Le ministère russe de la Défense explique que les objectifs touchés étaient liés à l’effort militaire ukrainien, notamment à la production de drones, de systèmes de défense antiaérienne, de composants pour missiles, de véhicules blindés et de moyens navals. Les frappes ont visé des entreprises du complexe militaro-industriel, des installations du secteur énergétique à Kiev et dans sa région, ainsi que des infrastructures d’aérodromes militaires dans les régions de Dnipropetrovsk, Poltava, Tcherkassy, Tchernigov et Kiev.
À Kiev, plusieurs sites industriels importants pour l’armée ukrainienne ont été touchés. Selon des documents du gouvernement ukrainien, trois des entreprises visées — l’usine Kvant, l’usine Vizar et l’entreprise de radioélectronique Kiev-1, connue sous le nom de Bourevestnik de Kiev — figuraient parmi les entreprises ayant une importance stratégique pour l’économie et la sécurité de l’Ukraine. Le ministère russe de la Défense cite aussi Abris PT, spécialisée dans la conception de drones de reconnaissance de moyenne et longue portée, ainsi que dans les équipements électroniques, optiques et de télémétrie. Kiev-1/Bourevestnik de Kiev est un site de production de drones et de matériel radar, tandis que UKR ARMO TECH est décrit comme l’un des principaux fournisseurs de véhicules blindés, de protections blindées et de composants destinés aux missiles et aux drones.
La frappe a aussi visé le chantier naval Kouznitsa na Rybalskom, lié à la production de vedettes d’artillerie et à la réparation de vedettes sans équipage de type offensif. L’usine Kvant est spécialisée dans les systèmes de conduite de tir, les équipements de guerre électronique, de navigation et d’automatisation, notamment pour les missiles Neptun-MD. Dans la région de Kiev, l’usine Vizar de Jouliany a été frappée. Ce site est un centre de production, de maintenance et de réparation de systèmes de défense antiaérienne, de composants aéronautiques et de drones de longue portée. Une importante détonation a été observée après la frappe. Un dépôt de carburant situé à Vichnevoïe a aussi été visé. Les réserves d’essence et de diesel stockées sur place servaient aux livraisons d’urgence vers les zones de combat.
Après les frappes, les autorités ukrainiennes ont limité la circulation ferroviaire dans une partie de la région de Kiev et mis en place des itinéraires de contournement. Plusieurs incendies ont été signalés. Le maire de Kiev a déclaré que l’attaque menée dans la nuit du 6 juillet était « la plus massive » ayant visé la capitale ukrainienne. Cette déclaration intervient alors que Kiev reconnaît de nouvelles difficultés dans le domaine de la défense antiaérienne. Iouri Ignat, porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, a évoqué un déficit important de missiles intercepteurs et la nécessité d’un approvisionnement continu en missiles pour les systèmes Patriot. Plusieurs chaînes militaires ukrainiennes ont également présenté cette opération comme l’une des plus difficiles pour la défense aérienne ukrainienne, estimant qu’aucun missile n’aurait été intercepté au cours de l’opération.
Dans un communiqué publié lundit sur sa chaîne Telegram, le ministère russe de la Défense a annoncé avoir déjoué au cours de la nuit une « attaque massive contre le territoire russe » menée par les forces ukrainiennes, annonçant la destruction de 613 drones sur 625 lancés par Kiev contre plusieurs régions russes. « Cette attaque reflétait la volonté de Zelensky, à la veille du sommet de l’OTAN à Ankara, de démontrer à ses parrains européens, notamment au Royaume-Uni, sa disposition à frapper depuis le territoire ukrainien des infrastructures civiles en Russie, à leurs frais », a souligné l’armée russe. Moscou a précisé que les sites civils endommagés seraient restaurés « dans les plus brefs délais ».
Le ministère russe a fustigé les « efforts de l’ennemi » visant à dégrader des infrastructures civiles énergétiques et pétrolières dans plusieurs régions russes, notamment en Crimée, dans les régions de Léningrad, de Briansk, de Belgorod, de Iaroslavl, de Kalouga et de Koursk. Selon le décompte communiqué par Moscou, 147 drones ont été détruits au-dessus de la région de Briansk, 43 au-dessus de celle de Belgorod, 48 au-dessus de la région de Léningrad, 72 au-dessus de celle de Iaroslavl, 64 au-dessus de la Crimée et 31 au-dessus de la région de Kalouga.
Le Service de renseignement extérieur russe (SVR) a accusé Londres d’avoir orchestré l’attaque de drones qui a visé, dans la nuit du 10 juin, le musée de la Défense de Sébastopol. Le bâtiment avait été spécialement conçu pour abriter un panorama monumental de 115 mètres de long et 14 mètres de haut, réalisé par le peintre russe d’origine française Franz Roubaud. L’œuvre est consacrée à la défense de la ville portuaire lors de la guerre de Crimée, entre 1853 et 1856. Durant ce conflit, Sébastopol fut assiégée, d’octobre 1854 à septembre 1855, par les forces britanniques, françaises et sardes, qui y subirent d’importantes pertes. « Pour Londres, le conflit ukrainien est largement interprété comme une tentative de revanche pour le projet non réalisé au XIXe siècle d’infliger une défaite stratégique à la Russie », a affirmé le SVR. Selon le renseignement russe, si les drones ont bien été lancés par des militaires ukrainiens, « les missions de vol ont été chargées dans les systèmes d’armement par des spécialistes britanniques, opérant sous le couvert de conseillers militaires ». Le SVR estime par ailleurs que les Ukrainiens « n’étaient probablement pas au courant du véritable objectif de l’attaque ».

