Le cadre d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf, a annoncé lundi un haut responsable américain. « Le président voulait le signer personnellement, car il voulait montrer son (…) abnégation à trouver une issue favorable », a déclaré ce haut responsable à la presse, sous couvert d’anonymat.
Arrivé à Évian, en France, pour le sommet du G7, le président américain a indiqué que l’Iran avait accepté de ne pas posséder d’arme nucléaire et que c’était là le nœud du problème Il a ajouté que le détroit d’Ormuz avait été « partiellement » ouvert, ajoutant que le détroit serait totalement ouvert vendredi prochain après la cérémonie de signature de l’accord. Mais les organisations de transport maritime et les syndicats de marins ont averti lundi qu’il était trop tôt pour reprendre en toute sécurité la navigation dans ce détroit. Il a confirmé que son vice-président assistera à la cérémonie de signature vendredi prochain, soulignant qu’il souhaite publier le texte du mémorandum d’entente avec l’Iran « parce qu’il s’agit d’un document important et puissant, et nous le publierons bientôt ».
- Trump a déclaré que l’allègement des sanctions contre l’Iran « dépendra de son comportement », ajoutant que le détroit d’Ormuz serait totalement libre de droits de passage « une fois les mines retirées ».
Pour sa part, JD. Vance avait confirmé plus tôt lundi que l’accord avec l’Iran avait été signé électroniquement par toutes les parties et qu’une cérémonie de signature aurait lieu vendredi prochain, ajoutant que l’administration US avait l’intention de publier cette semaine le texte intégral de l’accord de cessez-le-feu avec l’Iran. « Nous voulons que le peuple américain puisse le voir. » Lors d’une interview avec CBS Mornings, il a ajouté que « parfois, ces accords impliquent des protocoles diplomatiques et des aspects techniques qui doivent être réglés, mais nous prévoyons de publier le texte intégral cette semaine. »
Selon lui il existe des informations inexactes concernant le contenu de l’accord, soulignant que celui-ci, de manière générale « garantit que l’Iran ne possédera jamais d’arme nucléaire, tout en ouvrant le détroit d’Ormuz ». Plus, cela « tend la main à l’Iran et dit : Écoutez, si vous êtes disposés à respecter vos obligations, si vous êtes disposés à autoriser de véritables inspections de votre programme nucléaire, nous vous accueillerons à nouveau dans l’économie mondiale. » Il a ajouté que l’Iran aurait « un avenir meilleur et plus prospère s’il remplit ses obligations en vertu de cet accord », notant que la levée du gel des avoirs financiers iraniens « est l’un des points que nous nous efforcerons de résoudre lors des discussions techniques qui suivront la signature officielle vendredi ». Il a toutefois nié que le pouvoir iranien recevrait 24 milliards de dollars de fonds gelés s’il remplissait certains critères, affirmant que ce chiffre « n’apparaît dans aucun des textes. Nous avons dit que nous étions prêts à négocier la levée du gel des avoirs, mais ce qui est bien plus important, c’est la levée des sanctions sur leur économie, à condition qu’ils respectent leurs engagements à long terme concernant le programme nucléaire » et de relever que « maintenant que l’accord est conclu, les médiateurs faciliteront une série de réunions cette semaine. Ces discussions préalables à la mise en œuvre (de l’accord) jetteront les bases des pourparlers techniques et de la cérémonie officielle de signature », qui se tiendra à Genève, en Suisse, le 19 juin, a-t-il ajouté.
Par la suite, D. Trump a confirmé que l’accord avait été « finalisé » avec l’Iran et a annoncé la réouverture du détroit d’Ormuz ainsi que la levée « immédiate » du blocus naval américain. « L’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social quelques minutes après l’annonce faite lundi par le médiateur pakistanais. « Je partage désormais la position de la République islamique d’Iran. Félicitations à tous ! J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », a ajouté D. Trump.
