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Infanticide en Palestine occupée : Les Américains couvrent les crimes israéliens

by Perspectives Med
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Infanticide en Palestine occupée : Les Américains couvrent les crimes israéliens

Leonor Zalabata Torres, représentante colombienne auprès de l’ONU, qui préside le Conseil ce mois-ci, a indiqué que le rapport attribuait aux « forces étatiques » le plus grand nombre de violations graves enregistrées l’an dernier. Elle a désigné la bande de Gaza comme « l’endroit du monde comptabilisant le plus grand nombre de violations graves recensées », dont la majorité serait attribuée aux forces israéliennes. Elle a affirmé que des enquêtes indépendantes avaient mis en évidence « un schéma alarmant d’attaques délibérées de l’armée israélienne contre des enfants », avant de s’interroger : « Quelle cause ou quel argument sécuritaire pourrait justifier le fait de tirer de sang-froid sur un enfant ou un nourrisson âgé de seulement quelques mois ? »

Selon elle, les éléments disponibles révèlent « une logique systématique de déshumanisation qui, au lieu de voir un enfant, imagine un futur ennemi », appelant le Conseil à « reconnaître l’intention génocidaire du gouvernement israélien ».

Usman Jadoon, représentant adjoint du Pakistan auprès de l’ONU, a jugé « alarmant » que plus de 12 000 cas de violations graves contre des enfants aient été enregistrés en une seule année dans les territoires palestiniens occupés. Il a averti que les traumatismes psychologiques et les violences subies par les enfants sous occupation étrangère atteignaient des niveaux « extrêmement préoccupants ».

Mohamed Rabi Yusuf, représentant adjoint de la Somalie, a déclaré que le rapport « révèle une réalité tragique », affirmant que des enfants sont tués, mutilés et privés de leurs droits fondamentaux dans plusieurs conflits, tandis que leur avenir est « enseveli sous les décombres, au sens propre comme au sens figuré ».

Fu Cong, représentant chinois, a salué le maintien dans le rapport des auteurs de violations graves contre des enfants à Gaza, en Haïti et dans d’autres régions, appelant à une surveillance étroite de la situation sur le terrain.

Maria Zabolotskaya, représentante russe, a estimé que la bande de Gaza et la Cisjordanie occupée occupaient pour la troisième année consécutive la première place d’un « classement glaçant » des violations des droits des enfants. Elle a également reproché au rapport du secrétaire général de l’ONU de ne pas suffisamment évoquer ce qu’elle considère comme des violations commises contre des enfants russes par les forces ukrainiennes.

De son côté, Jennifer Locetta, représentante américaine adjointe aux affaires politiques spéciales, s’est abstenue de condamner les actions militaires israéliennes contre les enfants palestiniens. Elle a déclaré que « les enfants vivant dans des zones de conflit à travers le monde sont confrontés à de multiples menaces ». Répondant aux critiques adressées à Israël au sein du Conseil, elle a de nouveau attribué l’entière responsabilité au Hamas concernant les violations graves touchant les enfants palestiniens. « On ne peut pas parler de la situation à Gaza sans évoquer le Hamas. Le Hamas est une organisation terroriste prête à utiliser des civils, y compris des enfants, comme boucliers humains », a-t-elle affirmé.

Elle a également critiqué le rapport des Nations unies pour avoir « faussement assimilé les actions des forces armées américaines à celles des combattants houthis », estimant que ce document « renforce la décision des États-Unis de mettre fin à leur participation au Bureau du représentant spécial pour les enfants et les conflits armés ».

Rapport accablant

Plus de 20 000 enfants ont été tués dans la bande de Gaza entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025. Plus de 40 000 ont été blessés et plus de 58 500 ont aujourd’hui perdu au moins un parent ou sont devenus orphelins.

Dans le dernier rapport élaboré par une commission d’enquête mandatée par l’ONU, les experts soulignent que « le ciblage délibéré des enfants est l’un des éléments clés permettant d’établir l’intention génocidaire des autorités et forces de sécurité israéliennes de détruire le « groupe palestinien », dans son ensemble ou en partie, à Gaza ». Pour la commission, les enfants incarnent l’avenir du groupe, et les détruire, c’est compromettre sa capacité même à survivre.  Le rapport d’une centaine de pages documente les violations et les crimes commis par Israël contre les enfants palestiniens dans le Territoire enclavé depuis le 7 octobre 2023 et jusqu’au 31 mars 2026.

Les forces israéliennes ciblent les enfants en bombardant systématiquement des espaces densément peuplés, les zones résidentielles, des écoles ou des camps de réfugiés bondés. Israël a systématiquement perturbé la capacité des enfants à apprendre : 97 % de toutes les écoles ont été détruites, 95 % des universités ont été touchées à Gaza et 22 des 38 universités ont été complètement détruites. Pour la commission, le démantèlement et la destruction des structures de protection et d’éducation ont compromis le développement des enfants et fragilisé « les fondements de la société palestinienne ».

