Ces accords, lancés en 2020 sous son premier mandat, avaient déjà permis une normalisation entre Israël et plusieurs États arabes comme les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Mais des acteurs clés comme l’Arabie saoudite ou le Qatar n’ont jamais rejoint ce processus, malgré les pressions diplomatiques américaines répétées.
Selon des sources citées par Axios, D. Trump s’est entretenu le 23 mai avec plusieurs dirigeants régionaux, dont ceux de l’Arabie saoudite, du Qatar, du Pakistan, de la Turquie et de l’Égypte. Le Liban n’a pas été sollicité, ni la Syrie ou encore l’Irak. Il aurait insisté sur le fait que tout accord de paix avec l’Iran devrait s’accompagner d’une reconnaissance simultanée d’Israël par ces pays. Le président américain viserait notamment un rapprochement historique entre l’Arabie saoudite et Israël, même si les conditions posées par Riyad restent très strictes. L’Arabie saoudite exige en effet la création d’un État palestinien sur les frontières de 1967, un cessez-le-feu durable à Gaza et des garanties sécuritaires américaines, des exigences rejetées par le gouvernement israélien actuel.
Toujours selon Axios, certains dirigeants auraient été surpris par la fermeté de la demande américaine, au point qu’un silence aurait suivi l’annonce avant que D. Trump ne plaisante sur la ligne téléphonique. Le président américain aurait ensuite indiqué que ses envoyés Jared Kushner et Steve Witkoff poursuivraient les discussions. Dans ses déclarations, Trump a également évoqué la possibilité que l’Iran rejoigne un jour les accords d’Abraham, ce qui impliquerait une reconnaissance d’Israël, une hypothèse aujourd’hui jugée très improbable.
De son côté, CNN a rapporté, citant une source saoudienne, que « le Royaume ne normalisera pas ses relations avec Israël tant qu’il n’existera pas de voie claire et irréversible vers l’établissement d’un État palestinien ». Cette déclaration fait suite aux propos de D. Trump, qui a affirmé que les pays du Moyen-Orient devraient rejoindre les accords d’Abraham une fois un accord conclu avec l’Iran.
La source a ajouté que l’Arabie saoudite « maintient sa position ferme… à savoir l’existence d’une voie irréversible vers l’établissement d’un État palestinien ».
Plus tôt lundi, Trump a déclaré sur les réseaux sociaux avoir « obligé » les pays du Moyen-Orient et d’autres à signer les accords d’Abraham après la conclusion d’un accord mettant fin à la guerre avec l’Iran, menaçant d’une action militaire « plus importante et plus puissante que jamais » si les deux parties ne parvenaient pas à un accord pour mettre fin au conflit.
Il convient de noter que le président américain avait demandé au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane d’adhérer aux accords d’Abraham lors de leur rencontre en novembre dernier, mais le prince a décliné l’invitation, déclarant : « Nous souhaitons en faire partie. Nous voulons simplement que la voie vers une solution à deux États soit clairement définie. » Il a ajouté avoir eu une discussion constructive avec D. Trump à ce sujet, soulignant : « Nous œuvrerons pour que les conditions propices à la réalisation de cet objectif soient réunies au plus vite. »
Il y a quelques jours, Foreign Affairs a affirmé, dans un long article du chercheur David B. Roberts, professeur associé en études sur le Moyen-Orient au King’s College de l’Université de Londres, que la guerre américano-israélienne contre l’Iran a placé les États du Golfe face à une nouvelle réalité sécuritaire qualifiée d’« intenable ». Elle a souligné que la présence militaire US, sur laquelle les États du Golfe ont compté pendant des décennies, est passée d’un élément de protection à une source de menace directe, après que les bases américaines déployées dans la région sont devenues une cause principale exposant les infrastructures du Golfe, les installations pétrolières et les hôtels à de potentielles attaques iraniennes.
La revue américaine a poursuivi en indiquant qu’il est demandé aux dirigeants du Golfe de cesser d’attendre que Washington façonne l’avenir de la région en leur nom, et de commencer à dessiner cet avenir par eux-mêmes. Elle a expliqué que la sortie de la crise actuelle exige d’abandonner le postulat qui a régi la sécurité du Golfe pendant tout un siècle, lequel consistait à considérer la sécurité comme une marchandise pouvant être achetée à l’extérieur, plutôt que d’être bâtie localement. Et d’ajouter: « tout nouveau système de sécurité dans le Golfe doit reposer sur le fait que les pays de la région traitent eux-mêmes avec l’Iran, et non par l’intermédiaire de médiateurs internationaux ou de parapluies militaires étrangers ».
Axe Riyad-Islamabad
A signaler que le Pakistan a déployé 8 000 soldats, une escadrille d’avions de chasse et un système de défense aérienne sur le territoire saoudien en vertu d’un accord de défense conjoint entre les deux pays, a rapporté Reuters, citant des sources sécuritaires et gouvernementales à Islamabad.
L’agence a déclaré lundi que trois responsables de la sécurité et deux sources gouvernementales avaient confirmé ces déploiements – dont l’ampleur est révélée pour la première fois – et les a décrits comme une « force importante dotée de capacités de combat élevées, destinée à soutenir l’armée saoudienne si le royaume subit une nouvelle attaque », dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Le 17 septembre 2025, M. ben Salmane et Shahbaz Sharif, Premier ministre pakistanais, ont signé à Riyad un accord de défense stratégique conjoint entre les deux pays. Cet accord vise à développer la coopération en matière de défense entre l’Arabie saoudite et le Pakistan et à renforcer les mécanismes de dissuasion conjoints. Il stipule que toute attaque contre l’un des deux pays est considérée comme une attaque contre les deux, dans le cadre de la volonté de « soutenir la sécurité et la stabilité aux niveaux régional et international ».
Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, avait précédemment laissé entendre que cet accord plaçait l’Arabie saoudite sous le parapluie nucléaire du Pakistan. Selon certaines sources, le Pakistan a déployé début avril en Arabie saoudite une escadrille complète de 16 appareils, principalement des chasseurs JF-17 fabriqués conjointement avec la Chine. Deux responsables de la sécurité ont indiqué que le Pakistan a également envoyé deux escadrilles de drones.
Les cinq sources ont indiqué que les déploiements comprennent environ 8 000 soldats, avec la promesse d’en envoyer davantage si nécessaire, en plus d’un système de défense aérienne chinois HQ-9. Deux responsables de la sécurité ont expliqué que le personnel de l’armée de terre et de l’armée de l’air déployé depuis le début de la guerre en Iran joue principalement un rôle de conseil et de formation.
L’axe Riyad-Islamabad qui se dessine intervient dans la foulée de l’envoi, par l’Egypte, d’un corps expéditionnaire tout aussi imposant aux Emirats arabes unis. L’armée de l’air égyptienne y a déployé une escadrille de Rafale outre des drones et des systèmes de défense aérien.

