Esmael Baghaei a expliqué que la signature du protocole d’accord par les présidents des deux pays lui donne un poids supérieur, car sa violation entraînerait un coût politique bien plus lourd. Il a ajouté que le programme de présence des délégations de négociation à Genève restait maintenu jusqu’à présent, mais que la cérémonie de signature n’aurait pas lieu en Suisse, étant donné que la signature s’est faite numériquement. Il a indiqué que le texte du protocole d’accord est devenu définitif et officiel après sa signature par les deux parties, soulignant que le document stipule clairement la limitation des négociations entre les deux camps au seul dossier nucléaire et à la levée des sanctions.
De même, il a confirmé que dans la première clause du protocole d’accord, le nom du Liban est mentionné 3 fois, et qu’il y est réaffirmé le respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du Liban, soulignant que l’Iran a prouvé qu’il « n’abandonne ses amis sous aucun prétexte ».
Dans le même contexte, E. Baghaei a expliqué que la décision prise par la République islamique d’Iran consistait à ne pas négocier sur le dossier nucléaire à ce stade, et à se concentrer plutôt sur l’arrêt de la guerre, estimant que cet objectif a été atteint. À cet égard, il a déclaré que « l’appauvrissement des matières enrichies est désormais envisagé comme une option afin de fermer la porte aux autres options », affirmant que « l’option inacceptable pour nous est le transfert des matières nucléaires enrichies hors du pays ». Il a annoncé que le dialogue concernant le dossier nucléaire et les sanctions débutera dans les 60 jours suivant le début de la mise en œuvre du protocole d’accord, qui est déjà entré en vigueur, soulignant que l’obtention de résultats avant la fin de ce délai serait positive, mais que la complexité du dossier rend la période de soixante jours logique, avec la possibilité de la prolonger si nécessaire.
Évoquant les derniers développements, le diplomate a déclaré que l’attaque menée par l’entité sioniste contre la banlieue sud, suivie de menaces iraniennes sérieuses, a poussé à des négociations immédiates qui ont débouché sur une décision stipulant l’exécution urgente par les États-Unis de leurs engagements. Il a ajouté que les opérations de surveillance ont montré l’entrée et la sortie des navires iraniens dans les ports sans aucun problème, considérant que cela constitue le début de l’exécution de l’engagement américain à lever le blocus, tandis que l’Iran commencera à mettre en œuvre ses obligations après la signature du document.
Concernant les capacités de défense iraniennes, E. Baghaei a insisté sur le fait que les missiles iraniens « n’aiment pas du tout qu’on parle d’eux » et qu’ils « ont été conçus pour le tir uniquement et non pour la négociation », réaffirmant que les capacités de défense de l’Iran ne feront l’objet d’aucune discussion dans aucun processus de négociation ou avec quelque partie que ce soit. Il a également annoncé que l’Iran percevra des taxes en contrepartie des services dans le détroit d’Ormuz, expliquant que les mécanismes et les dispositions spécifiques à la gestion du détroit sont encore en cours de formulation et de préparation. Il a indiqué que les consultations avec le Sultanat d’Oman ont commencé depuis longtemps, et que des contacts ont également été établis avec un certain nombre d’autres pays, soulignant que les ententes relatives aux mécanismes de gestion du détroit d’Ormuz ont été largement convenues avec la partie omanaise. Comme il a affirmé que la garantie d’une navigation maritime sûre dans le détroit se fera de manière à préserver la pleine possession et la souveraineté totale de la République islamique d’Iran sur le détroit d’Ormuz.
Dans ce contexte, il a souligné que son pays surveillera rigoureusement l’exécution par l’autre partie de ses engagements, sans aucune procrastination ni tolérance, affirmant de manière catégorique que l’Iran n’exécutera ses obligations que si l’autre partie respecte pleinement ses engagements, et insistant : « Si les Américains dressent le moindre obstacle dans l’exécution de leurs engagements, nous ferons de même ».
De son côté, l’agence iranienne « Tasnim », citant une source proche de la délégation de négociation iranienne, a rapporté que « le texte en persan du protocole d’accord a également été signé par l’Iran et les États-Unis en tant que document officiel ». Plus tôt mercredi, l’agence iranienne « IRNA » avait publié le texte intégral du protocole d’accord entre la République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique.
Le protocole comprend 14 clauses, dont les plus marquantes sont l’arrêt des opérations militaires sur tous les fronts, y compris le Liban, et le lancement d’un processus de négociation pour un accord final d’ici 60 jours.
