« Selon notre estimation, les ressources que la Russie possède aujourd’hui seront suffisantes pour une guerre de la même intensité à laquelle nous assistons actuellement pendant encore deux ans », a déclaré E. Bolavichus dans un communiqué diffusé jeudi. La Russie « a accumulé beaucoup d’équipements militaires depuis la guerre froide, c’est pourquoi elle les a maintenant retiré du stock », considérant que « bien que cette technologie soit ancienne et n’est pas de haute qualité comme les armes modernes, elle sert toujours les Russes et nuit à l’Ukraine », a-t-il poursuivi.
A. Polavichos a ajouté que « la période pendant laquelle la Russie pourra continuer la guerre en Ukraine dépendra également des actions des pays qui soutiennent la Russie, comme l’Iran ou la Corée du Nord ».
Il y a quelques jours, l’agence russe Novosti, citant un officier du renseignement américain du Corps des Marines, a rapporté que « les Etats-Unis sont loin derrière la Russie dans le domaine des industries militaires », soulignant que « parler de sa défaite n’est pas possible. » L’officier US a expliqué que « la Russie produit des armes et des munitions 24 heures sur 24, et ne rencontre donc pas de problèmes à cet égard, contrairement à ce dont souffre l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). »
Le président russe a souligné, dans un discours au début du mois, que « la production annuelle de missiles de défense aérienne par la Russie est trois fois supérieure à celle produite par les États-Unis », expliquant que « les complexes militaro-industriels russes produisent à eux seuls le même nombre de missiles produits par les pays du monde réunis. »
Vladimir Poutine avait assuré que « la tâche la plus importante des institutions du complexe militaro-industriel est de fournir à nos unités toutes les armes, équipements et munitions nécessaires, dans la quantité et la qualité requises, et dans un court laps de temps. »
Dans une allocution précédente, le maitre du Kremlin avait fait valoir la nécessité « d’améliorer les caractéristiques des armes et équipements de l’armée, en tenant compte de l’expérience de combat acquise », soulignant la nécessité d’adopter « le mécanisme approprié d’échange d’informations pour améliorer la qualité de l’armement militaire produit et fourni à l’opération militaire afin qu’ils soient aussi efficaces que possible. »
Les Européens mobilisés
A rappeler que les ministres de la Défense de l’Union européenne s’étaient réunis mercredi pour préparer un plan de livraisons de munitions à l’Ukraine, malgré des stocks sous pression, avec un premier volet d’urgence à un milliard d’euros. Les soutiens occidentaux à Kiev ont prévenu ces dernières semaines que l’armée ukrainienne faisait face à un grand déficit en obus de 155 mm pour ses canons.
Les ministres, réunis à Stockholm en présence du secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg et de leur homologue ukrainien Oleksiï Reznikov, doivent plancher sur un plan en trois volets. L’objectif est d’avancer pour une adoption le 20 mars, lors d’une réunion des chefs de la diplomatie européenne.
Fondé sur des gros achats communs pour rassurer les industriels sur la pérennité des commandes, le projet vise à la fois à répondre aux besoins immédiats de Kiev et à augmenter les capacités de l’industrie de défense européenne à plus long terme.
Le premier volet, conçu par les diplomates de l’UE, vise à utiliser un milliard d’euros puisé dans la « Facilité européenne pour la paix (FEP) », afin de livrer d’ici quelques semaines des obus en stocks dans les armées des Etats membres. Les alliés européens de l’Ukraine ont déjà abondamment creusé dans leurs stocks militaires, avec un soutien chiffré à 12 milliards d’euros, dont 3,6 milliards provenant de la FEP. Selon des responsables européens, il y a encore suffisamment d’obus de 155 mm en stock pour ne pas mettre les pays de l’UE en danger. Mais les ministres de la Défense doivent détailler ce point.
Le plan prévoit également des commandes communes pour les armées de l’UE et de l’Ukraine, visant à inciter les fabricants d’obus à augmenter leurs capacités. Des pays comme l’Estonie, qui avait proposé de faire encore plus (quatre milliards d’euros et un million d’obus), réclament d’aller plus loin. « Selon les besoins ukrainiens, il leur faudrait au moins 350 000 obus de 155 mm par mois », dit à l’AFP Madis Roll, responsable du ministère estonien de la Défense.
Une des questions en suspens reste le commanditaire : les obus doivent-ils être achetés par l’agence de défense de l’Union européenne, ou par des Etats membres avec plus d’expérience de ce type de contrats ?
Autre point de désaccord : l’hypothèse d’acheter des obus hors d’Europe – façon d’aller plus vite selon certains, mais sans soutenir le complexe militaro-industriel européen, s’inquiètent d’autres. Mais il y a désormais un consensus au sein des 27 sur le fait qu’après les nombreuses années de désinvestissement militaire post-guerre froide et de conflits dits asymétriques, il faut désormais se préparer aux conflits entre grandes puissances. « L’industrie européenne n’est pas préparée aux besoins d’un conflit de haute intensité », a mis en garde en début de semaine Thierry Breton commissaire européen au marché intérieur. « Notre industrie de la défense doit activer rapidement le mode « économie de guerre » », a-t-il plaidé devant les journalistes. Outre des commandes communes, le commissaire doit notamment plaider auprès des ministres du besoin de débloquer davantage de fonds pour des capacités industrielles et des prêts favorables.