Plus tard, c’est Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, qui a confirmé que le mémorandum d’entente d’Islamabad a été finalisé et sera signé à Genève vendredi. « Le Mémorandum d’entente n’était pas uniquement le fruit de la diplomatie, mais aussi le résultat des succès militaires iraniens », a-t-il déclaré assurant qu’il doit aussi son existence « au sang pur des martyrs » et « à la fermeté du peuple ». « Enfin, il doit son existence au sang pur de l’Imam martyr, à la guidance du Guide suprême et aux efforts des autorités », a-t-il ajouté.
Selon K. Ghariabadi, « l’ennemi, qui nous a attaqué pour réaliser ses objectifs malveillants, a subi une défaite retentissante, et la République islamique d’Iran a remporté de grandes victoires dans cette guerre ». « Nous avons inclus toutes nos positions essentielles dans le projet d’accord. Après la signature officielle, le texte de l’accord sera publié. Avant la signature, nous expliquerons les différents aspects de l’accord aux médias et reviendrons sur les progrès accomplis », a-t-il aussi affirmé.
Et de conclure que « vendredi, nous assisterons à une signature officielle et des entretiens auront lieu entre les chefs des deux délégations afin de définir les modalités des négociations à venir. D’ici là, les engagements pris par les États-Unis concernant la fin de la guerre, la levée des sanctions et le déblocage des fonds seront vérifiés. L’ouverture de négociations pour une durée de 60 jours sera conditionnée par le respect de ces engagements par les États-Unis. »
Selon l’agence Fars news, l’Iran était sur le point d’annuler les négociations et se préparait à lancer une attaque contre Israël suite à l’attaque contre la banlieue sud de Beyrouth. « Cependant, après des concessions de dernière minute des États-Unis – notamment des garanties pour l’intégrité territoriale du Liban, le retrait israélien de la frontière libanaise et la levée immédiate du blocus – l’Iran a accepté de ne pas mener l’attaque », a indiqué l’agence iranienne.
Le centre de commandement des forces armées iraniennes a souligné que la volonté du peuple iranien avait fini par l’emporter sur ses ennemis. Dans un communiqué publié tôt lundi matin, le quartier général central Khatam al-Anbiya a salué le peuple iranien pour sa « victoire glorieuse ». Il a également rendu hommage au courage des forces armées et du front de la Résistance pour leur « détermination inébranlable » tout au long de plus de cent jours de conflit.
Cet accord survient près de 110 jours après le début d’une guerre d’agression non provoquée et illégale menée par la coalition américano-israélienne contre l’Iran. Malgré un cessez-le-feu conclu début avril, les agresseurs ont poursuivi leurs actes de terrorisme maritime ainsi que leurs attaques contre le Liban. L’Iran a toujours soutenu qu’un accord mettant fin à la guerre devait couvrir l’ensemble des fronts concernés et garantir la préservation de ses intérêts nationaux.
A l’annonce de l’accord, le prix du baril du brut a chuté de 4% en passant à 83,96 dollars.
Lamentations israéliennes
En Israël, l’heure est aux lamentations. Ainsi, le journal Maariv a rapporté que B. Netanyahu a déclaré à D. Trump que l’armée israélienne ne se retirera pas du Liban et qu’Israël ne se considère pas lié par la clause libanaise de l’accord américano-iranien. I24 a conclu que D. Trump a accordé beaucoup aux Iraniens sans rien obtenir en échange. La Chaine 14 a qualifié l’accord « d’évènement tellement mauvais qu’il est difficile d’expliquer ce que Trump a fait ». Quant à la chaine 15, elle a déduit que « l’axe Witkoff-Kushner-Vance a gagné la nuit dernière. »
Quelques heures après l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, c’est Israel Katz, ministre israélien de la Défense, qui a fourni la première action israélienne officielle au mémorandum d’entente annoncé dans la nuit entre l’Iran et les USA. Il a réaffirmé que l’entité sioniste n’envisage aucun retrait militaire du Liban, de la Syrie ou de Gaza. Selon lui, le Premier ministre et lui-même conduisent une politique claire. « Tsahal restera dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza sans limitation de durée », a-t-il déclaré. Il a également affirmé que ces secteurs seraient entièrement débarrassés de leurs infrastructures terroristes, en surface comme en sous-sol. Les habitations des villages frontaliers utilisées, selon Israël, comme positions du Hezbollah ou d’autres organisations armées seront détruites.
