L’institution estime que la réforme de l’enseignement doit dépasser la logique des ajustements successifs qui ont marqué les dernières décennies. Selon elle, le Maroc a désormais besoin d’une « renaissance éducative » rompant avec un modèle centré sur la mémorisation et la répétition, au profit d’un enseignement favorisant l’esprit critique, la compréhension approfondie des savoirs et le développement des compétences cognitives supérieures. Le Conseil souligne que cette transformation ne peut aboutir sans un nouveau contrat social entre la nation et son école. Un pacte reposant à la fois sur une volonté politique forte et sur un large soutien de la société, afin de consacrer le droit de tous à une éducation de qualité et de faire de l’enseignement un véritable projet collectif.
Dans son analyse, l’instance consultative insiste sur l’ampleur des mutations auxquelles l’école marocaine devra faire face dans les prochaines années. Les changements climatiques, la révolution numérique, les nouvelles dynamiques de valeurs, les transformations du marché du travail ou encore les évolutions démographiques redessinent les besoins éducatifs et imposent une adaptation profonde du système.
Pour le CSEFRS, ces défis rendent insuffisantes les simples réformes techniques du modèle actuel. L’institution appelle ainsi à bâtir une école « nouvelle » dans ses fonctions, son organisation, ses finalités et son modèle pédagogique.
Le rapport accorde également une place centrale à la question de l’autonomie des établissements scolaires. Les écoles, estime-t-il, ne doivent plus être réduites au rôle de simples exécutants de décisions prises au sommet de la hiérarchie administrative. Elles devraient disposer d’une autonomie réelle et encadrée leur permettant de développer leurs propres projets pédagogiques, d’encourager l’innovation et de responsabiliser les acteurs éducatifs.
Cette évolution passe, selon le Conseil supérieur, par un renforcement des liens entre l’école et son environnement local. L’institution recommande notamment d’accroître l’implication des collectivités territoriales dans les politiques éducatives et d’élargir les prérogatives de la gouvernance décentralisée.
Le rapport critique également le cloisonnement persistant entre les secteurs de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur. Le CSEFRS considère que ces domaines continuent d’être gérés comme des « îlots séparés », au détriment d’une vision cohérente de l’apprentissage. Cette fragmentation contribuerait, selon lui, au gaspillage des ressources humaines et matérielles et laisserait « des centaines de milliers de jeunes sans perspectives ».
Dans cette perspective, l’instance recommande d’engager des révisions profondes dans l’enseignement supérieur afin de construire « l’université du XXIe siècle », capable d’offrir une formation de qualité à l’ensemble des étudiants.
Le Conseil estime par ailleurs qu’aucune réforme durable ne peut être envisagée sans une refonte du modèle pédagogique. Les méthodes d’apprentissage fondées essentiellement sur la mémorisation ne répondent plus aux exigences contemporaines. Le rapport appelle à privilégier des approches centrées sur la qualité des apprentissages, le développement de l’analyse, de la réflexion et de la compréhension plutôt que sur l’accumulation mécanique des connaissances.
L’institution insiste également sur le rôle central des enseignants dans la réussite de toute réforme éducative. La qualité du système scolaire demeure, selon elle, étroitement liée à celle des cadres pédagogiques. Attirer des profils qualifiés et passionnés suppose ainsi une amélioration des conditions de travail et un renforcement de l’attractivité de la profession sur les plans matériel, intellectuel et social.
Le CSEFRS plaide enfin pour une gouvernance plus cohérente des politiques publiques liées à l’éducation et à la formation. Il appelle à mettre fin à la multiplication des intervenants et à l’éclatement des circuits de décision, afin de garantir une continuité dans la conduite des réformes, depuis l’établissement scolaire jusqu’aux plus hauts niveaux de l’Etat. En conclusion, le rapport estime que le changement attendu ne peut se limiter à des mesures ponctuelles ou à des ajustements conjoncturels. Pour l’institution, seule une transformation structurelle, globale et intégrée permettra de répondre aux dysfonctionnements du système éducatif marocain et de construire une école capable d’affronter les défis des prochaines décennies.