L’État juif a aussi ciblé des services de néonatologie et de maternité, ce qui a entraîné, entre autres, une augmentation des fausses couches et des malformations génitales. Par ailleurs, la famine mise en oeuvre par Israël, a non seulement causé la mort d’enfants à Gaza – au 1er octobre 2025, 151 décès d’enfants étaient dus à la malnutrition – mais a aussi gravement détérioré leur santé.

Mais Israël cible aussi les enfants en les visant délibérément, en tirant sur leurs organes vitaux à l’aide d’armes de précision. Tel-Aviv utilise des quadricoptères, des drones et des fusils de précision visant spécifiquement les enfants à la tête et dans la partie supérieure du corps « pour affliger le maximum de dommages », explique Srinivasan Muralidhar, président de la commission. Et de citer un cas précis : un bébé en train d’être allaité dans une tente, touché à la tête par un drone avec une caméra infrarouge qui permet de visualiser la forme des personnes visées. Des preuves qui montrent que des enfants palestiniens ont été délibérément pris pour cible et tués par les forces de sécurité israéliennes. Le cas très médiatisé de la petite Hind Rajab est un autre exemple.  Pour S. Muralidhar, « en prenant pour cible des enfants Israël s’attaque à la capacité même du peuple palestinien d’exister et de déterminer son avenir ». « Les blessures physiques et psychologiques graves, les traumatismes collectifs, l’orphelinage, la séparation, le handicap, les déplacements répétés, la famine et l’effondrement des systèmes éducatif et sanitaire ont anéanti l’enfance de ces enfants et continueront de les marquer tout au long de leur vie à Gaza », détaille le rapport.

Pis, les enfants qui ont été blessés non seulement resteront mutilés pour la plupart à vie, mais a minima, ils resteront traumatisés toute leur vie. « Pour les enfants de Gaza, la peur, la violence sont devenues si régulières, si quotidiennes, si constantes qu’en fait le traumatisme qu’on constate dans nos opérations ce n’est plus un simple épisode de leur vie, il est intrinsèquement lié à leur quotidien, au tissu même de leur enfance. Il est ancré dans leur corps. Le quotidien n’est peuplé que d’angoisse, de peur, de privation de sommeil et de perte de ses proches. C’est cela aujourd’hui l’environnement dans lequel vivent les enfants et qui est reflété notamment dans ce rapport. Derrière des chiffres, il y a ça », raconte Baptiste Chapuis, responsable du plaidoyer et des programmes internationaux de l’Unicef.

Le cessez-le-feu d’octobre 2025, quotidiennement violé, n’a pas changé la donne puisque, pointe la commission, des enfants continuent d’être tués et gravement blessés. Les enfants représentent 30 % de toutes les personnes tuées dans l’enclave palestinienne et les meurtres et blessures d’enfants se sont poursuivis. Depuis la trêve, qui n’en est donc pas une, au moins 265 ont été tués, soit en moyenne un chaque jour. « Raghad, une jeune ambassadrice de l’Unicef de 17 ans, a été tuée à Gaza ce lundi 22 juin alors qu’elle se rendait à son dernier examen de fin d’études secondaires », tient à pointer B. Chapuis, pour qui les tués ont des noms.

« La réalité est que les Palestiniens continuent d’être tués et blessés à Gaza même après l’annonce du cessez-le-feu en octobre dernier, et que la quantité d’aide humanitaire autorisée à entrer à Gaza demeure très inférieure aux niveaux nécessaires », analyse pour sa part S. Muralidhar. « Ces enfants n’ont pas été tués dans une zone de guerre, notait le 19 juin dernier James Elder, porte-parole de l’Unicef. Ils ont été tués chez eux. Dans leurs écoles. En jouant au football. Alors qu’ils pêchaient. Ils ont été abattus, bombardés et pris pour cible par des drones. » Et à côté de tous ces morts, en huit mois, plus de 400 enfants ont été blessés. « Les médecins soignent des hémorragies cérébrales, des blessures graves à la tête, à la poitrine, à l’abdomen, ainsi que des traumatismes qui marqueront à jamais la vie de ces enfants. »   Les taux de mortalité infantile restent très élevés, de nombreux enfants sont en attente d’évacuation médicale d’urgence, le manque de médicament demeure criant. Autant de préjudices physiques que psychologiques.

La commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU pointe aussi du doigt le traitement des enfants en Cisjordanie occupée et à Jerusalem-Est. Le nombre de violences commises par les colons et des soldats envers les plus jeunes a augmenté : torture, violences sexuelles, privation de nourriture etc., visant majoritairement les garçons. Là encore, ces traitements infligés lors des arrestations ou des détentions constituent un crime contre l’humanité au regard du droit international. Mais Israël justifie ses actes en arguant le contexte de « menace terroriste constante ».

