Trois raids distincts ont visé des véhicules et des positions dans les secteurs de Jiyeh, Saadiyat et Barja. L’une de ces agressions israéliennes a spécifiquement ciblé une voiture sur l’autoroute, provoquant de nombreuses victimes civiles. Le ministère de la Santé a fait état de 8 martyrs, parmi lesquels figurent une mère et ses deux enfants. Et puis au sud-Liban, l’aviation de l’occupation a mené plusieurs raids contre les localités de Borj el-Chimali, Yanouh, Debaal, Deir Qanoun en-Nahr, Halloussiyeh, ainsi que sur les villages de Kounine et Majdal Zoun.
Les drones israéliens ont également visé la localité de Deir Amess, la zone de Machaa al-Mansouri, ainsi qu’un véhicule circulant sur la route principale entre Tyr et Naqoura, à proximité de la plaine d’el-Maaliya. Dans le district de Bint Jbeil, un raid sur Kafar Dounine a fait 4 martyrs, dont une femme et un enfant, ainsi que deux blessés.
A signaler aussi que la poursuite des tirs de drones de la résistance compromet l’établissement de la zone tampon au sud du Liban, estime l’expert militaire de la chaine qatarie Al Jazeera. Qualifiant l’entrée en action des drones à fibres optiques de « surprise tactique », le général de brigade à la retraite Elias Hanna estime qu’ils pourraient avoir « un impact opérationnel et stratégique sur l’armée israélienne, au cas où les pertes tactiques s’accumulent ». Selon lui, la zone tampon imposée par l’armée d’occupation, baptise « ligne jaune » et qui s’étend sur une superficie de 1300 km2 « n’est plus une zone tampon au sens géographique du terme, comme auparavant ». Constatant que le Hezbollah est capable de surveiller les mouvements de l’armée, il en conclut que ses drones constitueront « un lourd fardeau s’ils sont utilisés de façon prolongée ».
Mardi, la Résistance avait revendiqué des tirs de drones sur la position israélienne établie sur la colline al-Abbad, à proximité du village de Houla dans le secteur oriental de la frontière. Elle a rendu compte dans ses communiqués de 5 opérations au cours desquelles ont été frappés un véhicule de transport, deux véhicules de communication, un char Merkava et un équipement de brouillage de drones de type Drone Dom. Mercredi, la chaine 15 israélienne a fait état de « la plus importante attaque aux drones contre Israël » indiquant qu’elle a visé « une position au nord d’Israël », sans préciser laquelle. La description fournie indique qu’il s’agirait de la position al-Abbad qui a été occupée par l’entité sioniste après le retrait israélien en l’an 2000. La chaine évoque plusieurs étapes de cette attaque : la première consistait en plusieurs drones contre les forces israéliennes au sud du Liban, faisant deux blessés. Elle a été suivie par deux drones qui ont visé une position à la frontière avec le Liban causant un incendie, rapportant que les tentatives d’interception des drones ont échoué. Après moins d’une heure, un autre vague de drones a visé la même position. Ils ont survolé la région pendant plusieurs minutes à la recherche de la cible idéale avant de frapper. Un soldat a rapporté à la chaine de télévision avoir vu deux drones frapper leurs cibles puis un troisième qui survolait entre plusieurs bâtiments à la recherche de cibles humaines. « Tu peux voir tout avec tes yeux…le drone et l’obus énorme », a-t-il souligné.
La chaine 15 rapporte en outre que les services de sécurité israéliens s’inquiètent de plus en plus de la tactique des « essaims de drones », qui rend difficile pour les systèmes de défense aérienne de gérer un grand nombre d’aéronefs simultanément. Le défi le plus sérieux réside dans le fait que la destruction d’un certain nombre de drones n’empêche pas d’autres aéronefs d’atteindre leurs cibles, étant donné la capacité de certains d’entre eux à manœuvrer, à poursuivre et à rechercher des points de frappe précis, lui a confié une source sécuritaire israélienne bien informée.
Mardi, la résistance libanaise avait revendiqué 24 opérations, dont la majeure partie ont été réalisées avec des drones piégés.
