S’exprimant lors d’un point presse en marge du sommet Russie–ASEAN à Kazan, S. Lavrov a indiqué que la Russie poursuivrait des attaques à grande échelle en réaction aux actions de Kiev. « Ce n’est pas un hasard si le président a annoncé il y a quelque temps, après une nouvelle provocation des terroristes de Kiev, que nous mènerions désormais des frappes massives de groupe de manière régulière. Contre des cibles dont l’état influence directement la capacité de combat des forces armées ukrainiennes. Cette tâche a été fixée par le commandant en chef suprême, et nos forces armées l’exécutent et continueront de l’exécuter », a déclaré le ministre. Il a estimé que des mesures concrètes doivent suivre les attaques du régime de Kiev contre la région de Moscou. « Je pense que toutes les bonnes paroles ont été prononcées, mais je suis depuis longtemps convaincu que les mots ne suffisent pas », a-t-il ajouté.
Ces déclarations interviennent après une attaque de drones ukrainiens présentée comme la plus importante depuis le début de la guerre, avec près de 200 appareils interceptés en direction de Moscou durant la nuit. Les autorités russes ont affirmé que la raffinerie de pétrole de Moscou avait été touchée et que 17 personnes avaient été blessées.
Ces bombardements spectaculaires interviennent au moment où Vladimir Poutine accueille à Kazan, à environ 700 km à l’est de la capitale russe, des dirigeants asiatiques pour un sommet où il est question, entre autres, de la poursuite des livraisons d’hydrocarbures russes à l’Asie. Comme ils interviennent alors la Russie et l’Ukraine ont engagé un nouveau transfert de corps de soldats tués, présenté par Moscou comme la poursuite des accords conclus à Istanbul. Selon le député russe Chamsaïl Saraliev, la partie russe remettra 522 dépouilles à Kiev et recevra 33 corps de soldats russes, dans la continuité des échanges menés ces derniers mois.
V. Poutine n’a pas fait allusion à cette attaque dans son discours pendant la session plénière de ce sommet jeudi matin mais S.Lavrov, interrogé sur ce sujet, a affirmé que la Russie continuerait d’effectuer « des frappes massives » contre l’Ukraine.
Volodymyr Zelensky a, quant à lui, qualifié l’attaque de « réponse pleinement justifiée » aux frappes russes. « Le principal, c’est que le peuple russe commence à sentir qu’un seul homme, Poutine, livre cette guerre, tandis que des gens ordinaires en payent tout le prix », a ajouté le chef de l’Etat ukrainien, dans un message audio envoyé à la presse.
De grands panaches de fumée noire s’échappaient toujours jeudi après-midi de la raffinerie de la compagnie russe Gazpromneft située dans le quartier de Kapotnia, dans le sud-est de Moscou, selon un journaliste de l’AFP sur place. Des hélicoptères étaient engagés pour lutter contre les flammes, toujours selon un journaliste de l’AFP, tandis qu’une odeur âcre flottait dans l’air.
Un important incendie, toujours en cours jeudi après-midi, s’est aussi déclaré dans le grand marché couvert Sadovod, situé dans la zone. Un autre centre commercial a également pris feu mais les flammes ont été maîtrisées, d’après les autorités.
Cette raffinerie, déjà atteinte mardi par une frappe ukrainienne, assure plus d’un tiers des besoins en carburant de la capitale russe, notamment pour ses aéroports, selon des informations disponibles sur son site internet officiel.
Au moins 17 personnes parmi lesquelles deux enfants ont été blessées dans la région de Moscou au cours de ces bombardements, a dit son gouverneur. Le fonctionnement des principaux aéroports moscovites (Vnoukovo, Chérémétievo, Joukovski, Domodedovo) a été suspendu pendant plusieurs heures.
Le ministère russe de la Défense a déclaré que plus de 500 drones ukrainiens avaient été interceptés pendant la nuit, le maire de Moscou affirmant que 180 ont été abattus au moment où ils s’approchaient de la capitale. Il s’agit de la plus importante attaque contre la capitale russe depuis au moins deux ans, a rapporté l’agence de presse officielle russe Tass.
Ces derniers mois, Kiev a intensifié ses frappes de drones contre la Russie, visant notamment les infrastructures pétrolières, afin de tarir la manne des hydrocarbures permettant à Moscou de financer son effort de guerre.
Les négociations pour essayer de mettre fin au conflit, déclenché par l’attaque russe à grande échelle contre l’Ukraine en février 2022, restent dans l’impasse, tandis que l’avancée des forces russes sur le front ukrainien a fortement ralenti cette année.
L’Ukraine est pour sa part quasi-quotidiennement la cible de bombardements russes : dans la nuit de mercredi à jeudi, sept missiles et 239 drones ont été tirés vers son territoire, selon l’armée de l’air ukrainienne. Conséquence, une personne a été tuée et onze autres blessées à Dnipro (centre-est) jeudi matin, et un homme est mort dans des frappes sur la région de Soumy (nord), ont signalé les autorités locales.
En début de semaine, au cours du sommet du G7 en France, le président américain a déclaré que Moscou devrait « conclure un accord » pour mettre fin à la guerre alors que V. Zelensky a annoncé avoir tenu un important appel de coordination avec Donald Trump et le président français Emmanuel Macron, soulignant que cet échange pourrait apporter des « changements significatifs ». Dans une déclaration publiée sur ses réseaux sociaux, il a indiqué que les trois dirigeants avaient passé en revue les résultats de leurs discussions lors du sommet du G7. Le chef d’État ukrainien a exprimé sa gratitude envers le président américain pour l’attention qu’il porte à l’Ukraine et « sa volonté d’aider à rapprocher la paix ». Il a également remercié son homologue français pour « l’excellente organisation du Sommet et pour des efforts conjoints constamment forts ». « Nous travaillons pour renforcer l’Ukraine, notre coopération et les perspectives diplomatiques », a précisé Zelensky.
Soulignant l’objectif ultime de ces démarches, le président ukrainien a conclu : « Nous avons besoin de paix. Et nous faisons tout pour la rapprocher. »
Juste après la clôture du G7, les trajectoires des chefs d’État se séparent mais le dialogue reste actif. D’un côté, V. Zelensky entame un déplacement à Bruxelles, avec au programme une rencontre mercredi avec Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, suivie jeudi d’échanges avec le Premier ministre Bart De Wever et d’une audience avec le roi Philippe. De l’autre, les présidents français et américain se réunissent autour de la table ce mercredi soir au château de Versailles.

