Brahim Ghali affirme au journal espagnol que Madrid « sous-estime probablement » le renforcement de l’influence régionale du royaume et alerte sur les conséquences que cette évolution pourrait avoir, selon lui, sur la souveraineté espagnole de Sebta et Melilla une fois le dossier du Sahara réglé en faveur de Rabat. « Les ambitions expansionnistes marocaines semblent sans limites. Les voisins du Maroc ont été victimes de cette politique. La Mauritanie, l’Algérie, le Sahara occidental et l’Espagne sont des terrains d’expérimentation pour l’expansionnisme marocain », a-t-il estimé.
Cette sortie intervient au moment où les thèses critiques à l’égard du Maroc, portées notamment par le parti d’extrême droite Vox, gagnent en visibilité sur la scène politique espagnole. Cette dynamique se traduit par la formation, ces dernières semaines, de gouvernements de coalition entre Vox et le Parti populaire dans des communautés autonomes, comme les pactes conclus entre les deux formations à Castille-et-León, Estrémadure et en Aragon. L’Andalousie pourrait également suivre cette tendance dans les prochaines semaines.
Dans ce contexte, l’hypothèse d’un retour de la droite au pouvoir lors des prochaines législatives est jugée crédible, alors que le PSOE dirigé par Pedro Sanchez, actuel chef du gouvernement, est englué dans des scandales de corruption. Le dernier en date concerne l’affaire des bijoux de l’ancien Premier ministre socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, retrouvés dans son bureau au siège central du PSOE à Madrid, lors d’une perquisition de la Garde civile.
Ce n’est pas la première fois que B. Ghali fait des appels du pied aux partis conservateurs espagnols à travers des médias proches de la droite, comme en témoigne l’interview accordée, en mai 2022, à la chaîne Telecinco.
Le Polisario a régulièrement mis en avant la question des revendications marocaines sur les Présides occupés, afin de sensibiliser une partie de la classe politique espagnole à ses positions. En mai 2021, au plus fort de la crise diplomatique entre Rabat et Madrid provoquée par les circonstances de l’hospitalisation de B. Ghali en Espagne un mois plus tôt, le représentant du Front avait ainsi mis en garde contre le rapprochement entre le Parti populaire, alors dirigé par Pablo Casado, et le Parti de l’Istiqlal de Nizar Baraka. « Cette formation marocaine continue de réclamer dans ses résolutions que l’intégrité territoriale du royaume restera incomplète sans la récupération des terres marocaines occupées, dont Ceuta et Melilla », avait-il alors déclaré.

