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E. Macron à Madrid : La question des frontières européennes, élargies aux Présides marocains, au cœur des débats

by Perspectives Med
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E. Macron à Madrid : La question des frontières européennes, élargies aux Présides marocains, au cœur des débats

Lors d’un dîner au Palais royal de Madrid, donné en l’honneur du président français Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte en visite officielle en Espagne, Felipe VI a décrit ces arrivées massives comme « inacceptables ». Il a rappelé que les frontières espagnoles sont celles de l’Europe. Il a souligné que les pays en première ligne aux frontières extérieures de l’UE ne pouvaient supporter seuls cette pression et appelé à une action collective efficace pour protéger ces frontières, avec une coopération renforcée entre États membres et des ressources suffisantes.

Cette main tendue devant le locataire de l’Elysée intervient alors que le Sénat espagnol, dominé par l’opposition de droite, a rejeté la ratification du traité d’amitié et coopération entre l’Espagne et la France, signé par E. Macron et Pedro Sánchez à Barcelone en janvier 2023. En tout, 142 sénateurs du Parti populaire et de Vox ont voté contre, contre 106 voix en faveur, dont celles du Parti socialiste de Sánchez. Ce refus survient malgré une décision de la justice espagnole du 23 septembre, jugeant ce traité conforme à la Constitution, constituant ainsi un revers durant la visite du président français à Madrid.

Mercredi, lors d’une conférence de presse conjointe, P. Sánchez, président du gouvernement espagnol, a présenté ses excuses à E. Macron pour le rejet par le Sénat du traité d’amitié avec la France. Il a accusé le parti de donner une dimension idéologique à un débat inutile, puisque l’accord est conclu entre États et non entre gouvernements. Ces événements s’inscrivent dans un contexte de crise politique croissante en Espagne depuis les arrivées massives à Sebta, exacerbant les divisions internes sur la gestion migratoire et les relations avec le Maroc, tout en ravivant les tensions avec l’Italie sur l’espace Schengen.

Des migrants torturés !

Amnesty International a dénoncé des actes de torture et des « traitements cruels, inhumains et dégradants » qu’auraient subis des migrants à Sebta les 30 et 31 juillet, imputés aux forces armées espagnoles. L’organisation réclame l’arrêt de ces violences et l’ouverture d’enquêtes indépendantes pour établir les responsabilités. Le rapport de l’ONG dévoilé mercredi affirme avoir recueilli des vidéos témoignant d’actes de torture et d’agressions, dont certaines pouvant être assimilées à des actes de barbarie. L’Association marocaine des droits humains de Nador a également dénoncé ces actes et saisi la justice pour défendre les victimes.

Amnesty fonde ses conclusions sur une visite du 10 au 15 septembre, durant laquelle elle a interrogé plus de 65 migrants et demandeurs d’asile, ainsi que 31 mineurs et 26 femmes, dont certaines enceintes. Elle a collecté 22 témoignages accusant « des soldats de coups, de harcèlement, d’insultes, ainsi que de vols et de destructions de téléphones ». L’ONG a relevé des blessures compatibles, selon elle, avec des coups de bâton, comme « des plaies à la tête subies par deux jeunes Marocains ». Un autre jeune homme, incapable de marcher pendant 25 jours après avoir été poussé par un soldat, et d’autres incidents de violences sont également détaillés. « Les pratiques rapportées incluent l’interdiction de dormir, des menaces pour quitter la ville, l’obligation pour des musulmans d’embrasser une croix et le refus de nourriture en cas de désobéissance. Des insultes à caractère sexuel ont aussi été adressées à des femmes. »

L’organisation a recueilli des témoignages et vidéos attestant que des soldats masqués attaquaient des migrants la nuit avant de les expulser par la clôture de Tarajal. Elle a aussi documenté « des expulsions sans procédure légale de demandeurs d’asile, y compris des Yéménites ». Amnesty International alerte sur la situation de centaines d’enfants, certains âgés de seulement 12 ou 13 ans, livrés à eux-mêmes sans protection ni nourriture suffisante.

Femmes et enfants sans abri

L’organisation estime par ailleurs que 800 femmes avec enfants vivent dans la rue dans la précarité. Des familles sont abritées dans une tente près de la mosquée Sidi Embarek, sans douches ni toilettes. Elle signale aussi des «cas de violences sexuelles» avec, selon des données judiciaires, 39 victimes dont 14 mineurs.

Par ailleurs, elle pointe des pénuries d’eau, de nourriture, de produits d’hygiène et de soins dans les zones de regroupement, critiquant une distribution alimentaire quotidienne insuffisante. Les migrants doivent choisir entre se nourrir ou accéder aux soins en raison de la simultanéité des distributions.

Toujours selon l’organisation, des migrants ont été discriminés à l’hôpital universitaire, contraints d’attendre dehors. Elle dénonce un «profilage racial» empêchant certains d’accéder au centre-ville et aux commerces en raison de leur couleur de peau ou tenue vestimentaire, touchant même des habitants de Sebta d’origine marocaine. Elle relie ces violations à une augmentation des discours de haine, avec une hausse de 76 % des messages haineux sur les réseaux sociaux en août, intensifiée par la crise migratoire à Sebta.

Les attaques ont également concerné journalistes, militants et organisations humanitaires, des entraves à la distribution d’aide ayant été signalées, ainsi qu’un incident le 20 septembre où une voiture transportant une militante, un avocat et un député de Sebta a été prise pour cible.

Deux lettres ont été adressées au chef du gouvernement espagnol et au président de Sebta, demande l’adoption urgente d’un plan pour assurer des conditions d’accueil dignes et une prise en charge spécialisée des femmes et enfants, ainsi que le transfert vers l’Espagne continentale des personnes à risque. Elle exige aussi la fin des agressions, l’ouverture d’enquêtes, la suspension des soldats impliqués, le respect de l’interdiction des expulsions collectives et des garanties pour le droit d’asile.

Bien que reconnaissant la complexité de la situation à Sebta et les défis pour les forces armées, ainsi que l’arrestation de plus de 30 migrants accusés d’agresser des soldats, l’organisation insiste sur la nécessité de respecter la loi et les droits humains.

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