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Industrie ferroviaire : Le cas marocain sous la loupe de la BAD

by Perspectives Med
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Industrie ferroviaire : Le cas marocain sous la loupe de la BAD

À travers le prêt de 205 millions d’euros qu’elle vient d’accorder au Royaume pour soutenir le  (PADIF), la Banque africaine de développement (BAD) livre une lecture particulièrement éclairante de la stratégie marocaine. Au-delà de l’extension de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech ou du développement des réseaux express régionaux, l’institution considère que le véritable enjeu réside dans la capacité du pays à maîtriser les technologies ferroviaires et à bâtir une filière industrielle nationale autour du rail.

Dans son rapport d’évaluation, la Banque inscrit cette ambition dans le prolongement du Nouveau modèle de développement et du Plan Rail 2040. Elle souligne que le Royaume entend faire du transport ferroviaire un levier de compétitivité économique, de réduction des coûts logistiques, d’intégration territoriale et de mobilité durable, tout en renforçant sa résilience face aux besoins futurs. Pour la BAD, cette vision dépasse largement la réalisation d’ouvrages d’infrastructure. Elle repose sur un investissement parallèle dans le capital humain, l’acquisition de savoir-faire techniques et le développement d’un tissu industriel capable d’accompagner durablement l’expansion du réseau ferroviaire marocain.

Le rapport souligne que le réseau ferroviaire marocain figure déjà parmi les plus modernes du continent africain, avec la première ligne à grande vitesse d’Afrique, un réseau électrifié répondant aux standards internationaux et des installations de maintenance réparties sur l’ensemble du territoire. En 2025, il a transporté 55,6 millions de voyageurs. Mais ce qui retient particulièrement l’attention de la Banque est la montée en puissance des compétences nationales.

Selon le document, la politique de transfert de technologies conduite depuis plusieurs années avec les partenaires industriels commence à produire des résultats tangibles. Les équipes marocaines assurent désormais intégralement la maintenance de la ligne à grande vitesse Al Boraq, illustrant la capacité progressivement acquise à exploiter des systèmes ferroviaires parmi les plus avancés technologiquement. Cette évolution est présentée comme un jalon majeur dans la construction d’une autonomie technique nationale.

Pour la BAD, cette dynamique ne constitue pas un objectif secondaire mais un élément structurant du programme ferroviaire. Elle réduit progressivement la dépendance à l’expertise étrangère et prépare le pays à accompagner lui-même les prochaines phases d’expansion du réseau.

Cette orientation se retrouve d’ailleurs dans la stratégie « Destination 2025 » de l’ONCF, qui vise explicitement à faire émerger une filière industrielle ferroviaire compétitive, parallèlement au Plan Rail 2040 consacré à l’extension et à la modernisation du réseau national.

La BAD estime que cette montée en compétence est indissociable de l’ampleur du programme actuellement engagé. Le Plan Rail prévoit en effet d’étendre le réseau afin de relier 43 villes contre 23 aujourd’hui, d’assurer une couverture de 87 % de la population nationale, contre 51 % actuellement, et de connecter douze ports ainsi que quinze aéroports internationaux au réseau ferroviaire. Les autorités tablent également sur la création d’environ 300.000 emplois grâce à ce vaste programme d’investissement.

Dans cette perspective, les investissements ne concernent pas uniquement les nouvelles voies ferrées. Le rapport mentionne également la construction de nouveaux ateliers de maintenance, l’acquisition de matériel roulant, la réalisation d’équipements techniques spécialisés ainsi que le développement des infrastructures nécessaires à l’entretien et à l’exploitation du futur réseau.

Pour la BAD, cette approche permet de créer progressivement un écosystème industriel capable d’accompagner durablement la croissance du secteur ferroviaire. Au-delà des infrastructures, l’objectif consiste à installer sur le territoire national les compétences, les capacités de maintenance et une partie des activités industrielles indispensables au fonctionnement du réseau.

L’institution considère enfin que cette stratégie produira des effets bien au-delà du transport ferroviaire lui-même. En améliorant la connectivité des territoires, en facilitant les échanges de marchandises et en réduisant les coûts logistiques, le programme contribuera à renforcer la compétitivité de l’économie nationale et à consolider la vocation du Royaume comme plateforme logistique entre l’Europe et l’Afrique.

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