Home SecrorielsAgricultureDonnées contradictoires sur l’état du cheptel : A.El Bouari sur le gril !

Données contradictoires sur l’état du cheptel : A.El Bouari sur le gril !

by Perspectives Med
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A.El Bouari sur le gril

Les chiffres du ministère de l’Agriculture sèment le trouble. Si le ministère annonce un cheptel de 32,8 millions de têtes, le précédent décompte faisait état d’une chute dramatique de 30% du nombre de bovins et de dromadaires. Pareil retournement de situation, en si peu de temps, a mis la puce à l’oreille des élus qui assurent qu’en la matière, point de miracle à attendre, au regard des capacités de reproduction naturelle des animaux. Ils soupçonnent plutôt des dysfonctionnements majeurs dans le système de comptage, voire des manipulations délibérées. Au-delà de la légèreté du département concerné, c’est  l’association missionnée pour ces recensements et, en voie de conséquence de la gestion de la distribution des aides aux éleveurs, qui se trouve au cœur du scandale. 

Fragilisé par des années de sécheresse et la flambée des prix des aliments pour bétail, le cheptel peine à se redresser malgré les mesures gouvernementales. D’où un récent programme de soutien articulé autour de cinq priorités : rééchelonnement des dettes des éleveurs, subventions pour l’alimentation animale, identification des femelles reproductrices, campagnes de vaccination et amélioration génétique des troupeaux. Mais cela ne satisfait guère les parlementaires qui exigent, eux, une refonte complète du système d’attribution des aides, accusant l’ancien dispositif de favoriser systématiquement les gros exploitants au détriment des petits éleveurs. « Il faut établir de nouveaux critères transparents » réclament-ils en excluant les « bénéficiaires indus » qui profitent des soutiens publics.

Ruade des professionnels 

L’Union nationale du secteur agricole (UNSA) s’est invitée à la curée en exprimant , elle aussi, son étonnement face aux incohérences relevées dans les chiffres du recensement du cheptel, publié en décembre 2024, et a appelé à la diffusion complète des données pour permettre aux chercheurs, partenaires sociaux et acteurs du secteur d’avoir une vision claire de la répartition, de la diversité et de la santé du cheptel au niveau national. Selon l’organisation, ces informations sont essentielles pour évaluer les chances de succès du programme national de reconstitution du cheptel.

Les acteurs de l’Union ont déploré le manque de données précises sur les races locales et insisté sur l’importance d’exploiter le processus de numérotation pour établir une carte actuelle des races animales, indispensable pour enrichir les bases de données régionales et locales. Comme ils ont regretté que le recensement n’ait pas pris en compte l’élément humain, à savoir les petits éleveurs et agriculteurs ayant perdu leur cheptel après sept saisons sèches consécutives. Selon l’UNSA, cette omission risque de les exclure du programme de soutien financier et matériel, malgré leur expérience et leur rôle crucial sur le terrain.

L’UNSA a par ailleurs souligné la stagnation du nombre de chameaux et le déclin préoccupant du cheptel bovin, appelant à une évaluation objective des programmes précédents et à la reddition de comptes des responsables, grands propriétaires et organisations professionnelles, principaux bénéficiaires des programmes ayant coûté à l’État des dizaines de milliards de dirhams depuis 2008.

Malgré ces difficultés, l’Union a salué la résilience des éleveurs et agriculteurs, qui continuent de protéger 95 % du cheptel national, souvent en étant exclus des dispositifs de soutien successifs. Elle a critiqué le retard du versement du soutien direct aux agriculteurs, prévu seulement pour juin 2026, jugeant cette décision susceptible de compromettre le programme, notamment pour les petits éleveurs incapables de maintenir leurs femelles bovines dans un contexte financier difficile.

L’organisation a également mis en garde contre les risques de corruption et de manipulation dans la distribution des fourrages subventionnés, appelant à tirer les leçons des expériences passées et à protéger le programme de toute exploitation à des fins électorales.

Ainsi, l’UNSA a demandé une augmentation de l’enveloppe financière du programme de reconstitution du cheptel et une révision des critères de distribution des aides publiques, afin de privilégier les petits agriculteurs et éleveurs, véritables piliers de l’élevage national et garants de la production alimentaire du pays.

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