Parallèlement aux évolutions sur le terrain, Cheikh Naïm Qassem, secrétaire général du Hezbollah, a affirmé que l’ennemi israélien qui a été « vaincu sur le champ de bataille par les braves héros de la résistance », a commis « des crimes sanguinaires » en attaquant les civils le mercredi 8 avril. Il a assuré que « la résistance se poursuivra jusqu’au dernier souffle » estimant que « ces sacrifices nous rendent encore plus déterminés à libérer notre patrie et à restaurer notre dignité ».
Refusant d’accepter « aucun retour à la situation antérieure », il a appelé les responsables libanais à cesser de faire « des concessions gratuites » à l’ennemi, alors que le chef de l’Etat et son Premier ministre, disposés à mener des négociations directes avec des responsables israéliens, envisagent d’envoyer à cette fin une délégation à Washington. Jeudi, Ali Fayyad, député du Hezbollah, avait annoncé la couleur en affirmant que le Hezbollah refuse ces négociations qui devraient être indirectes.
Le pouvoir libanais a décidé de se placer de l’autre côté de la table, déclarant par la voix du président de la République Joseph Aoun et du chef du gouvernement Nawaf Salam que le Liban n’est concerné par aucune entente et qu’il négocie pour lui-même. Or cet élan qui se drape de la couleur « souverainiste » permet, dans les faits, à Israël de traiter « de sa propre main » le dossier du Hezbollah et de ses armes. Plusieurs capitales ont affiché leur étonnement face à cette attitude butée de Beyrouth. Des responsables égyptiens ont exprimé leur « stupéfaction » face à la légèreté des dirigeants libanais, tandis que des pays européens se sont étonnés de la position du gouvernement, soulignant la nécessité d’inclure le Liban dans tout cessez-le-feu. Même Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères pro-israélien, a martelé que « le Liban ne doit pas être le bouc émissaire d’un gouvernement agacé par la conclusion d’un accord entre les États-Unis et l’Iran ».
Le paradoxe le plus frappant réside dans l’absence de tout communiqué du ministère libanais des Affaires étrangères condamnant sur le champ les agressions ou appelant à une action internationale urgente ; il n’a même pas sollicité de session spéciale du Conseil de sécurité…
Alors que les capitales arabes et occidentales multipliaient les condamnations, Youssef Raggi, chef de la diplomatie libanaise, informait les diplomates libanais que les négociations en cours à Islamabad ne concernaient pas le Liban. En parallèle, le pouvoir a offert un cadeau supplémentaire à Tel-AViv, dont les dirigeants n’ont pas caché leur joie face à l’initiative visant à déclarer « Beyrouth zone démilitarisée ». Cette décision a été approuvée par le gouvernement lors d’une séance présidée par Joseph Aoun, durant laquelle Nawaf Salam a affiché son alignement total contre la Résistance. Il est allé plus loin que ce qu’Avichay Adraee, porte parole de l’armée sioniste, prétendant que « tous les quartiers et immeubles bombardés à Beyrouth contenaient soit des dépôts d’armes du Hezbollah, soit des combattants ». N. Salam a donné l’exemple d’un centre voisin de la maison de son grand-père qui servirait, selon ses dires, de ligne d’approvisionnement pour les combattants du Parti ! N’est-ce pas là une justification des plus scandaleuses de l’assassinat par l’armée israélienne de citoyens désarmés, d’enfants et de familles entières. Il a insisté sur une décision gouvernementale demandant le renforcement de la sécurité dans la capitale, chargeant l’armée et les forces de sécurité d’étendre leur contrôle sur le gouvernorat de Beyrouth, d’y limiter le port d’armes aux forces légitimes et de prendre des mesures contre les personnes recherchées.
Des sources ministérielles rapportent que les propos du chef de gouvernement ont indigné Rakan Nassereddine, ministre de la Santé, qui a rappelé l’ampleur des pertes humaines et des massacres ciblant des civils et des centres de secours ne contenant assurément aucune arme, soulignant que de telles décisions « justifient le génocide ».
Quelques heures après la décision du gouvernement, un autre volet du scandale a éclaté : il s’est avéré que le président de la République avait informé Michel Issa, ambassadeur américain à Beyrouth, de sa décision de nommer une délégation restreinte pour des négociations directes avec des délégués de l’entité d’occupation. Pour sceller cette coordination, le Premier ministre israélien a salué la décision du gouvernement libanais, révélant que « des négociations directes allaient débuter entre Liban et Israël ».
Des sources indiquent que l’initiative de J. Aoun et N. Salam répond à des demandes américano-européennes urgentes après les raids du 8 avril, sous prétexte d’aider les « médiateurs » à convaincre l’ennemi d’épargner la capitale. Cependant, un diplomate étranger à Beyrouth a affirmé que l’initiative venait des Libanais, et non de l’extérieur.
