La Chine ne répond pas aux sanctions par des discours enflammés. Elle répond par des mesures administratives. Silencieuses. Chirurgicales. Efficaces. Le motif officiel est la réciprocité. L’Union européenne a adopté son 21e paquet de sanctions contre la Russie. Pékin considère que ces sanctions nuisent à ses intérêts. La réponse est ciblée : composants électroniques, équipements de défense, technologies sensibles. Tout ce qui peut servir à l’industrie militaire européenne. Le message est clair. Chaque sanction occidentale aura une contre-mesure chinoise. Pas de bruit. Pas de fureur. Juste des formulaires administratifs qui bloquent des chaînes d’approvisionnement entières. C’est la guerre technologique silencieuse. Et elle ne fait que commencer.
Apple pris en étau
Apple est otage. D’un côté, les sanctions américaines interdisent l’utilisation de technologies chinoises sensibles. De l’autre, les prix de la mémoire ont quadruplé en un an. La pénurie menace la production. Alors Apple demande une dérogation à Trump. Utiliser des puces mémoire ChangXin et Yangtze, deux fabricants chinois, pour tous les produits vendus hors des États-Unis. Une question de survie économique.
Mais Micron, le seul grand fabricant américain de puces mémoire, s’y oppose. Un bras de fer silencieux se joue à Washington. Trump devra trancher. Protéger Micron, quitte à étrangler Apple ? Ou sauver Apple, quitte à dépendre de la Chine pour la mémoire ?
Le dilemme est total.
NVIDIA parie sur l’Amérique
NVIDIA ne demande pas de dérogation. NVIDIA construit une forteresse. Le projet de data center dans l’Ohio est un pari colossal : 250 milliards de dollars de garantie pour OpenAI, 10 gigawatts de puissance, plus de 500 milliards d’investissement total.
SoftBank Energy développe le site. OpenAI, Anthropic, Microsoft, Google sont intéressés. L’objectif est simple : dominer l’intelligence artificielle sans dépendre de personne.
Le message à Pékin est limpide. Nous n’avons pas besoin de vous pour gagner la course à l’IA. Nous la gagnerons depuis le sol américain, avec des capitaux américains, dans des data centers américains.
Taïwan, le point de rupture
Taïwan, c’est TSMC. Et TSMC, c’est 70% des semi-conducteurs de pointe de la planète. Les 23 et 24 juillet, la Chine a mené des exercices militaires à Dongshan, face à l’île. Simultanément, les États-Unis, le Japon et les Philippines menaient leurs propres manœuvres en mer de Chine méridionale. Un face-à-face naval et aérien, à quelques centaines de kilomètres de l’île qui produit les puces dont le monde entier dépend. Si Taïwan tombe, 70% des semi-conducteurs de pointe tombent avec elle. Apple, NVIDIA, Tesla, Google, Microsoft. Tous dépendent de TSMC. La guerre technologique silencieuse pourrait devenir une guerre tout court.
La guerre des matières premières
On parle beaucoup des puces. Mais sans gallium et sans germanium, pas de puces. La Chine a déjà restreint l’exportation de ces deux matériaux critiques. Elle contrôle une grande partie de la production mondiale. C’est peut-être son arme la plus puissante. Les sanctions occidentales peuvent bloquer des technologies. Mais sans les matières premières chinoises, ces technologies ne peuvent tout simplement pas être fabriquées.
La guerre technologique est silencieuse. Elle se joue dans les ministères du Commerce, dans les bureaux de Washington, dans les salles de conseil d’administration. Pas de chars, pas de missiles. Juste des communiqués, des dérogations, des restrictions.
Mais elle est totale. Et elle décidera qui dominera le XXIe siècle.
Pékin outré
Mercredi, Pékin a exprimé sa vive insatisfaction et sa ferme opposition à la décision du Département américain de la Défense d’inscrire plusieurs instituts de recherche chinois sur une liste de sanctions, affirmant qu’elle prendrait les mesures nécessaires pour protéger ses droits et intérêts légitimes, selon les médias d’État. « La Chine prendra les mesures nécessaires pour protéger les droits et intérêts légitimes des instituts de recherche chinois et garantir un environnement favorable aux échanges et à la coopération scientifiques et technologiques normaux », a déclaré un porte-parole du ministère chinois du Commerce, cité par l’agence de presse Xinhua.
Le porte-parole a accusé les États-Unis d’avoir continuellement élargi de manière excessive la notion de sécurité nationale, d’avoir instauré des barrières discriminatoires et d’avoir politisé, militarisé et instrumentalisé la coopération en matière de recherche scientifique. Selon lui, ces mesures américaines portent atteinte aux échanges et à la coopération entre les communautés scientifiques des deux pays et vont à l’encontre de la tendance mondiale en faveur de la collaboration internationale dans le domaine de l’innovation scientifique et technologique.
La Chine a exhorté les États-Unis à cesser de formuler des accusations infondées contre les instituts de recherche chinois, à corriger « dans les plus brefs délais » ce qu’elle qualifie de pratiques erronées et à garantir aux organismes de recherche chinois un traitement « équitable, juste et non discriminatoire ». La semaine dernière, le Département américain de la Défense a mis à jour sa liste des institutions étrangères engagées dans des « activités problématiques », en y ajoutant des académies chinoises liées au secteur de la défense ainsi que d’autres universités, dont l’Université Fudan de Shanghai.

