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Une délégation pakistanaise à Téhéran : Les négociations pourraient reprendre sous pression US

by Perspectives Med
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Une délégation pakistanaise à Téhéran : Les négociations pourraient reprendre sous pression US

Depuis Pékin, Sergueï Lavrov a décrit la crise iranienne comme un « nœud » qu’aucune solution de force ne peut résoudre, blâmant les États-Unis et Israël pour l’escalade. Le chef de la diplomatie russe a souligné les risques majeurs pour la sécurité régionale et les équilibres économiques du Golfe, notamment sur le détroit d’Ormuz. Moscou a réaffirmé le droit inaliénable de l’Iran à un programme nucléaire civil et rejeté les accusations de militarisation, tandis qu’elle plaide pour la poursuite des négociations diplomatiques et le retrait des sanctions unilatérales.

C’est dans cette atmosphère lourde de suspicion qu’une délégation pakistanaise de haut niveau, dirigée par le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, est en route pour Téhéran afin de présenter un plan en vue d’un second cycle de négociations entre l’Iran et les États-Unis, ont rapporté mercredi les médias d’État iraniens. Porteuse d’un nouveau message de Washington, la délégation doit aborder les prochaines étapes des discussions lors de ses entretiens avec des responsables iraniens, selon IRIB News. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, doit recevoir la délégation.

Les États-Unis et l’Iran ont tenu des pourparlers directs au Pakistan ce week-end dans l’objectif de mettre fin à leur conflit, mais les discussions se sont achevées prématurément dimanche sans aboutir à un accord. Ces échanges intervenaient après près de 40 jours de guerre déclenchée par des frappes américano-israéliennes contre l’Iran. En riposte, Téhéran a visé Israël ainsi que plusieurs pays de la région abritant des installations militaires US.

Donald Trump n’envisage pas de prolonger le cessez-le-feu actuel avec l’Iran, mardi, selon le journaliste d’ABC News, Jonathan Karl. D’après lui, le maitre de la Maison Blanche estime qu’une prolongation ne sera pas nécessaire, a-t-il précisé sur la plateforme américaine X. « Je pense que vous allez assister à deux jours extraordinaires », a déclaré D. Trump. « Je le pense vraiment. » D’après J. Karl, le président américain a laissé entendre que le conflit pourrait se terminer soit par un accord négocié, soit par une action militaire visant à éliminer les capacités de l’Iran. «  Cela pourrait se terminer de l’une ou l’autre manière, mais je pense qu’un accord est préférable, car ils pourront alors reconstruire. Ils ont désormais vraiment un régime différent. Quoi qu’il en soit, nous avons éliminé les radicaux. Ils sont partis, ils ne sont plus parmi nous », aurait déclaré D. Trump. Ce dernier a également fait, selon le journaliste, « cette affirmation extraordinaire » concernant son rôle sur la scène internationale : « Si je n’étais pas président, le monde serait en ruines », l’a-t-il cité.

La veille mardi, les forces américaines ont « complètement stoppé » le commerce maritime à destination et en provenance de l’Iran, a déclaré le commandant du Commandement central américain (CENTCOM), alors qu’un blocus est en cours. « En moins de 36 heures après la mise en place du blocus, les forces américaines ont complètement interrompu le commerce économique entrant et sortant de l’Iran par voie maritime », a indiqué l’amiral Brad Cooper dans un communiqué. Ses déclarations interviennent après que le CENTCOM a lancé lundi un blocus de l’ensemble du trafic maritime entrant et sortant des ports iraniens. Le commandement, chargé des opérations militaires américaines au Moyen-Orient, a précisé que le blocus sera « appliqué de manière impartiale aux navires de toutes les nations » entrant ou quittant les ports iraniens dans le Golfe et en mer d’Oman. « Les forces du CENTCOM n’entraveront pas la liberté de navigation des navires transitant par le détroit d’Ormuz à destination ou en provenance de ports non iraniens », a-t-il ajouté.

Le département du Trésor américain a également annoncé que la licence temporaire autorisant la vente de pétrole iranien en attente en mer ne sera pas renouvelée à son expiration. Sur X, il a ajouté qu’il maintient sa pression maximale sur l’Iran en prenant des mesures résolues dans le cadre de la « Colère économique ». Soulignant que le ministère utilise pleinement tous les outils et prérogatives à sa disposition et qu’il est prêt à appliquer des sanctions secondaires contre les institutions financières étrangères qui continuent de soutenir les activités de l’Iran, le département que « la licence à court terme autorisant la vente de pétrole iranien en attente en mer expirera dans quelques jours et ne sera pas renouvelée. »

La licence autorisait temporairement les transactions liées à la vente, à la livraison ou au déchargement de pétrole brut et de produits pétroliers d’origine iranienne chargés sur des navires avant le 20 mars à 00h01, heure locale. Il avait été précisé que ladite autorisation serait valable jusqu’au 19 avril à 00h01, heure locale.

Pourtant, des données récentes sur le transport maritime ont révélé que le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz s’est poursuivi malgré la mise en œuvre de l’embargo américain sur les ports iraniens, ce qui illustre selon la chaine qatarie Al Jazeera de la complexité de la situation maritime sur l’une des routes de transit énergétique les plus vitales au monde. Les données fournies par Marine Traffic, ont montré qu’au moins 14 cargos ont traversé le détroit d’Ormuz depuis l’après-midi du 13 avril, avec l’entrée en vigueur du blocus américain visant les navires se dirigeant vers ou quittant les ports iraniens. Selon l’analyse, cette activité comprenait deux navires partis de ports iraniens, ainsi que cinq navires battant pavillon iranien lors de la traversée du détroit, à un moment où les nouvelles restrictions sont censées limiter ce type de mouvement.

