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Crise entre le Liban et les pays du CCG : Riyad tente de (re)vassaliser Beyrouth

Riyad a décidé d’expulser d’ici 48 heures Fawzi Kabbara, ambassadeur du Liban en Arabie, et de rappeler Walid Boukhari son ambassadeur au Liban. Raison invoquée : les propos «offensantes et inacceptables» tenus le 5 août dernier, par Georges Qordahi, ministre de l’information alors que le gouvernement Mikati n’était pas encore constitué. Dans la foulée, Manama a suivi le mouvement avant d’être rattrapée par Koweït.

Après l’Arabie saoudite et Bahreïn, le Koweït a décidé samedi d’expulser le chargé d’Affaires libanais du pays et de rappeler son ambassadeur à Beyrouth, après des déclarations du ministre libanais de l’Information à propos de la guerre au Yémen. « L’Etat du Koweït a décidé le rappel pour consultations son ambassadeur au Liban et le départ du chargé d’Affaires de l’ambassade de la République libanaise auprès du Koweït dans les 48h », a indiqué le ministère des Affaires étrangères, cité par l’agence officielle koweïtienne Kuna.
Faisant suite au rappel de son ambassadeur, le royaume wahhabite a annoncé «l’arrêt de toutes les importations en provenance du Liban et réitéré son appel émis précédemment concernant l’interdiction pour ses ressortissants de se rendre au Liban».
Le royaume a prétendu «regretter» la détérioration des relations avec le Liban, selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères qui ajoute que «d’autres mesures seront prises», sans les préciser.
Outre l’Arabie, les Émirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn, ont annoncé la convocation des ambassadeurs du Liban dans leur pays.
La nouvelle position saoudienne semble avoir pris les déclarations du ministre G. Qordahi, comme prétexte pour resserrer l’étau sur le Liban, en raison de l’échec des forces de Ben Salman au Yémen, notamment dans la bataille de Ma’rib.
Dans sa déclaration annonçant le retrait de son ambassadeur de Beyrouth et l’expulsion de l’ambassadeur du Liban à Riyad, le gouvernement saoudien a réitéré ses propos sur le Hezbollah, l’accusant de « contrôler » le Liban, et de « fournir un soutien militaire à la milice terroriste Houthi ».
Des sources internes ont confirmé que Riyad veut renverser le gouvernement de Najib Mikati, qui est devant deux choix: soit la soumission, qui ouvre la porte à des concessions sans cesse, soit la démission.
Pour rappel G. Qordahi avait appelé, lors d’un programme diffusé par la chaine qatarie AlJazeera, à l’arrêt de la guerre absurde lancée par la coalition saoudo-émiratie contre le Yémen. L’ancien présentateur vedette de télévision avait ajouté que les Houthis (Ansarullah) se défendaient «face à une agression extérieure» et que «leurs maisons, leurs villages, leurs mariages et leurs enterrements étaient bombardés» par cette coalition.
Cette information intervient également alors que l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Liban avait effectué vendredi 29 octobre une tournée, rencontrant notamment le dirigeant de la milice des Forces Libanaises Samir Geagea.
Aussitôt après la publication du communiqué saoudien, les mêmes médias et politiciens qui ont lancé une campagne contre G. Qordahi, sont sortis pour couvrir la folie de Ben Salman et sa décision de faire pression sur le Liban et de le pousser à la soumission. Le chef de la milice des Forces libanaises a menacé les Libanais : « Il y a une très grande crise continue entre les États du Golfe et le gouvernement libanais. La majorité gouvernementale actuelle est appelée à prendre une décision rapide, décisive et claire pour épargner au peuple libanais de nouvelles tragédies. »
De son côté, l’ancien député Walid Joumblatt s’est montré plus clair que S. Geagea, quant à sa demande du limogeage de « ce ministre qui va détruire nos relations avec le Golfe ».
Explosion de Beyrouth
A signaler aussi que les autorités libanaises ont demandé à la Russie de leur fournir les images satellitaires sur l’explosion meurtrière du port de Beyrouth du 4 août 2020. Une demande faite après avoir tenté sa chance, en vain, avec la France et l’Italie.
Cette demande a été exprimée par le chef de l’Etat libanais Michel Aoun, en recevant Alexander Rudakov, ambassadeur russe au Liban avec lequel il avait discuté des moyens de développer les relations libano-russes.
En début de semaine, le président Vladimir Poutine a déclaré que son pays étudie la possibilité d’aider le Liban dans l’enquête sur l’explosion du port et de lui fournir les images si elles sont disponibles.
L’explosion qui a fait plus de 200 tués, 6.500 blessés et détruit des quartiers entiers proches du port a été provoquée par la présence de plus de 2000 tonnes de nitrate d’ammonium dans l’un de ses hangars depuis 2013. Cette quantité officiellement destinée au Mozambique avait été abandonnée par le navire qui la transportait, MV Rhosus, battant pavillon moldave. En état d’usure, ce dernier a fini par sombrer dans le large libanais, après l’évacuation de la cargaison laquelle n’a pas non plus été restituée par ses propriétaires.
Des questions restent en suspens sur les raisons directes de l’explosion. L’une des hypothèses avance que des travaux de soudage qui avaient eu lieu le jour de l’explosion sur le portail du hangar aurait causé des étincelles qui ont provoqué un incendie. Mais les autorités libanaises voudraient savoir s’il n’y a pas eu d’autres facteurs derrière l’explosion dévastatrice.
Directement après le drame, aussi bien le président libanais que l’ex- Premier ministre libanais Hassan Diab avaient demandé au président français Emmanuel Macron qui était venu au Liban de leur donner les images satellites prises avant, pendant et après l’explosion. L’Italie non plus n’a pas répondu à la même demande libanaise. « Ils nous ont promis de nous les fournir mais ceci n’a pas eu lieu. Je ne sais pas pourquoi », a dit H. Diab.
L’omerta des Occidentaux sur les conclusions de leurs investigations sur l’explosion est toujours en vigueur. Ni les Français, ni les Britanniques ni les Américains qui avaient dépêché au Liban des équipes d’enquête n’ont rendue publiques leurs conclusions.
Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, s’est plusieurs fois interrogé sur les raisons de ce refus suspect, alors
que les forces politiques libanaises pro occidentales ne manquent aucune occasion pour laisser entendre que le Hezbollah est derrière l’explosion.
Des observateurs libanais assimilent le traitement de cette affaire à celle de l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, dont l’enquête a été menée par un tribunal international et par des juges qui se sont fait remarquer par leur manque de compétence et leurs déboires.

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