Les deux responsables libanais avaient déjà discuté au début de la guerre du projet de déclarer le « Grand Beyrouth » zone démilitarisée, prévoyant une vaste opération de sécurité menée par l’armée et les FSI, incluant la banlieue sud jusqu’à Khaldeh, avec des barrages et des contrôles d’identité. Cette proposition avait initialement suscité les réserves des forces de sécurité, craignant une confrontation directe entre l’armée et le Hezbollah, d’autant que les promoteurs de ce plan réclamaient des perquisitions dans les centres d’accueil des déplacés et des restrictions de mouvement pour ces derniers.
Nabih Berri, président du parlement et leader du mouvement chiite Amal, comme la direction du Hezbollah, ont informé les autorités militaires qu’ils ne s’opposaient à aucune mesure visant à prévenir les frictions, mais ont mis en garde contre toute atteinte à la vie privée des déplacés ou toute tentative de perquisitionner des centres partisans ou sanitaires sous prétexte de chercher des armes.
A Washington, c’est M. Issa fqui servira d’intermédiaire entre l’ambassadeur israélien et l’ambassadrice libanaise Nada Moawad lors d’une première rencontre préparatoire. La délégation libanaise sera dirigée par l’ambassadeur Simon Karam, rejoint par Paul Salem.
A signaler que la ville de Nabatiyeh a été victime de la plus grande agression depuis le début de la guerre actuelle, lorsque des avions israéliens ont lancé une série de raids violents, ciblant la plupart de ses quartiers et ses rues et provoquant des destructions massives. Les raids menés aux alentours du sérail du gouvernement dans cette ville ont entraîné la destruction de bâtiments et provoqué un terrible massacre, notamment au siège de la Sécurité d’État, où le bilan initial faisait état de 8 martyrs. L’ennemi israélien a également lancé un raid visant une station de lavage de voitures située au milieu de la place principale de la localité d’al-Jbaa, dans l’Iqlim al-Touffah, faisant 6 martyrs.
Selon le ministère libanais de la Santé, le bilan des martyrs entre le 2 mars et 7 avril s’élève à 1530 et des blessés à 4812. Ce chiffre n’inclut pas les plus de 300 martyrs tués mercredi 8 avril dans les raids meurtriers perpétrés ce jour-là par 55 avions militaires israeliens qui ont bombardé en 10 minutes plus de 89 régions libanaises.
Le journal US Wall Street Journal a révélé, pour sa part, les détails d’un appel téléphonique « ferme » entre le président américain et le Premier ministre israélien, centré sur l’escalade militaire récente au Liban.
Lors de l’appel jugé plus court qu’à l’accoutumée entre les deux hommes, D Trump y a exprimé sa vive inquiétude quant au fait que la poursuite des opérations militaires au Liban pourrait compromettre l’accord de cessez-le-feu actuellement en place. Selon le journal, le locataire de la Maison Blanche a également insisté sur la nécessité d’éviter toute mesure susceptible d’élargir le cercle du conflit dans la région.
Le quotidien US souligne que le message américain incluait un avertissement clair sur les répercussions des combats pour la stabilité régionale, particulièrement à la lumière de la montée des tensions sur plusieurs fronts au « Moyen-Orient ».
A rappeler que le Pakistan a annoncé, le 8 avril courant, que l’Iran et les États-Unis, aux côtés de leurs alliés, s’étaient mis d’accord sur un cessez-le-feu immédiat en tout lieu, y compris au Liban, avec effet immédiat. Cependant, B. Netanyahu a violé cet accord avec le soutien américain, Washington prétendant alors que l’entente ne couvrait pas le Liban. Le jour même de l’annonce de l’accord, l’entité d’occupation a commis de vastes agressions sur le territoire libanais et des massacres contre des civils, notamment à Beyrouth. Plus de 300 Libanais, dont une majorité de femmes et d’enfants sont tombés en martyre et 1000 autres ont été blessés.
Sur le terrain, la Résistance qui a observé la trêve a intensifié ses frappes contre les colonies du Nord par des salves successives de missiles et des essaims de drones d’attaque, touchant les colonies de Kiryat Shmona, Metoula, Manara, Avivim, Shlomi, Shomera et Kabri, jusqu’à Nahariya et Misgav Am. On signale aussi que la ville de Bint Jbeil a constitué l’axe des affrontements directs. La Résistance a annoncé avoir engagé des combats à « bout portant » contre une force israélienne qui tentait de progresser vers le souk de la ville, parallèlement au bombardement de rassemblements de véhicules aux abords du complexe Moussa Abbas, du triangle de la Libération et de l’école technique. Ce mode de combat reflète l’adoption d’une tactique de « défense active », basée sur l’engagement direct soutenu par des tirs d’appui, afin d’isoler la force assaillante et de l’empêcher d’établir tout point d’ancrage dans la ville, réitérant l’expérience de l’agression de juillet 2006 avec des outils plus sophistiqués.
En parallèle, la Résistance a exécuté une série d’opérations précises visant des véhicules et des positions israéliennes : frappes contre des véhicules par des missiles guidés à Taybeh, ciblage d’un char Merkava et d’un bulldozer militaire de type D9 par des drones d’attaque, et frappes contre des sites militaires et des rassemblements de soldats aux positions d’Al-Marj, de la colline d’Al-Ajal, d’Al-Assi et de la caserne de Honine.
