De plus en plus contesté pour sa gestion du conflit à Gaza, Benjamin Netanyahou doit faire face à l’opposition de Y. Lapid, chef du parti Yesh Atid. Lors de la réunion hebdomadaire à la Knesset, parlement israélien, l’ancien Premier ministre israélien a proposé le 22 janvier la tenue de nouvelles élections. Alors que le chef du Likoud doit proposer un budget, le principal opposant s’impatiente et pourrait jouer la carte de la motion de censure. Y. Lapid s’est dit prêt à attendre encore une semaine. En attendant, « j’ai une proposition à faire à Benjamin Netanyahou : asseyons-nous, vous et moi, le Premier ministre et le chef de l’opposition, et fixons une date », a-t-il proposé en martelant que les élections étaient inévitables. « Cela prendra encore un mois, deux mois encore. À la fin, cela viendra. Il y a suffisamment de personnes dans votre coalition qui n’en peuvent plus », a-t-il lancé, tout en qualifiant l’actuel gouvernement de Netanyahou de « dangereux pour le peuple d’Israël ».
«Après le plus grand désastre de l’histoire du pays, nous avons besoin d’un gouvernement qui regagnera la confiance du public, la confiance du système de sécurité, qui aura un plan pour le lendemain», a estimé Y. Lapid, tout en indiquant qu’il était prêt à discuter « de toute offre raisonnable ». Ce n’est pas la première fois que le chef du parti Yesh Atid s’en prend au Premier ministre. Lors d’une interview le 15 novembre dernier, il avait exigé sa démission. Un appel justifié, selon lui, par un manque de confiance de la population à l’égard de l’actuel Premier ministre. Le Likoud accuse en retour Y. Lapid de vouloir favoriser l’émergence d’un Etat palestinien. Outre son principal opposant politique, le Premier ministre est également sous le feu des critiques de la société civile israélienne. Avant le conflit à Gaza, il faisait déjà face à une vague de contestations contre sa réforme de la justice. Le 19 janvier dernier, une manifestation a eu lieu à Tel-Aviv réclamant sa démission, la libération des otages à Gaza et la fin de la guerre. De surcroît, plusieurs familles d’otages détenus dans l’enclave gazaouie dorment en bas de la résidence du chef du Likoud à Jérusalem, rapporte le média RTBF. Des proches d’otages israéliens retenus à Gaza ont protesté lundi 22 janvier à la Knesset, interrompant la réunion d’une commission pour pousser les parlementaires à obtenir leur libération, selon un communiqué et des images de l’organe législatif.
On signale par ailleurs que les services du Premier ministre et de la ministre des Transports Miri Regev ont démenti samedi une information diffusée le soir sur la Douzième chaîne, selon laquelle il aurait incité la ministre à mener une attaque verbale contre Herzi Halevi, chef d’état-major de l’armée israélienne, lors d’une réunion du cabinet de sécurité il y a deux semaines, et l’aurait félicitée par la suite pour avoir agi de la sorte.
La réunion en question a eu lieu le 4 janvier. Elle devait porter sur la planification du « jour d’après » la guerre à Gaza, mais elle a dégénéré et B. Netanyahu l’a interrompue après que plusieurs ministres de droite eurent reproché à H. Halevi d’avoir ouvert une enquête interne sur la manière dont l’armée avait géré les attaques du Hamas du 7 octobre et leurs conséquences.
Selon le reportage télévisé, un participant anonyme à la réunion, qui se dirigeait vers le parking du siège du ministère de la Défense après la réunion, a surpris B. Netanyahu en train de dire à sa collègue du Likud, : « Bravo, Miri, vous avez fait du bon travail. »
Cette personne a rapporté l’incident à son supérieur, ce qui a donné l’impression aux fonctionnaires de l’establishment de la Défense que l’incident avait été planifié à l’avance pour nuire à H. Halevi. Certains analystes ont suggéré que l’incident était lié aux efforts déployés par les dirigeants politiques pour faire porter à l’armée la responsabilité maximale des échecs du 7 octobre, et/ou au malaise des ministres face au fait que Tsahal entame une enquête sur ses propres performances alors que Netanyahu retarde les enquêtes plus étendues jusqu’à la fin de la guerre.
Dans un communiqué, le bureau du Premier ministre a déclaré que ce reportage était faux, que B. Netanyahu ne disait pas aux ministres ce qu’ils devaient dire lors des réunions du cabinet, et qu’il n’avait pas parlé à M. Regev avant ou après cette réunion. Le bureau de cette dernière a également affirmé que le reportage était faux. Il a déclaré que les ministres n’avaient entendu parler de l’enquête interne du chef d’état-major qu’au cours de la réunion, et qu’ils lui avaient donc posé des questions à ce sujet.
Lors d’une interview télévisée jeudi, Gadi Eisenkot, ministre du cabinet de guerre, a exprimé sa profonde consternation face à ce qu’il a appelé le « guet-apens » tendu à H. Halevi lors de cette réunion. « J’ai été très choqué par ce spectacle, qui ressemblait à une embuscade, et non à une action spontanée », a souligné G. Eisenkot. « C’était très irrespectueux, pour ne pas dire plus. »