Pour le ministre, cette stratégie constitue l’une des principales leçons du 7 octobre 2023. Il estime que la création de zones de sécurité représente « l’un des plus grands succès de Tsahal » depuis le début de la guerre. Il a également révélé que B. Netanyahu avait exposé cette position au président américain ainsi qu’à plusieurs hauts responsables américains. Lui-même dit avoir transmis le même message à Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre. Enfin, I. Katz a adressé une mise en garde à l’Iran. Si Téhéran décidait de s’en prendre à Israël en réaction aux événements au Liban, l’État hébreu répondrait « avec toute sa puissance ».
Même son de cloche de la part du ministre israélien de la Sécurité nationale qui a également exclu tout retrait des zones conquises par l’armée d’occupation au Liban. « L’accord de Trump ne nous engage pas. Israël n’est pas subordonné aux États-Unis et nous sommes un État indépendant et souverain », a-t-il déclaré sur le réseau X. Tout en affirmant son attachement à l’alliance avec Washington, Itamar Ben-Gvir a insisté sur le fait que l’entité sioniste « n’est pas une république bananière ».
Le chef du parti Force juive estime que l’histoire a démontré les dangers des concessions faites sous pression internationale. Il cite notamment les accords d’Oslo, la guerre du Liban de 2006 et la politique de retenue menée face au Hamas à Gaza avant le 7 octobre. Selon lui, Israël ne doit accepter aucun compromis sur ses objectifs militaires. « Nous ne sommes pas partenaires de cet accord qui ne garantit pas notre sécurité », a-t-il affirmé, appelant au démantèlement complet du Hezbollah et refusant tout retrait des zones conquises par l’armée israélienne au Liban. I. Ben-Gvir a également réclamé une doctrine de riposte immédiate contre toute attaque venue du Liban. Selon lui, chaque tir de drone, de missile ou de roquette contre Israël devrait entraîner une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth.
Betsalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a lui aussi vivement critiqué l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran. « L’accord avec l’Iran est mauvais pour Israël et pour le monde libre. Point final », a-t-il déclaré dans un communiqué. Il a toutefois souligné que la campagne menée contre l’Iran avait permis d’obtenir d’importants résultats stratégiques. Selon lui, les succès enregistrés dans l’affaiblissement des capacités iraniennes ne seront pas remis en cause par l’accord actuellement en préparation. Le chef du Parti Sionisme religieux a également estimé que la prochaine épreuve se jouerait au Liban. « Nous serons testés au Liban », a-t-il averti, soulignant que « la sécurité des habitants du nord d’Israël demeure une priorité absolue ». Enfin, il a insisté sur la nécessité de préserver la liberté d’action de l’armée israélienne contre le Hezbollah.
Le journal israélien Maariv a reconnu que l’Iran « a prouvé une fois de plus qu’il est l’acteur le plus fort ici sur le terrain, et que c’est lui qui déterminera la suite des événements ». Le journal a souligné que « l’échelon politique israélien se transforme à nouveau en une sorte de « pantin » face aux Iraniens et à Donald Trump de la même manière ». Il a ajouté qu’ « Israël n’a pas su lire les mouvements au sein de l’administration, à la Maison-Blanche et dans la rue américaine. En conséquence, Israël a perdu son influence sur les démarches en cours dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran. »
Le quotidien israélien a poursuivi que « le comble de l’ironie est que le plus grand ennemi d’Israël (l’Iran) mène des négociations avec son ami le plus proche (les États-Unis). » Admettant qu’« Israël s’est retrouvé hors du dialogue, personne ne lui accorde d’importance, et il s’est transformé en « l’enfant terrible », ce membre banni avec qui il est interdit de parler ».
