Dans un communiqué, le gouvernorat de Jérusalem a averti que la mosquée historique Nabi Samuel traversait « l’une des phases les plus dangereuses de judaïsation », après la décision israélienne de saisir les terrains entourant le village et le site religieux sous prétexte d’aménagement archéologique. Selon les autorités palestiniennes, Israël a confisqué 110 dunams de terres, soit environ 27 acres, appartenant au village de Nabi Samuel et à Beit Iksa, y compris des zones situées autour de la mosquée historique.
Le ministère palestinien des Affaires étrangères a estimé que cette mesure constituait « une extension de la guerre coloniale menée contre la terre, le peuple et le récit palestinien ».
Le communiqué accuse également Israël de mettre en œuvre des politiques systématiques visant la géographie et la démographie palestiniennes, dans le but d’isoler Jérusalem occupée de son environnement naturel et d’en modifier l’identité. Le ministère affirme en outre qu’Israël utilise des projets archéologiques et l’argument de « l’intérêt public » pour légitimer la confiscation de terres palestiniennes et remodeler la région au profit de l’expansion des colonies.
Les autorités palestiniennes ont appelé la communauté internationale et les Nations unies à prendre des « mesures concrètes et contraignantes », y compris des sanctions, afin de mettre fin aux politiques de confiscation, d’annexion et de « judaïsation », et de demander des comptes à Israël pour les violations commises.
Selon le gouvernorat de Jérusalem, Israël a détruit la majorité des habitations du village de Nabi Samuel en 1971 et déplacé ses habitants sous prétexte de protéger des « antiquités rares ». Environ 300 Palestiniens vivent encore aujourd’hui dans le village, dans des conditions qualifiées de difficiles et isolées.
Le gouvernorat affirme également qu’Israël a classé en 1995 les zones entourant Nabi Samuel comme « parc national », confisquant des milliers de dunams de terres et transformant le village en une enclave isolée et assiégée.
Selon plusieurs sources citées par Middle East Eye, les États-Unis et Israël « œuvrent activement » pour modifier le statut du complexe de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, actuellement sous tutelle historique de la Jordanie via le Waqf islamique. Ce projet viserait à réduire, voire mettre fin au rôle d’Amman dans la gestion du site, au profit d’un nouveau cadre plus proche des intérêts israéliens.
D’après ces informations, des figures proches de Donald Trump, dont Jared Kushner, ainsi que l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, soutiendraient un plan transformant le site en espace « multiconfessionnel ». Dans cette vision, la mosquée Al-Aqsa deviendrait un lieu ouvert aux trois religions abrahamiques, avec un « accès égal » pour les fidèles juifs, incluant la possibilité de prières collectives.
Le projet évoqué prévoit aussi une implication accrue d’Israël dans la gestion du site, notamment dans la nomination des responsables religieux et le contrôle du contenu des sermons. Deux responsables américains affirment même que Washington aurait rédigé une proposition visant à redéfinir le statut du lieu saint. Un responsable occidental cité par MEE indique qu’un système de supervision « par roulement » par des pays arabes pourrait remplacer l’autorité jordanienne. Plusieurs États, dont les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Maroc et Bahreïn, auraient été informés, tandis que l’Arabie saoudite s’y opposerait fermement.
La proposition suscite de fortes inquiétudes à Amman. Une source jordanienne estime que « les Américains sont furieux que les Jordaniens invoquent leur tutelle ». La Jordanie rappelle que son rôle est garanti par le traité de paix de 1994 et vise à préserver « l’identité arabe, islamique et chrétienne » des lieux saints de Jérusalem. Le Waqf islamique, soutenu par la Jordanie, administre actuellement l’intérieur du complexe, tandis que la sécurité extérieure est contrôlée par Israël. Les non-musulmans peuvent visiter le site à des horaires précis, sans y prier, dans le cadre du statu quo établi après 1967. Des responsables jordaniens et palestiniens redoutent une évolution vers un modèle inspiré du site d’Hébron, où les espaces religieux ont été partagés après des tensions violentes. Ils estiment qu’un tel changement à Al-Aqsa aurait des conséquences explosives dans la région. Face à ces accusations, un responsable américain a nié toute initiative visant à « déposséder la Jordanie » et qualifié ces affirmations de « totalement fausses ».

