanca et Rabat, Auto Nejma applique les codes du luxe traditionnel européen à la tech asiatique.
L’offre s’avère plurielle. Il est question de Denza D9, un monospace de prestige hybride rechargeable (353 ch) qui vise le transport VIP et les grands comptes, un segment délaissé par les thermiques classiques. Mais aussi de Denza B5 et B8, deux SUV taillés pour le franchissement sous technologie Super Hybride DM, alliant autonomie et robustesse adaptées aux baroudeurs chics marocains. Quant à la perle, elle est baptisée Denza Z, une hyper-sportive de plus de 1 500 ch (issue de Goodwood) qui servira de vitrine d’image dans un second temps.
En confiant les clés de Denza à D. Craig, le constructeur s’achète une respectabilité immédiate auprès des acheteurs marocains statutaires. Mais la vraie bataille se jouera au niveau du « dernier kilomètre » de l’infrastructure. Si Auto Nejma réussit son pari d’implanter un corridor de charge ultra-rapide 1,5 MW fonctionnel sur les axes Casablanca-Rabat-Marrakech, l’importateur tiendra l’argument absolu pour faire basculer la clientèle de l’essence vers l’électron de prestige, ringardisant au passage les offres électriques encore timides des constructeurs historiques. Qui dit mieux !