Dans le même contexte, la Chaîne 12 israélienne a critiqué l’accord américano-iranien, soulignant qu’il « constitue une catastrophe stratégique pour Israël ». Un responsable israélien a affirmé à la Chaine 13 : « C’est un accord de choc pour Israël. Il n’y a personne au sommet qui ne le pense pas, du chef du gouvernement jusqu’au chef d’état-major. »
Retrait US
Dimanche, les États-Unis et l’Iran ont annoncé être parvenus à un protocole d’accord pour mettre fin à la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban. Après l’annonce qu’un « accord de paix » avait été conclu entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, l’agence de presse iranienne Tasnim, citant une source bien informée, a révélé des détails concernant entre autres le sort des forces américaines dans la région et le dossier des sanctions contre l’Iran. La source a indiqué que le sort des forces américaines dans la région était déterminé conformément à l’article 4 du mémorandum d’entente, lequel stipule que les forces de combat américaines doivent quitter les environs de l’Iran 30 jours après l’accord final. Par ailleurs, conformément à l’article 9 du mémorandum d’entente, aucune nouvelle force américaine ne sera déployée dans la région pendant les 60 jours de négociations visant à parvenir à un accord final, et en contrepartie, l’Iran ne prendra aucune mesure nucléaire pendant cette période.
Concernant la question des sanctions, une source bien informée a indiqué à Tasnim que, conformément à l’article 9, les États-Unis se sont engagés à ne pas imposer de nouvelles sanctions durant la période de négociation de 60 jours visant à parvenir à un accord définitif. Par ailleurs, en vertu de l’article 7, les États-Unis se sont engagés à lever les sanctions primaires et secondaires, ainsi que celles imposées par le Conseil de sécurité et le Conseil des gouverneurs de l’ONU, dès la conclusion d’un accord définitif.
Concernant le mécanisme de levée des sanctions pétrolières et financières, la source a indiqué que, conformément à l’article 11, après la signature du mémorandum d’entente, des dérogations seront appliquées aux sanctions relatives à la vente de pétrole, de produits pétrochimiques et de dérivés pétroliers. Ces dérogations concerneront les opérations de transport maritime, de transport terrestre, de vente, d’assurance et les transactions financières liées à la vente de pétrole.
Par ailleurs, conformément à l’article 8, des négociations se tiendront pendant 60 jours (prolongeables) concernant le dossier nucléaire (enrichissement de l’uranium et matières nucléaires stockées).
L’agence de presse iranienne Tasnim a rendu compte que diverses divergences entre l’Iran et les États-Unis concernant les termes du mémorandum d’entente se sont poursuivies jusqu’aux dernières minutes précédant son annonce. L’agence a indiqué que l’un des principaux changements apportés au cours des deux derniers jours et des dernières heures avant l’annonce du mémorandum a été l’ajout de la phrase « garantissant la souveraineté et respectant l’intégrité territoriale du Liban » à la première clause du mémorandum (une phrase que Trump avait précédemment refusé d’inclure dans les versions précédentes).
Parmi les amendements récents, l’expression « gestion des services de navigation maritime dans le détroit d’Ormuz » a été ajoutée par l’Iran et Oman à l’article 5 du mémorandum d’entente, et une exemption a été accordée pour la perception de redevances auprès des navires traversant le détroit d’Ormuz pendant une période de 60 jours, après quoi l’Iran entend percevoir des redevances de service auprès des navires.
Dans un autre ordre d’idées, la source bien informée a révélé à l’agence les motifs qui justifieront la suspension de l’accord. Elle a expliqué que l’article 13 du Mémorandum d’entente confirme qu’en cas d’agression ou d’opérations militaires telles que des assassinats et autres en Iran ou du Front de résistance, y compris au Liban, aucune négociation ne sera plus menée concernant l’accord final et, par conséquent, la mise en œuvre du Mémorandum d’entente sera suspendue, y compris l’ouverture du détroit d’Ormuz.

