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Dossier saharien : L’administration US à la manœuvre

by Perspectives Med
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Dossier saharien : L’administration US à la manœuvre

Cette position s’aligne sur la politique dévoilée fin février par Marco Rubio, secrétaire d’Etat US, dans un document officiel définissant les orientations de la politique étrangère des États-Unis pour 2026-2030. « Le Département dirigera les efforts pour mettre fin aux missions de maintien de la paix et aux missions politiques spéciales coûteuses et inefficaces à travers le monde », précise le document.

Depuis plusieurs mois, la MINURSO a amorcé une réduction progressive de ses effectifs. Ce changement marque le début d’une restructuration en profondeur, qui devrait être présentée en avril prochain lors d’un briefing du secrétaire général de l’ONU, conformément à la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre. Lors de cette réunion, les Quinze ont demandé à António Guterres de « présenter, dans les six mois suivant la prorogation du mandat, un examen stratégique relatif au futur mandat de la MINURSO, en tenant compte de l’issue des négociations ».

La mission onusienne devrait désormais se concentrer sur la surveillance des violations du cessez-le-feu au Sahara occidental, alors que l’option d’organiser un référendum a été écartée des résolutions du Conseil de sécurité.

En parallèle, force est de rappeler que le processus devant conduire à blacklisted le Polisario prend de l’ampleur. Ainsi, Jason D. Greenblatt, ancien envoyé spécial de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient sous la première administration Trump et acteur clé des Accords d’Abraham, appelle à classer le Front Polisario comme organisation terroriste. Une prise de position qui s’inscrit dans la dynamique engagée par Joe Wilson et Ted Cruz à Washington.

Il met en garde l’opinion internationale contre « cet allié iranien qui s’est discrètement développé ailleurs, et presque personne n’y prête attention : le Front Polisario », évoquant une « guerre par procuration iranienne dont le monde ignore l’existence ».

« Le Front Polisario (…) cherche à établir un État indépendant, la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976 lors de son conflit armé avec le Maroc. Aujourd’hui, seul un petit nombre de gouvernements reconnaissent la RASD », ajoute-t-il.

L’ancien responsable américain rappelle également que Téhéran a reconnu la RASD dès 1980, et « ses liens avec le Polisario se sont approfondis depuis ». Le Maroc accuse régulièrement l’Iran ainsi que le Hezbollah de fournir « entraînement, soutien logistique et armement » aux milices armées du Polisario.

Rabat avait d’ailleurs justifié la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran, le 1er mai 2018, par le soutien militaire du Hezbollah au mouvement dirigé par Brahim Ghali. « Lorsque l’Iran s’implique auprès de groupes comme le Polisario, son objectif n’est pas un soutien symbolique. Téhéran gagne en influence, en portée opérationnelle et en capacité de déstabiliser des régions par le biais de groupes armés interposés plutôt que par une confrontation directe. » J. D. Greenblatt avertit que « l’absence de désignation officielle n’élimine pas le risque stratégique. L’histoire nous met clairement en garde ».

« En tissant des liens avec le Polisario, l’Iran s’est implanté en Afrique du Nord et s’est procuré un moyen de pression sur le Maroc, l’un des partenaires régionaux les plus fiables de Washington », a-t-il noté avant de conclure son analyse en soulignant que « s’attaquer au Maroc, c’est donc nuire aux intérêts américains. Trop longtemps, le monde a réagi à la stratégie par procuration de l’Iran en détournant le regard et en espérant que les conflits locaux resteraient contenus. Cette approche a contribué à engendrer les crises que nous connaissons aujourd’hui ».

Pour rappel, les États-Unis avaient classé le Hezbollah comme entité terroriste en 1997. Washington a réinscrit les Houthis en février 2025. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, près de 25 groupes ont été ajoutés à la liste US des organisations terroristes.

Inquiétudes algériennes

E’n l’absence de toute réaction du côté d’El Mouradiya, l’Algérie n’ayant pas encore réagi officiellement à l’initiative du sénateur républicain Ted Cruz visant à classer le Polisario comme entité terroriste, c’est à Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et diplomate reconnu pour ses positions sur le Sahara occidental, qu’est revenue la tâche de dire haut ce que le système pense bas.  Proche des galonnés au pouvoir, il assume son rôle de relais de la position des autorités algériennes sur des sujets sensibles, comme déjà établi lors des crises diplomatiques avec l’Espagne et la France.

Ainsi, A. Rahabi estime que les démarches de Ted Cruz et du congressman Joe Wilson s’inscrivent dans la stratégie des républicains américains, visant à associer le Polisario à l’image diabolisée de l’Iran et à le désigner comme groupe terroriste. Ce qui ferait de l’Algérie un État soutenant le terrorisme. Un tel classement exposerait Alger à des sanctions américaines. Le diplomate algérien affirme que « les promoteurs de ces initiatives (Wilson et Cruz, ndlr) répondent eux-mêmes aux pressions de divers lobbies, dans la plus pure tradition de la diplomatie transactionnelle américaine, exacerbée sous le président actuel ».

Pour l’ancien ministre de la Communication sous Abdelaziz Bouteflika, ces propositions de loi visent à « affaiblir l’Algérie, attachée au droit à l’autodétermination comme l’ONU, et à faire céder le Polisario, dans un contexte marqué par un espoir prudent suscité par les pourparlers de Madrid et Washington, initiés par les États-Unis ». Plus, ajoute-t-il, « ces initiatives, coordonnées dans leur contenu et leur timing, ne peuvent être vues que comme des moyens de pression de l’administration américaine, qui cherche un accord rapide sur le Sahara occidental.»

L’Algérie a été contrainte par l’administration US de participer aux discussions sur le Sahara occidental, organisées en février dernier à l’ambassade des États-Unis à Madrid, puis à Washington. Une participation sur laquelle Alger reste étrangement silencieuse.

Mais l’argument massue de A. Rahabi vise le fait que le classement des organisations terroristes aux États-Unis « ne relève pas de la compétence des deux Chambres, mais du Département d’État ». Or cette affirmation est partiellement correcte, car les sénateurs et représentants jouent néanmoins un rôle clé par le biais d’initiatives législatives et de pressions politiques sur l’exécutif.

À titre d’exemple, T. Cruz avait déjà présenté en 2017 un projet de loi pour inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, initiative ensuite reprise par l’administration américaine. En novembre 2025, le président Donald Trump a décrété que certaines branches du mouvement « au Liban, en Jordanie et en Égypte soutiennent des campagnes de violence et de déstabilisation nuisibles à leurs régions, aux citoyens américains ou aux intérêts américains ». En mars, la section soudanaise a été ajoutée à cette liste.

Sabri Boukadoum, ambassadeur algérien aux États-Unis, avait tenté en juillet 2025 de convaincre le député démocrate Jimmy Panetta de retirer son soutien à un projet de loi similaire visant le Polisario. Ce lobbying illustre l’influence des sénateurs et représentants dans le système politique américain.

Un lobbying qui s’intensifie. La sortie de A. Rahabi coïncide avec une lettre du « Global Monitoring Center » adressée au président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat américain, cherchant à disculper le Polisario de tout lien avec l’Iran et ses relais dans la région arabe. Cette organisation avait déjà entrepris une démarche similaire suite à l’initiative de J. Wilson.

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