Quelques minutes après son adoption à la Knesset, une ONG de défense des droits humains israélienne a annoncé avoir déposé un recours devant la Cour suprême d’Israël pour contester cette loi. Elle est « inconstitutionnelle, discriminatoire par nature et, pour les Palestiniens de Cisjordanie, adoptée sans base juridique », écrit l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI) dans un communiqué détaillant les motifs de sa saisine.
Par ailleurs, un jeune Palestinien a été tué par des tirs de l’armée israélienne au checkpoint d’Anab, à l’est de la ville de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie, a indiqué lundi l’Autorité palestinienne des affaires civiles. Selon la même source, le ministère palestinien de la Santé a été informé de la mort d’Abdulrahman Hamza Abdulrahman Abu Al-Rub, 31 ans, originaire de la localité de Jalbun, dans la région de Jénine, abattu lundi matin par les forces israéliennes.
Le ministère palestinien de la Santé avait annoncé plus tôt que trois Palestiniens, dont un enfant, avaient été tués par des tirs de l’armée israélienne depuis vendredi matin, lors d’incidents distincts survenus à Kafr Aqab, dans le camp de réfugiés de Qalandia au nord de Jérusalem, ainsi que dans le camp de réfugiés de Dheisheh, au sud de Bethléem. De plus, le ministère a précisé qu’Adham Sayed Saleh Dahman, âgé de 15 ans, est décédé des suites de blessures graves causées par des tirs israéliens dimanche soir, lors d’un raid dans le camp de Dheisheh. Il a également indiqué qu’un jeune homme avait été grièvement blessé après avoir été touché au torse par des balles réelles lors du même raid, avant d’être transféré à l’hôpital gouvernemental de Beit Jala pour y subir une intervention chirurgicale.
Enfin, les villes et localités de Cisjordanie connaissent une escalade continue des opérations militaires israéliennes, incluant des raids, des arrestations et l’usage de tirs à balles réelles, entraînant des pertes humaines parmi les Palestiniens.
Pressions sur l’église
A signaler aussi que le patriarche latin de Jérusalem et le chef des franciscains pour la Terre sainte ont été empêchés par la police israélienne d’accéder à l’église du Saint-Sépulcre pour célébrer la messe du dimanche des Rameaux, provoquant des réactions indignées à l’étranger. « Pour la première fois depuis des siècles, les chefs de l’Eglise ont été empêchés de célébrer la messe », a déploré un communiqué conjoint du Patriarcat latin de Jérusalem et de la Custodie de Terre Sainte.
Le cardinal Pierbattista Pizzaballa et le Custode Francesco Ielpo « ont été arrêtés en chemin et contraints de rebrousser chemin », ajoute le texte, qualifiant cet acte de « grave précédent » témoignant « d’un manque de considération envers la sensibilité de milliards de personnes à travers le monde qui, durant cette semaine, tournent leur regard vers Jérusalem ». La police a justifié sa décision par la configuration de la Vieille ville et des lieux saints, « une zone complexe » ne permettant pas l’accès rapide des secours en cas d’attaque, ce qui fait « peser un risque réel pour les vies humaines ».
« Il n’y avait absolument aucune intention malveillante, seulement la préoccupation de garantir la sécurité » du cardinal, a écrit sur X le bureau de B. Netanyahu. « Toutefois, compte tenu de la semaine sainte qui s’ouvre pour les chrétiens dans le monde, les forces de sécurité israéliennes élaborent un plan pour permettre aux responsables religieux de prier (au Saint-Sépulcre) dans les prochains jours », a-t-il précisé.
La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a dénoncé « une offense non seulement pour les croyants, mais pour toute communauté qui reconnaît la liberté religieuse », et Rome a annoncé la convocation lundi de l’ambassadeur d’Israël en Italie. Le président français Emmanuel Macron a également condamné la « décision de la police israélienne, qui s’ajoute à la multiplication préoccupante des violations du statut des lieux Saints de Jérusalem », Madrid déplorant de son côté « une attaque injustifiée à la liberté religieuse ».
Le dimanche des Rameaux, qui ouvre la Semaine sainte, commémore la dernière montée du Christ à Jérusalem, où il avait été reçu par une foule en liesse à quelques jours de sa crucifixion et de sa résurrection le matin de Pâques. D’après les estimations en 2023 du Patriarcat latin de Jérusalem, les chrétiens représentaient plus de 18% de la population de la Terre sainte (région qui inclut la Jordanie en plus d’Israël et des Territoires palestiniens) lors de la création de l’entité sioniste en 1948, mais ils sont désormais moins de 2%, pour la plupart orthodoxes.
Amman a dénoncé une « violation flagrante » du « statu quo juridique et historique en vigueur » et a appelé à la fin « des mesures entravant l’accès des fidèles à leurs lieux de culte ».
Le Patriarcat latin avait annulé la procession traditionnelle du dimanche des Rameaux, qui part habituellement du mont des Oliviers pour rejoindre Jérusalem et attire chaque année des milliers de fidèles. Des chrétiens palestiniens se sont alors réunis au monastère Saint-Sauveur pour célébrer. Pour Simon Hosh, 25 ans, il est « dommage » de devoir limiter les célébrations, « parce qu’il y a beaucoup de personnes qui viennent du monde entier pour célébrer ce dimanche dans les rues ».
Le pape Léon XIV a rendu hommage dimanche à Rome, après la prière de l’Angélus, aux « chrétiens du Moyen-Orient, qui souffrent des conséquences d’un conflit atroce et qui, dans de nombreux cas, ne peuvent vivre pleinement les rites de ces jours saints ». « La guerre n’effacera pas la Résurrection (…) Dans cette terre qui continue d’attendre la paix, nous sommes appelés à être témoins d’un amour qui ne renonce jamais », a réagi le cardinal Pizzaballa dimanche soir.
