Il a indiqué que « de l’avis de ces grands dirigeants alliés, un accord sera trouvé dans les négociations sérieuses en cours, lequel sera très acceptable pour les États-Unis, ainsi que pour les pays du Moyen-Orient et au-delà ». Donald Trump a écrit sur sa propre plateforme, Truth Social, que « l’accord stipulera que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire. En vertu de mon respect pour les dirigeants mentionnés, j’ai donné des instructions au ministre de la Guerre, Pete Hegseth, au chef d’état-major interarmées, le général Dan Keen, et à l’armée américaine, indiquant qu’il n’y aurait pas d’attaque demain (ce mardi). Cependant, je leur ai également ordonné de se tenir prêts à mener immédiatement une attaque totale et majeure contre l’Iran au cas où aucun accord ne serait conclu ».
Ce revirement soudain, accompagné de cette référence aux dirigeants du Golfe, intervient sur fond de craintes qu’une éventuelle attaque américaine ciblant les infrastructures énergétiques de l’Iran n’entraîne une riposte iranienne qui détruirait les infrastructures similaires dans l’ensemble des pays du Golfe, d’autant plus que Téhéran a réaffirmé lundi qu’il était « prêt à tous les scénarios ».
Avant l’annonce de lundi soir, les déclarations de D. Trump, et même les fuites dans les journaux américains, avaient pris une tournure d’escalade, après que les États-Unis ont reçu, via le médiateur pakistanais, la réponse iranienne actualisée à la dernière proposition américaine. Dans une déclaration au journal New York Post, l’hôte de la Maison Blanche a affirmé qu’il n’était « pas ouvert à la moindre concession envers l’Iran », ajoutant que « l’Iran est conscient de ce qui va bientôt se produire ». Il a également répété, dans un autre entretien accordé au magazine Fortune, que « les Iraniens brûlent d’envie de signer un accord de cessez-le-feu avec les États-Unis, puis ils vous envoient un document qui n’a aucun rapport avec l’accord auquel vous étiez parvenu ».
De son côté, le site Axios a cité un responsable américain affirmant que « la Maison-Blanche estime que la proposition actualisée de l’Iran ne représente aucune amélioration et s’avère insuffisante pour parvenir à un accord ». Le responsable a indiqué que D. Trump « envisage la reprise de la guerre, compte tenu du rejet par l’Iran de ses demandes et de son refus de faire des concessions sur le dossier nucléaire », prévoyant que le président tienne une réunion avec l’équipe de sécurité nationale aujourd’hui « pour discuter des options militaires ; car nous serons contraints de poursuivre les négociations par les bombes si l’Iran ne change pas de position ». Il a ajouté que « la contre-proposition de l’Iran, qui nous a été remise par le Pakistan dimanche soir, ne contient que des améliorations de forme, et ne comporte aucun engagement détaillé concernant la suspension de l’enrichissement de l’uranium ou la livraison du stock actuel ».
Pendant ce temps, l’incitation israélienne à un retour à la guerre se poursuit ; la chaîne israélienne 14, proche du Premier ministre, a estimé que « les évaluations en Israël indiquent que le président Trump est à la croisée des chemins. Il n’a d’autre issue que de mener une opération militaire contre l’Iran, car il ne peut plus tolérer la poursuite de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations ». À son tour, le journal Yediot Aharonot a cité des responsables israéliens affirmant que « l’option militaire est désormais de manière notable sur la table, et ses probabilités dépassent les 50 % ». Les responsables ont ajouté qu’« Israël suit de près le processus de négociation et se prépare à l’éventualité de lancer une nouvelle attaque contre l’Iran ».
Une source pakistanaise avait rapporté à l’agence Reuters qu’Islamabad avait informé Washington d’une proposition modifiée soumise par Téhéran pour mettre fin à la guerre, indiquant que les États-Unis et l’Iran « continuent de modifier leurs conditions ». Reuters a également cité une haute source iranienne affirmant que « les USA ont fait preuve de flexibilité dans les discussions en cours, y compris celles relatives aux limites du programme nucléaire iranien. Ils ont accepté jusqu’à présent le dégel de seulement 25 % des avoirs de l’Iran selon un calendrier progressif ».
L’agence Tasnim a, pour sa part, cité une source proche de l’équipe de négociation iranienne indiquant que « malgré les modifications apportées par les Américains à leur document, les divergences fondamentales persistent en raison de l’exagération américaine et du manque de réalisme ». La source a souligné que « Washington a accepté, dans son nouveau texte, la levée des sanctions pétrolières durant la négociation », tout en nuançant que « le lien constant établi par les États-Unis entre la fin de la guerre et le dossier nucléaire est illogique et nous ne l’accepterons pas ».