Plus de la moitié des enfants palestiniens détenus dans les prisons israéliennes à la fin de l’année dernière étaient détenus sans inculpation ni procès, selon l’ONG Defence for Children International. « On a coutume de dire que 100 % des enfants de Gaza et la plupart des enfants de Cisjordanie aujourd’hui, sont en situation de difficultés en ce qui concerne la santé mentale, soit en situation de traumatisme, soit en situation de peur, soit en situation d’une grande situation de vulnérabilité », poursuit le responsable du plaidoyer et des programmes internationaux de l’Unicef.

En tant que puissance occupante, Israël est légalement tenu d’assurer la protection, la prise en charge et la survie des enfants palestiniens. Jamais, durant les précédentes guerres israéliennes dans la bande de Gaza, autant d’enfants n’avaient été tués. « Les autorités israéliennes ont bafoué toutes les normes du droit international dans leur traitement des enfants palestiniens, et elles doivent en répondre », insiste Chris Sidoti. Dans les conclusions du rapport, la commission note : une « grande partie des préjudices subis par les enfants palestiniens n’était pas fortuite, mais visait à détruire l’existence des Palestiniens de Gaza en tant que groupe ». Les enfants palestiniens se trouvent au cœur de la démonstration juridique sur l’existence d’un génocide. Et puis, « les soldats israéliens qui se filment en train de détruire et de se moquer des jouets d’enfants soulèvent de graves préoccupations d’ordre éthique, disciplinaire et juridique, symbolisant la déshumanisation de l’enfance palestinienne elle-même ». 

Les enfants palestiniens sont ainsi devenus des cibles à part entière de la politique israélienne et ne sont donc pas uniquement des victimes de la catastrophe. Dans le dernier document du Secrétaire général de l’ONU sur la protection de l’enfance en conflit armé, Israël et les Territoires palestiniens occupés occupent la tristement première place, devant la République démocratique du Congo. Un niveau historique des violations graves faites aux enfants : meurtres, mutilations, violences sexuelles, obstacles délibérés à l’accès humanitaire, attaques délibérées contre les infrastructures vitales et essentielles tels que les hôpitaux ou les écoles, recrutement forcé d’enfants…

« On en revient toujours à l’essentiel », affirme B. Chapuis qui insiste sur deux grandes recommandations qui sortent de ce rapport : pour sortir de la dynamique meurtrière, la communauté internationale, les États, dont la France, doivent enfin utiliser tous les ressorts diplomatiques à leur disposition pour mettre fin à ces violations, et garantir que les responsables répondent de leurs actes. Par ailleurs, il est nécessaire que soit enfin accordée la libre circulation de l’aide humanitaire vers Gaza, qui en manque toujours cruellement.

« Tant que les violations perdureront de façon schématique, systématique, les meurtres et les mutilations d’enfants se poursuivront sans relâche, conclut le responsable du plaidoyer et des programmes internationaux de l’Unicef. Est ce qu’on pense aujourd’hui que la vie d’un enfant palestinien vaut moins que la vie d’un enfant dans un autre pays ? Qu’est ce qui justifie un tel double standard ? L’ampleur des violations du droit international humanitaire et des violations graves sur les droits de l’enfant depuis deux ans et demi a été documentée. On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas. » Reste en suspend la question de savoir combien d’enfants devront encore mourir avant que le droit cesse d’être une option et devienne enfin une obligation.

Poursuites contre Trump et Rubio

A signaler que trois magistrates de la Cour pénale internationale (CPI) ont engagé une action en justice contre le président américain Donald Trump et plusieurs membres de son administration, contestant les sanctions imposées à leur encontre par Washington. Dans une plainte déposée le 24 juin devant un tribunal fédéral de New York, la Canadienne Kimberly Prost, l’Ougandaise Solomy Balungi Bossa et la Béninoise Reine Alapini-Gansou accusent les autorités américaines de chercher à « exercer une pression extrajudiciaire » sur leur travail. Outre D. Trump, la procédure vise également le secrétaire d’État, Marco Rubio, et le secrétaire au Trésor, Scott Bessent.

Les trois magistrates figurent parmi plusieurs responsables de la CPI ciblés par les sanctions décidées par l’administration américaine. Ces mesures leur interdisent notamment l’entrée sur le territoire des États-Unis et bloquent toute transaction financière ou immobilière relevant de la juridiction américaine.

Selon la plainte, ces sanctions ont été adoptées en représailles aux enquêtes menées par la CPI concernant la situation dans les territoires palestiniens. Basée à La Haye, la Cour a délivré en 2024 des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, l’accusant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le cadre du conflit à Gaza. Les juges soutiennent que les sanctions américaines ont pour objectif de « punir » les membres de la Cour pour leurs décisions judiciaires. Elles qualifient ces mesures de « peine de mort financière » et demandent à la justice américaine d’ordonner leur annulation. Dans leur requête de 66 pages, les magistrates soulignent le caractère inédit des sanctions. « Imposer des sanctions aussi draconiennes à l’encontre de juges internationaux est sans précédent », affirment-elles, estimant que ces mesures portent atteinte à l’indépendance du système judiciaire international.

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