Tel Aviv a assuré qu’au cours des dernières 24 heures, les forces israéliennes opérant au sud de la « ligne jaune », dans le sud du Liban, ont repéré ce qu’elle a qualifié de « terroristes », et a affirmé qu’ils avaient « violé l’accord de cessez-le-feu et se sont approchés au nord de la Ligne jaune d’une manière qui constituait une menace directe », faisant ainsi la première mention de cette ligne depuis le début du cessez-le-feu. L’armée israélienne a ajouté qu’elle était autorisée à agir contre les menaces, malgré le cessez-le-feu.
Citant des responsables militaires israéliens, CNN avait rapporté que Tel Aviv empêchera les habitants libanais de retourner dans 55 localités et villages de cette zone. Indiquant que 20 villages ont été entièrement détruits. Cette ligne est similaire à la ligne établie dans la bande de Gaza, constatent les observateurs.
Dans ce contexte, rapportent les médias israéliens, l’armée israélienne a recommandé de garder le contrôle de la bande frontalière occupée au sud Liban et de ne pas se retirer de la ligne jaune. Dans les autres recommandations qu’elle a dépêchées au leadership politique, elle a fait part de la possibilité de « réaliser une paix de longue durée sur le front nord via un accord politique », estimant que « le but n’est pas de revenir à des rounds de combats au nord ».
Les mêmes sources ajoutent que « l’armée soutient le cessez-le-feu qui a été conclu avec le Liban et croit que les négociations directes entre Israël et le Liban sont historiques et pourraient améliorer la situation sécuritaire avec le temps ». Et souligné qu’il faut agir pour parvenir à un accord qui dépouille la totalité du sud du Liban de ses armes, au moins jusqu’au fleuve du Litani sous la supervision et la surveillance des Etats-Unis et de laisser la zone tampon occupée sous contrôle israélien.
Selon le site web de la chaine qatarie al-Jazeera, l’armée israélienne ne possède pas de ligne géographique continue, mais est concentrée en poches et en points dispersés dans les secteurs libanais ouest, centre et est.
Militairement, il existe une différence entre « revendiquer le contrôle » et « exercer un contrôle effectif », car l’occupation n’a pas atteint le double objectif d’« établir le contrôle et de procéder à un nettoyage territorial », constate Nidal Abou Zeid, expert militaire. Il a donné l’exemple de la localité de Bint Jbeil qui est assiégée de plusieurs directions, mais où des dizaines de combattants du Hezbollah restent à l’intérieur, faisant de leur sort un atout dans les négociations. Concernant la localité d’al-Khiam, Le contrôle israélien y est limité à seulement 50 %, après l’échec de l’avancée vers la zone de Debbine, a ajouté Abou Zeid.
Les violations israéliennes du cessez-le-feu se sont poursuivies. Vendredi, l’armée israélienne a tué un Libanais et blessé trois autres personnes, dont un ressortissant syrien, lors d’une frappe aérienne israélienne qui a ciblé une moto et une voiture sur la route publique de Qounine – Beit Yahoun, dans le district de Bint Jbeil, au sud du Liban. Après cette attaque, elle a rapporté que 6 soldats ont été blessés dont un grièvement dans l’explosion d’un engin piégé au sud du Liban. Elle a ce samedi annoncé la mort de l’un des soldats blessés. Le soldat tué, un réserviste dans le bataillon 89 des parachutistes était un employé chez Rafael, l’une des principales entreprises israéliennes spécialisées dans les industries militaires, les équipements et dispositifs électroniques.
Sur le plan politique, le Hezbollah a annoncé qu’il n’acceptera le cessez-le-feu que s’il assure le retrait total israélien des territoires libanais. Nawaf al-Moussawi, responsable du dossier des ressources et des frontières, a assuré vendredi que « la résistance ripostera de manière appropriée à toute violation du cessez-le-feu ». Et d’avertir qu’« il n’y aura pas de retour en arrière, on ne peut permettre les liquidations et les bombardements comme avant la bataille ».