Lundi à l’aube, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif avait annoncé la conclusion d’un « accord de paix » entre les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran, après des négociations intensives.
Ci-après les principaux points du protocole d’accord signé entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient résumés par l’AFP.
Cessation permanente des hostilités
Les Etats-Unis, l’Iran et leurs alliés respectifs « déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban ».
Ils s’engagent « à ne pas initier de guerre ou d’opération militaire l’un contre l’autre et à s’abstenir de la menace ou de l’usage de la force l’un contre l’autre, tout en garantissant l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban ».
Accord final sous 60 jours
L’Iran et les Etats-Unis « s’engagent à négocier et à conclure l’accord final dans un délai maximum de 60 jours, extensible d’un commun accord ».
Ces discussions doivent commencer vendredi en Suisse, après le paraphage à distance du document par les présidents iranien et américain.
Levée du blocus naval américain
Les Etats-Unis commenceront « immédiatement » à lever leur blocus des ports iraniens qu’ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours.
Les Etats-Unis s’engagent en outre « à retirer leurs forces des abords de la République islamique d’Iran dans les 30 jours suivant l’accord final ».
Réouverture du détroit d’Ormuz
L’Iran s’engage à « assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais pendant 60 jours uniquement, du golfe vers la mer d’Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement » et sera pleinement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois le détroit d’Ormuz déminé.
Ensuite, Téhéran entend bien imposer des « droits de redevance » pour les services fournis sur ce passage qui « ne reviendra pas à la situation d’avant-guerre », selon le négociateur iranien en chef Mohammad Bagher Ghalibaf.
Plan de 300 milliards pour l’Iran
Les Etats-Unis et leurs partenaires régionaux élaboreront un plan « d’un montant d’au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique » de l’Iran.
Levée des sanctions
Les Etats-Unis « s’engagent à mettre fin à tous les types de sanctions » unilatérales et internationales contre l’Iran, selon un calendrier qui sera convenu dans l’accord final.
En attendant, ils « s’engagent à rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d’Iran gelés ou soumis à des restrictions dès la mise en œuvre du présent protocole d’accord ».
De façon immédiate et jusqu’à la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivrera en outre « des dérogations pour l’exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc ».
Nucléaire
L’Iran réaffirme qu’il « ne se procurera ni ne développera d’armes nucléaires ».
Le sort de l’uranium enrichi à 60% accumulé sur son sol sera réglé « selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (…), la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l’AIEA » (Agence internationale de l’énergie atomique).
Diluer l’uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, vise à éloigner la menace d’un enrichissement à des fins militaires.
En attendant cet accord final, l’Iran « maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire », et les Etats-Unis « n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région ».
Selon Téhéran, son programme balistique, une inquiétude de longue date des Américains et de leurs alliés israéliens, ne sera pas au menu des discussions.
Résolution de l’ONU
L’accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU.
Mohammad Baqer Ghalibaf, président du Parlement iranien et chef de la délégation de négociation, a affirmé la veille mercredi que ce sont les Américains qui ont cherché à instaurer un cessez-le-feu, soulignant que la force de l’Iran a contraint les pays européens à négocier avec Téhéran la levée des sanctions. Dans une interview accordée à la télévision iranienne, il a déclaré que « c’est l’ennemi qui réclamait un cessez-le-feu, et nous l’avons d’abord rejeté. » Il a précisé qu’« en 24 heures, trois cycles de négociations ont eu lieu concernant le texte, ainsi que trois cycles de négociations trilatérales en présence du médiateur », ajoutant que « la force de l’Iran a poussé trois pays européens à engager des négociations avec l’Iran en vue de la levée des sanctions. » Il a également fait remarquer que « tout aéroport, dans n’importe quel pays, d’où décollaient des avions de chasse ennemis était une cible », ajoutant : « Lorsque l’ennemi privilégie la force, il faut le discipliner, mais lorsqu’il s’assoit à la table des négociations, il faut l’aborder avec méfiance. »
Concernant les paramètres des négociations, M.B. Ghalibaf a indiqué que la délégation avait reçu des directives du Guide suprême et que son devoir était de les mettre en œuvre dans le cadre de ces négociations. Il a souligné que « les questions actuellement en discussion portent sur la fin de la guerre, déjà déclarée, et la levée des sanctions, déjà effective.»
