María Tardón, juge de l’Audience nationale espagnole, a demandé au ministère de la Défense de préciser si des navires de guerre ou des embarcations militaires marocaines étaient entrés dans les eaux territoriales espagnoles au large de Sebta entre le 29 juillet et le 10 août, dans le cadre de l’enquête sur l’entrée massive de migrants dans la ville.
La magistrate a demandé, si ces faits étaient avérés , que soient indiquées les dates et les heures de présence de ces navires, ainsi que tout mouvement ou interaction avec la marine espagnole ou avec les dispositifs de surveillance, de sauvetage et de sécurité maritime, en fournissant les enregistrements disponibles. Elle a également sollicité des informations sur d’éventuelles incursions similaires depuis le 10 août 2026.
M. Tardón a rappelé que Pedro Sánchez, chef du gouvernement, ainsi que certains ministres, avaient déjà reconnu l’existence d’une incursion de navires marocains, sans toutefois fournir de détails précis. En revanche, elle a rejeté les demandes d’investigation élargie présentées dans cette affaire par l’organisation Justitia Europa, les jugeant disproportionnées à ce stade. Elle a souligné qu’aucun élément objectif ne permettait d’établir un lien entre la présence éventuelle de navires marocains et la vague migratoire.
Après examen des documents demandés, la juge déterminera s’il est nécessaire d’ordonner des mesures supplémentaires, qui pourraient notamment impliquer une demande de déclassification de certaines informations.
Messages haineux
Dans un développement parallèle, l’Observatoire espagnol du racisme et de la xénophobie (OBERAX) affirme qu’en septembre dernier, 57 % des messages haineux identifiés visaient principalement l’arrivée massive de migrants marocains à Sebta, souvent perçue comme une menace pour la sécurité, le vivre-ensemble et l’intégrité territoriale.
Rattaché au ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, l’organisme a recensé 96 270 contenus sur les réseaux sociaux, marquant une baisse de 4,7 % par rapport à août. Les migrants d’Afrique du Nord demeurent la cible principale, apparaissant dans 80 % des contenus, ce qui représente une augmentation de huit points par rapport au mois précédent. Ils sont suivis par les migrants en général à 19 %, et les musulmans à 14 %.
Selon Europa Press, le rapport révèle que 41 % des messages considèrent ces groupes comme une menace, 40 % les dénigrent ou les humilient, 12 % appellent à leur expulsion et 2 % encouragent la violence. La même source précise que 58 % des contenus utilisent un langage ouvertement hostile, comportant «insultes, menaces et expressions dérogatoires», alors que d’autres optent pour « la satire, les images, les vidéos, les mèmes ou un langage codé pour diffuser des messages discriminatoires difficiles à détecter automatiquement ».
En ce qui concerne la réponse des plateformes, le taux de suppression des contenus signalés atteint 59 %. TikTok est en tête avec 89 % des suppressions, suivi par X avec 83 %, Facebook avec 63 %, Instagram avec 52 % et YouTube avec 33 %.
Mobilité vers les Canaries
Par ailleurs, un rapport du ministère espagnol de l’Intérieur assure qu’entre le 16 août et le 15 octobre, une augmentation des départs depuis les côtes marocaines. Ainsi, 4 162 migrants ont rejoint les îles Canaries par voie maritime, indique ledit rapport. Jusqu’à mi-août, la moyenne quotidienne était de 21 migrants, avant de grimper à 68. Entre mi-septembre et mi-octobre, le rythme s’est nettement accéléré avec 3 378 personnes, dont 1 837 au cours des deux premières semaines d’octobre.
Selon des sources sécuritaires citées par Libertad Digital, six embarcations sur dix ayant atteint l’archipel seraient parties du Maroc. Début octobre, El Español rapportait également que 60 % des bateaux arrivés depuis le début de l’année étaient partis du sol marocain.
Depuis le 14 septembre, les données montrent que sur les 49 embarcations arrivées aux îles, 25, transportant 1 561 migrants, ont quitté Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, Boujdour et Dakhla. Les 24 autres arrivaient du Sénégal, de Gambie et Guinée-Bissau, avec en moyenne 122 personnes par bateau.
Malgré cette hausse, le chiffre annuel reste inférieur à celui de l’année précédente. Les îles ont accueilli 8 970 migrants jusqu’au 15 octobre, soit une baisse de 33,5 % par rapport à la même période en 2025. À la mi-août, cette diminution atteignait près de 60 %, montrant une réduction rapide de cet écart.
Face à l’augmentation des arrivées et à la pression croissante sur les capacités d’accueil, le gouvernement des îles Canaries a demandé le déploiement de Frontex sur la route migratoire atlantique, ainsi qu’un renforcement de la présence de la Garde civile et de la Police nationale. Il a averti qu’au rythme actuel, le total de fin d’année pourrait dépasser celui de 2025.