Cependant, la chaîne CNBC a cité un responsable US affirmant que les rapports des médias iraniens concernant l’accord de Washington sur la levée des sanctions pétrolières contre Téhéran sont « faux ».
Malgré cela, l’Iran a confirmé que les négociations se poursuivent via le médiateur pakistanais ; le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que « malgré le rejet de notre proposition par les États-Unis, nous avons reçu via le médiateur pakistanais une série de remarques américaines. L’échange de points de vue se poursuit via le médiateur pakistanais. Et nous avons présenté notre position concernant les remarques américaines ». Il a ajouté que les positions de l’Iran avaient été transmises « à la partie américaine via le Pakistan », soulignant que « nous savons parfaitement comment riposter de manière appropriée, même à la plus petite erreur de la partie adverse ».
De son côté, le porte-parole du ministère iranien de la Défense a considéré que « le prestige des USA s’est effondré entre les mains de nos forces. Une grande partie de nos capacités n’a pas encore été utilisée », tranchant : « Nous répondrons de manière plus sévère à toute agression contre notre pays et nous sommes prêts à tous les scénarios ».
Sur le plan militaire, des données de navigation ont révélé la poursuite du flux d’avions de transport militaire américains depuis l’Allemagne en direction du Moyen-Orient, et ce, dans le cadre d’un nouveau suivi qui s’est étendu sur la période allant du 15 au 17 mai courant. Selon une analyse des données de suivi publiée par la chaîne Al Jazeera, il s’est avéré qu’au moins 26 vols de transport militaire américains ont quitté l’Allemagne en direction de la région, signe de la poursuite du flux des unités du pont aérien militaire américain à un rythme remarquable, qui coïncide avec l’extension de la présence militaire américaine aux abords du détroit d’Ormuz, du golfe d’Oman et de la mer d’Arabie. Les données montrent également que tous les vols observés ont été effectués par des avions « Boeing C-17A Globemaster III » appartenant à l’armée de l’air américaine, l’un des principaux avions de transport militaire lourd utilisés pour le transfert de troupes et de matériel vers les zones de déploiement.
Le New York Times a rapporté les explications d’un responsable militaire américain sur comment l’Iran a pu abattre des dizaines d’avions de guerre américains pendant la guerre. S’arrêtant sur la destruction du F-15E le mois dernier et les tirs au sol visant le F-35, il estime que les tactiques de vol américaines sont devenues très prévisibles, permettant à l’Iran de s’en défendre plus efficacement.
La semaine passée, citant un rapport d’une publication américaine spécialisée dans la Défense, le sénateur démocrate Ed Case a révélé que les Etats Unis ont perdu 39 avions tandis que dix autres ont été endommagés. L’Iran aurait pu étudier les trajectoires de vol des avions de chasse et des bombardiers américains, éventuellement avec l’aide de la Russie, soupçonne le responsable qui s’est confié sous le couvert de l’anonymat au NYT.
Concernant les capacités balistiques de Téhéran, le responsable américain a déclaré que l’Iran avait profité du cessez-le-feu pour démanteler des dizaines de sites de missiles balistiques qui avaient été bombardés et pour déplacer des lanceurs de missiles mobiles. « Malgré les lourdes pertes, le pays avait modifié ses tactiques en prévision d’une éventuelle reprise des attaques », a-t-il prévenu.
Le responsable a expliqué que de nombreux missiles balistiques iraniens étaient lancés depuis des cavernes souterraines profondes et d’autres installations creusées dans des montagnes de granit, difficiles à détruire pour les avions d’attaque américains. Raison pour laquelle, les États-Unis ont principalement bombardé les entrées de ces sites, provoquant leur effondrement et leur enfouissement, mais pas leur destruction complète. L’Iran aurait selon lui dégagé un nombre important de ces sites.
Concernant l’impact de la guerre sur Téhéran, le responsable a déclaré que « bien que cinq semaines de bombardements intensifs aient entraîné la mort de nombreux dirigeants et commandants iraniens, la guerre a laissé derrière elle un adversaire plus résilient et plus inébranlable ». Les Iraniens ont redéployé une grande partie de leurs armes restantes et sont désormais persuadés qu’ils sont capables de résister avec succès aux États-Unis, que ce soit en fermant efficacement le détroit d’Ormuz, en attaquant les infrastructures énergétiques des États voisins du Golfe ou en menaçant les avions américains, a-t-il prévenu.