Le chef de la délégation iranienne, s’exprimant au sujet du détroit d’Ormuz, a insisté sur le fait que cette voie maritime ne retrouverait jamais son état d’avant-guerre. Il a averti que « les pays riverains des détroits ont des droits et des obligations en vertu du droit international, notamment l’obligation d’être rémunérés pour leurs services. » Il a conclu : « L’Iran possède des droits souverains sur le détroit d’Ormuz et nous serons rémunérés pour ces services. » Concernant les avoirs iraniens gelés, Ghalibaf a insisté sur le fait que les fonds gelés devaient être déposés sur les comptes de l’Iran et placés sous le contrôle de la Banque centrale.
Par ailleurs, le président du Parlement iranien a déclaré que l’article 6 du Mémorandum d’accord allouait 300 milliards de dollars à la reconstruction et au développement économique du pays. Il a poursuivi que Donal « Trump a levé les sanctions du jour au lendemain, alors que cela devait prendre 30 jours.» Certains s’inquiétaient de la levée du blocus au terme de ce délai, mais il a été levé en trois jours seulement.
Au sujet du Liban, M. B. Ghalibaf a affirmé que « le cessez-le-feu, initialement limité à la banlieue sud de Beyrouth, s’étend désormais à l’ensemble du pays. » Comme il a souligné que « la meilleure garantie pour nous est la force de l’Iran et l’unité de son peuple, et non une résolution du Conseil de sécurité. Nous savons que nous négocions avec un ennemi qui ne tient pas ses promesses et qui n’est pas digne de confiance » et affirmé que « le mémorandum d’entente est un document qui témoigne de la défaite des États-Unis, et que le peuple le constatera et le jugera ».
Rappelant que le mémorandum repose sur le principe du « pas pour pas », il a ajouté que « si les États-Unis ne respectent pas leurs engagements, nous n’entreprendrons aucune action » mettant ainsi en garde contre tout manquement aux termes de l’accord. « Si l’ennemi ne respecte pas ses engagements, notre politique sera de répondre de la même manière. Mais s’il respecte les siens, nous respecterons les nôtres. » Plus, a-t-il ajouté, « si l’ennemi a l’intention de nous trahir, nous sommes des hommes de terrain, et la frontière entre confrontation diplomatique et confrontation militaire est mince. Nous sommes prêts à tirer. » Ceux qui refusent de comprendre la logique l’apprendront par la force.
Le magazine américain Foreign Policy a estimé que la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran s’est soldée par une lourde défaite stratégique pour Washington. Le média US prévoit que ses répercussions auront une portée bien plus grande que celles de la guerre du Vietnam, qui est restée pendant des décennies le symbole de l’échec militaire et politique américain.
Foreign Policy a souligné que l’administration du président D. Trump est entrée dans cette guerre en pariant sur la soumission de l’Iran et sur le remodelage des rapports de force dans la région. Cependant, les résultats ont été totalement opposés aux objectifs affichés : Téhéran en est sorti plus intransigeant et plus influent, tandis que le prestige des États-Unis et leur position de leader au sein de l’ordre international ont subi un préjudice profond qui pourrait durer de longues années.
Dans un article du chercheur Paul Musgrave, professeur associé de sciences politiques à l’Université de Georgetown au Qatar, ce dernier a expliqué que « la décision de Trump de lancer une campagne contre l’Iran a certes été encouragée par d’autres, mais elle relevait de son choix personnel. Cela a conduit à un basculement qui laisse présager une catastrophe stratégique dépassant de loin la défaite des États-Unis lors de la guerre du Vietnam. »
En engageant une campagne de pression maximale et d’affrontements hybrides, l’administration US affichait une ambition claire : asphyxier l’économie iranienne, forcer Téhéran à la capitulation et redessiner unilatéralement la carte des rapports de force au Moyen-Orient. Encouragée par ses alliés régionaux (Israël et certains pays du Golfe), Washington misait sur sa supériorité technologique et financière. Pourtant, le résultat sur le terrain s’est avéré diamétralement opposé aux objectifs initiaux. Loin de s’effondrer, la République islamique a démontré une résilience asymétrique redoutable. Non seulement Téhéran a consolidé son influence sur son « axe de la Résistance » — s’étendant de l’Irak au Liban en passant par le Yémen —, mais le régime en est sorti politiquement plus intransigeant et militairement plus audacieux.
Le déclin de la capacité de dissuasion américaine au Moyen-Orient érode la crédibilité de Washington auprès de l’ensemble de ses alliés traditionnels, y compris au sein de l’OTAN. En s’affichant comme le « grand gagnant » de ce bras de fer, l’Iran valide un modèle de résistance globale qui accélère l’émergence d’un nouvel ordre mondial, où le leadership américain n’est plus contesté en théorie, mais ouvertement mis en échec dans la pratique.