Dans la journée de mercredi, une dizaine d’opérations ont été effectuées, dont celle qui consista en une embuscade tendue à une force israélienne qui tentait d’avancer de la localité de Rachaf vers celle de Hadatha. Après l’explosion d’un engin piégé au passage d’un véhicule de type Nimer, des accrochages ont suivi avec des armes légères, moyennes et des obus. « Pendant les accrochages, l’aviation ennemie est intervenue ainsi que les drones pour assurer l’évacuation du véhicule détruit et couvrir l’infiltration d’un autre véhicule piégé conduit à distance par télécommande en direction de la localité de Hadatha. Lorsqu’il est arrivé, les combattants ont tiré sur lui des obus qui l’ont dérouté de son chemin et l’ont endommagé, ce qui a poussé l’ennemi à le faire exploser avant qu’il n’arrive sur la place de la localité », précise le communiqué de la résistance.
Média de guerre a diffusé les images d’une opération réalisé le 11 mai contre une force formée de 15 soldats dans la localité de Houla à l’aide d’un missile téléguidé, comme il a également diffusé les images d’une autre opération réalisé le même jour à l’aide d’un drone piégé contre un hummer dans la localité de Teir Harfa.
A signaler que plus de 10.000 logements ont été détruits ou endommagés au Liban depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, rapporte le Conseil national de la recherche scientifique. Plus, une étude réalisée en décembre 2025 par le King’s College de Londres sur la position du peuple libanais sur la question du désarmement du Hezbollah assure que près de la moitié des sondés sont hostile à cette démarche, rapporte le Foreign Policy. De quoi compromettre la décision du gouvernement prise le mois de septembre dernier de procéder à ce désarment.
Ayant interrogé un échantillon représentatif de plus de 2 000 citoyens libanais et mené des entretiens d’une heure avec 300 participants, ses résultats indiquent que 45% d’entre eux y sont opposés sachant que seulement 18 % d’entre eux expriment un soutien politique au Hezbollah, ce qui correspond à ses récents résultats électoraux. Pour expliquer ce décalage entre la proportion de soutien politique au Hezbollah et celle qu’il conserve ses armes, l’étude retient surtout le motif lié à la sécurité, rappelant un constat : « un participant sur cinq a déclaré avoir été fortement exposé à la guerre et à la violence politique depuis 2023 ; plus de la moitié ont affirmé se sentir menacés existentiellement par Israël. »
« Le Hezbollah s’est longtemps présenté comme le seul rempart crédible du Liban contre Israël, une perception que les combats de ces dernières années ont encore renforcée », fait remarquer l’étude. Celle-ci retient un autre facteur « de loin le plus déterminant pour expliquer l’opposition au désarmement était tout autre : un ressentiment moral envers le gouvernement libanais lui-même. Ceux qui rejetaient le plus catégoriquement l’idée de désarmement n’étaient pas les partisans les plus fervents du Hezbollah, mais ceux qui étaient le plus convaincus que l’État les avait trahis ».
Les griefs reprochés à l’Etat sont le manque d’équité, le sentiment d’une absence de responsabilité et de justice, et la corruption généralisée et quotidienne, « comme lorsque l’effondrement du système bancaire a anéanti l’épargne des citoyens ordinaires tandis que les élites dissimulaient leurs avoirs à l’étranger ».
Selon l’étude, les attaques israéliennes qui « ravagent précisément les infrastructures et les institutions étatiques renforce le sentiment d’injustice et d’incompétence de l’État qui, selon nos recherches, constitue la principale motivation des Libanais pour s’opposer au désarmement du Hezbollah ».
Force est de constater que cette étude qui exclut que les pressions militaires ou économiques puissent modifier l’avis de la moitié des Libanais qui s’opposent au désarmement du Hezbollah pointe surtout la défaillance de l’Etat qui « n’est pas digne de confiance », et promeut la solution « d’une vision unifiée d’un État libanais digne de désarmement ». Elle omet les interférences extérieures qui l’ont empêché de bâtir une armée digne de confiance qui puisse défendre le Liban des agressions israéliennes.