N.al-Moussawi a mis en garde le président libanais contre des négociations avec Israël. « Les négociations avec les sionistes seront jetées à la poubelle comme l’avait été l’accord du 17 mai. Nous l’avorterons ! », a-t-il averti au micro de la chaine al-Manar.
Le 17 mai 1983, pendant l’invasion israélienne du Liban à partir de 1982, le gouvernement libanais sous l’égide de l’ex-président libanais Amine Gemayyel avait conclu un accord avec l’entité sioniste mais il a été abrogé un an plus tard en 1984. A noter que l’accord stipulait un retrait israélien de tout le Liban dans un délai de 8 à 12 semaines, ce qu’Israël n’a jamais exécuté.
Le gouvernement libanais actuel président par Nawaf Salam a entamé au lendemain de l’annonce du cessez-le-feu entre l’Iran et les Etats-Unis, des négociations directes avec le gouvernement d’occupation israélien, qui ont abouti à une rencontre entre les ambassadeurs libanais et israélien à Washington et l’ambassadeur de ce dernier au Liban, en présence du secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Vendredi soir, le chef de l’Etat Joseph Aoun a laissé entendre que ces négociations vont se poursuivre estimant « qu’elles ne constituent pas un signe de faiblesse ni une concession et n’implique pas le renoncement à aucun droit ni à la souveraineté ».
« À ceux qui jouent avec le destin du Liban, je dis que trop c’est trop, et que le projet libanais est l’option la plus sûre pour tous », a-t-il ajouté.
« Si le président de la république se plie à Trump et rencontre Netanyahu, il perdra en conséquence sa qualité de chef de l’Etat », a aussi averti N. al-Moussawi. « Mon conseil au président Aoun, à ceux qui se trouvent derrière lui et ceux qui sont avec lui, gare à celui qui pourrait se tromper à ce sujet ».
Vendredi, les médias libanais ont rendu compte de tentatives du président américain de pousser J. Aoun à avoir un contact téléphonique avec Benyamin Netanyahu. « La légitimité puise de l’intérieur et non de l’extérieur », a aussi rappelé N. al-Moussawi. Evoquant le cessez-le-feu de 10 jours annoncé jeudi, le cadre du Hezbollah a aussi contesté la version véhiculée par le chef de l’Etat selon lequel « il est le fruit des efforts libanais ».
« La trêve au Liban est liée à l’Iran qui a façonné le cessez-le-feu », a-t-il assuré. Téhéran a refusé d’entamer le second round des négociations et d’ouvrir le détroit d’Ormuz avant d’annoncer le cessez-le-feu au Liban qui avait été inclus dans les tractations qui avaient eu lieu pour instaurer le cessez-le-feu. Ce qui a été confirmé par le médiateur pakistanais plusieurs fois.
L’Iran est sorti fort après la guerre déclenchée contre lui, ce qui nous rendus fort au Hezbollah, nous sommes plus forts qu’en 2024 », a-t-il aussi souligné. Selon N. al-Moussawi, l’objectif du Hezbollah n’est pas le cessez-le-feu mais le retrait total de l’armée israélienne et le retour des déplacés sans restriction ni conditions ».
« Tant que nous sommes vivants, il ne restera aucun soldat israélien au sud du Liban », a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « Nous avons été impressionnés par le courage des jeunes résistants dans la localité de Bint Jbeil », où une bataille a été livrée contre les soldats ennemis qui ont tenté de l’occuper. Il a aussi révélé que la résistance a changé de méthode de combat et « ses communications se font désormais au pigeon voyageur », en allusion aux moyens technologiques sophistiqués qui ont été utilisés par les Israéliens pour infiltrer le système de communication de la résistance et qui a coûté la vie à d’innombrables chefs et membres. « Dans chaque position où un frère responsable s’élève en martyr, il y aura deux remplaçants prêts à remplir sa place. Ceci n’affecte nullement la poursuite de la bataille », a-t-il précisé.