Parmi les cas les plus notables figure celui du cargo japonais Hosei Maru 126, qui a quitté le port de Bandar Abbas et traversé le détroit quelques heures après l’entrée en vigueur du blocus, avant de désactiver son dispositif de suivi pendant le transit et de le réactiver plus tard sans annoncer sa destination, un comportement qui reflète une tentative de réduire le suivi ou d’éviter la surveillance. Le navire Christina, parti du port Imam Khomeiny, a également traversé le détroit quelques heures après la mise en œuvre de la décision, bien que ses données n’aient pas révélé sa destination finale, Il est géré par une société basée en Grèce.

Les données ont enregistré le passage de plusieurs autres navires battant pavillon iranien, notamment des porte-conteneurs en provenance de Chine, d’Inde et de Libye, ainsi qu’un navire se dirigeant vers le port de Sharjah, indiquant la poursuite de flux commerciaux diversifiés à travers le détroit.

Selon Al Jazeera, le passage continu d’un tel nombre de navires a de multiples implications, notamment le fait que le blocus américain n’a pas entraîné un arrêt immédiat du trafic maritime, mais a plutôt incité certains navires à modifier leur comportement opérationnel, par exemple en dissimulant des données de suivi, en changeant d’itinéraire ou en retardant l’annonce de leurs destinations. Cela reflète également le fait que le détroit est toujours le théâtre d’un trafic mixte, comprenant des navires visés par l’embargo et d’autres non visés, d’autant plus que la décision américaine exclut les navires passant entre des ports non iraniens.

Marine Traffic avait signalé que 55 navires commerciaux ont été enregistrés traversant le détroit entre le 8 et le 12 avril, dont 29 étaient chargés, tandis que le trafic le plus dense dans le détroit a été enregistré le samedi 11 avril, lorsque 14 navires ont traversé.

Avant la guerre, et plus précisément entre le 1er et le 27 février, le nombre moyen quotidien de navires traversant le détroit était de 129.

Selon l’agence Bloomberg, la tentative du président américain d’empêcher l’Iran d’utiliser le détroit d’Ormuz menace de déclencher une confrontation avec la Chine, quelques semaines avant une rencontre prévue, à la mi-mai, entre D. Trump et le président chinois Xi Jinping à Pékin.

Selon l’agence, l’atmosphère devient de plus en plus tendue, avec « une escalade des critiques américaines à l’égard de Pékin », le secrétaire au Trésor, Scott Bisent, ayant décrit la Chine comme un « partenaire peu fiable », tandis que le représentant américain au commerce a mis en garde contre l’impact de ses relations avec l’Iran sur le cours des relations bilatérales.

Bloomberg estime que Pékin a durci le ton concernant la démarche américaine, le président chinois ayant rompu mardi son silence de près de sept semaines sur la guerre contre l’Iran, avertissant que l’ordre mondial était en train de s’effondrer et de sombrer dans le chaos. Tandis que le ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié le blocus naval américain de « dangereux et irresponsable ». Bloomberg a noté que les menaces américaines d’intercepter ou de détourner des navires liés à l’Iran pourraient entraîner des frictions directes avec les navires alliés à la Chine, augmentant ainsi le risque d’une confrontation entre la marine américaine et Pékin.

Dans ce contexte, Hu Xijin, ancien rédacteur en chef du Global Times, a averti que la Chine dispose d’« atouts » qu’elle peut utiliser pour riposter si Washington cherche à nuire à ses intérêts. Il a fait remarquer que toute escalade économique pourrait inciter la Chine à riposter, notamment en restreignant ses exportations de terres rares ou en réduisant ses importations de soja en provenance des États-Unis.

D. Trump a menacé d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 50 % aux pays qui arment l’Iran, suite à des informations faisant état de projets chinois de fournir à Téhéran des systèmes antimissiles, allégations que Pékin a niées et qualifiées de « campagne de diffamation ».

Des analystes ont suggéré à Bloomberg que « Washington pourrait chercher, en ciblant les importations de pétrole chinoises, à pousser Pékin à faire pression sur Téhéran pour qu’il reprenne les négociations, tout en avertissant d’une possible riposte chinoise similaire. » À l’inverse, les responsables chinois ont considéré que les actions de D. Trump reflétaient un dilemme dans la gestion de la guerre, notant que Washington « blâme Pékin » pour son incapacité à atteindre ses objectifs en Iran.

Mercredi, le président américain a affirmé que la Chine avait accepté de ne pas fournir d’armes à l’Iran, ajoutant qu’il avait reçu des garanties directes de la part de son homologue Xi J.« La Chine est très heureuse que j’ouvre de manière permanente le détroit d’Ormuz. Je le fais pour eux – et pour le Monde. Cette situation ne se reproduira pas. Ils ont accepté de ne pas envoyer d’armes à l’Iran », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social, rapporte l’AFP. « Le président Xi me fera un gros câlin quand j’arriverai là-bas dans quelques semaines. Nous travaillons ensemble de manière intelligente et très bien! Cela n’est-il pas mieux que de se battre??? MAIS SOUVENEZ-VOUS, nous sommes très forts pour nous battre, si nous le devons – meilleurs que n’importe qui !!! », a-t-il ajouté.

 

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