Des dizaines de femmes palestiniennes vivant dans un camp de déplacés au centre de Gaza ont commémoré jeudi le 78e anniversaire de la Nakba (« catastrophe »), ravivant les scènes de déplacement et de perte qui, selon elles, continuent de marquer la vie palestinienne depuis 1948. Organisé dans le camp Refaat Alareer, dans la région d’Al-Zawaida, l’événement a établi un parallèle entre la mémoire du déplacement historique des Palestiniens et la réalité de la guerre israélienne en cours contre Gaza.
Les participantes ont affirmé que les souffrances liées à l’exil et au déplacement forcé ne s’étaient jamais réellement arrêtées. La cérémonie a été organisée par le Sameer Project, une initiative de secours menée par des Palestiniens de la diaspora. Elle comprenait des spectacles du patrimoine palestinien, des danses traditionnelles dabké ainsi que des scènes symboliques mettant en avant l’identité palestinienne et le droit au retour.
Des femmes et des enfants ont brandi des drapeaux palestiniens, des clés symboliques et des images évoquant le déplacement et l’attachement à la terre. Plusieurs participantes portaient des robes traditionnelles palestiniennes et entonnaient des chants et hymnes nationaux rappelant la mémoire palestinienne et ce qu’elles ont qualifié de Nakba continue.
Chaque année, le 15 mai, les Palestiniens commémorent la Nakba à travers des marches, des expositions et des événements publics organisés dans les territoires palestiniens et à travers le monde, réclamant notamment le droit au retour de millions de réfugiés. La Nakba désigne le déplacement massif des Palestiniens en 1948, lors des événements ayant accompagné la création d’Israël, lorsque des centaines de villes et villages palestiniens ont été vidés de leurs habitants, contraints de fuir.
Témoignages de résilience à Al-Zawaida et bilan humain dans la bande de Gaza
Ibtisam Abu Muailiq, Palestinienne déplacée vivant actuellement à Al-Zawaida, a déclaré que les Palestiniens continuaient de vivre la Nakba aujourd’hui. La guerre actuelle, a-t-elle confié à Anadolu, a ravivé les scènes de déplacement et de vie sous les tentes décrites par les générations ayant vécu les événements de 1948. « Notre maison a été détruite et nous avons perdu des proches, certains tués et d’autres toujours portés disparus, mais nous restons attachés à la terre de Palestine », a-t-elle déclaré. Elle a appelé les peuples du monde à faire preuve de compassion envers les Palestiniens et à les soutenir face à leurs souffrances.
Pour Umm Mohammed Abdullah, la Nakba ne s’est jamais terminée. Selon elle, les Palestiniens ont traversé des cycles répétés de faim, de soif, de déplacement et de pertes, tout en restant attachés à leur terre. « Peu importe l’ampleur des souffrances, nous ne quitterons pas notre patrie », a-t-elle ajouté.
Iman Al-Khatib, coordinatrice de l’événement, a expliqué que l’organisation de cette commémoration à l’intérieur d’un camp de déplacés portait un message clair : les Palestiniens demeurent résilients malgré les guerres et les catastrophes. « Nous voulions dire au monde que les Palestiniens restent résilients et que le droit au retour continuera de vivre dans la conscience des générations futures », a-t-elle déclaré à Anadolu.
L’armée israélienne a tué plus de 72.000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, et fait plus de 172.000 blessés dans la guerre menée depuis octobre 2023 contre la bande de Gaza. Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025, l’armée israélienne a poursuivi ses attaques, tuant au moins 856 personnes supplémentaires et faisant 2.463 blessés, selon le ministère de la Santé de Gaza.
Crise humanitaire, violences des colons en Cisjordanie et tensions médiatiques
Par ailleurs, un responsable de l’ONU a alerté le même jour sur la détérioration des conditions humanitaires dans la bande de Gaza, évoquant des risques sanitaires croissants, un accès limité aux services d’assainissement et des pénuries de fournitures scolaires.
Farhan Haq, porte-parole adjoint de l’ONU, a indiqué aux journalistes que le coordinateur spécial adjoint de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramiz Alakbarov, a achevé une visite de deux jours à Gaza, où il s’est rendu dans une cuisine communautaire servant chaque jour des milliers de repas. « Les partenaires humanitaires indiquent que les familles déplacées signalent de plus en plus d’infections cutanées et d’autres maladies, alors que des rats et des insectes pénètrent dans leurs tentes ou contaminent leur nourriture », a-t-il fait savoir. « Nous et nos partenaires faisons tout notre possible pour améliorer l’assainissement et la lutte contre les nuisibles, mais afin d’apporter des réponses suffisantes et durables, l’accès aux deux décharges sanitaires de Gaza situées près du périmètre doit être rétabli », a-t-il ajouté.
Évoquant ensuite la Cisjordanie occupée, F. Haq a affirmé que les violences commises par les colons israéliens se poursuivent. « Hier, un enfant a été tué lors d’un incident impliquant des colons qui ont volé environ 700 têtes de bétail dans la région de Ramallah, forçant au moins deux familles à quitter leurs habitations », a-t-il précisé. Citant le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), Haq a indiqué qu’entre le 5 et le 11 mai, environ 70 Palestiniens, dont 10 enfants, ont été blessés par les forces israéliennes ou des colons. « Depuis le début de l’année, l’OCHA a recensé plus de 800 attaques de colons ayant causé des victimes ou des dégâts matériels dans 220 communautés, soit une moyenne de six incidents par jour », a-t-il ajouté.
Israël a annoncé son intention de poursuivre en justice le New York Times à la suite d’un article évoquant des accusations graves de violences sexuelles, dont des viols, commis sur des détenus palestiniens. Tel Aviv a fermement rejeté ces allégations, les qualifiant de «mensonges diffamatoires» visant à discréditer l’armée et l’État d’Israël.
