Home SecrorielsAgricultureRiz importé : En mal de protection, des riziculteurs dénoncent une domination étrangère

Riz importé : En mal de protection, des riziculteurs dénoncent une domination étrangère

by Perspectives Med
0 comments
Riz importé : En mal de protection, des riziculteurs dénoncent une domination étrangère

Le Maroc enclenche un mécanisme rarement mobilisé, révélateur de tensions aiguës sur un segment agricole spécifique. Par un avis public, le ministère de l’Industrie et du Commerce a annoncé l’ouverture, à compter de lundi 13 avril, d’une enquête de sauvegarde sur les importations de riz, après avoir jugé recevable la requête introduite par deux opérateurs nationaux représentant une part dominante de la production locale.

À l’origine de cette démarche, les sociétés MLAH MECHICH ALAMI et MUNDIRIZ, actives dans la production et la distribution de riz conditionné, affirment agir au nom de l’ensemble de la branche nationale. Ensemble, elles concentrent 78 % de la production domestique, un seuil jugé suffisant pour satisfaire aux exigences de représentativité prévues par la loi encadrant les mesures de défense commerciale. Ce poids confère à leur alerte une portée particulière, en la plaçant d’emblée au niveau d’un signal sectoriel structuré plutôt que d’une plainte isolée.

Le déclenchement de l’enquête repose sur un constat chiffré difficilement contestable : en l’espace de trois ans, les importations de riz ont plus que doublé, passant de 54.980 tonnes en 2022 à 118.843 tonnes en 2025, soit une progression de 116 % . Au-delà du volume, c’est leur poids relatif qui interpelle. Rapportées à la production nationale, ces importations ont atteint des niveaux particulièrement élevés, culminant à plus de huit fois la production domestique en 2025, contre déjà 1,4 fois en 2022.

Une telle évolution traduit un basculement rapide de l’équilibre du marché, où l’offre étrangère s’impose désormais comme un facteur structurant, voire dominant. Dans ce contexte, les autorités considèrent que les éléments fournis sont « objectifs, documentés et suffisants » pour justifier l’ouverture d’une enquête formelle, conformément aux dispositions de la loi n°15-09 relative aux mesures de défense commerciale.

L’analyse préliminaire du ministère met en avant une conjonction de facteurs exogènes. L’afflux de riz sur le marché marocain serait lié à un redéploiement inattendu des flux commerciaux internationaux, dans un contexte marqué par l’apparition d’excédents mondiaux et l’assouplissement, voire la levée, de certaines restrictions à l’exportation dans plusieurs pays producteurs.

À cela s’ajoutent des perturbations plus larges affectant les marchés internationaux, qui ont pu inciter des producteurs-exportateurs à réorienter leurs volumes vers des débouchés jugés plus accessibles ou plus rémunérateurs. Le Maroc, en raison de sa demande et de son ouverture commerciale, apparaît ainsi comme une destination privilégiée dans cette phase de recomposition des flux.

Cette dynamique, exogène dans son origine, n’en produit pas moins des effets directs sur la filière nationale. La requête soumise au ministère fait état d’éléments de preuve attestant d’un « dommage grave » subi par la production locale, imputé à l’augmentation rapide des importations.

L’ouverture de l’enquête enclenche une procédure structurée. Des questionnaires seront adressés aux producteurs nationaux, aux importateurs ainsi qu’aux exportateurs étrangers identifiés, afin de documenter précisément l’évolution du marché. Les parties intéressées disposent d’un délai de 30 jours, soit jusqu’au 15 mai 2026, pour se manifester et soumettre leurs observations.

L’instruction devrait s’étendre sur une période maximale de neuf mois, pouvant être prolongée jusqu’à douze mois en cas de circonstances particulières. À son terme, elle pourrait déboucher sur l’instauration de mesures de sauvegarde, telles que des droits additionnels ou des restrictions quantitatives, destinées à protéger temporairement la production nationale.

You may also like

Adblock Detected

Please support us by disabling your AdBlocker extension from your browsers for our website.