Dans un communiqué ultérieur, le ministère a indiqué qu’au moins 21 Palestiniens qui faisaient la queue pour recevoir de l’aide ont été tués, mercredi, près d’un point de distribution américain dans la ville de Khan Younes, au sud de la Bande de Gaza. Et de préciser que parmi les victimes figurent 15 personnes qui ont suffoqué sous l’effet des gaz lacrymogène tiré par des soldats israéliens.
L’armée israélienne a repris ses attaques sur la Bande de Gaza le 18 mars et a depuis tué 7 750 personnes et en a blessé 27 566 autres, rompant un accord de cessez-le-feu et d’échange de prisonniers qui avait été conclu en janvier. En novembre dernier, la Cour pénale internationale (CPI) a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et de son ancien ministre de la défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans la Bande de Gaza. Israël est également poursuivi pour « crime de génocide » devant la Cour internationale de justice (CIJ) en raison de la guerre qu’il mène contre l’enclave palestinienne.
Mardi, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a annoncé que 875 Palestiniens avaient été tués près de centres de distribution d’aide dans la bande de Gaza au cours des six dernières semaines, dont 674 personnes tuées près de sites affiliés à la Fondation humanitaire de Gaza (GHF). En outre, plus de 50 Palestiniens ont été tués dans la seule ville de Gaza au cours des dernières 24 heures suite aux frappes aériennes israéliennes. « Des dizaines de martyrs, pour la plupart des enfants, suite aux bombardements israéliens visant le camp de réfugiés de Shati, dans la ville de Gaza », relève-t-on.
Le jour même, la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, tenue à Bruxelles, s’est conclue sans qu’aucune mesure contraignante ne soit adoptée à l’encontre d’Israël qui poursuit sa guerre génocidaire contre Gaza.
Ces dernières semaines, des pays comme l’Espagne, l’Irlande ou encore la Belgique ont multiplié les critiques, appelant à des sanctions économiques, à un gel des relations commerciales ou à la suspension de l’accord d’association UE-Israël. Mais ces propositions n’ont pas recueilli l’unanimité nécessaire au sein des 27 États membres.
Selon plusieurs sources diplomatiques, les ministres ont évoqué un éventail de mesures allant d’un appel à un cessez-le-feu humanitaire immédiat à des sanctions ciblées. La France a quant à elle insisté sur la nécessité de sanctions contre « l’expansion de la colonisation » en Cisjordanie occupée.
Toutefois, les divergences persistantes entre les pays d’Europe de l’Ouest, plus critiques envers Israël, et ceux d’Europe centrale et orientale, plus favorables, ont empêché tout consensus. Des diplomates ont évoqué un « soutien de principe » à une position commune, sans qu’aucune décision concrète ne soit prise. L’Allemagne, la République tchèque, la Hongrie et plusieurs autres pays ont notamment fait barrage à toute résolution contraignante.
Face à pareille paralysie, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés a accusé mercredi l’Union européenne de « soutenir consciemment » ce qu’elle qualifie de « génocide des Palestiniens par Israël », après que le bloc a refusé de suspendre son accord d’association avec Israël. « L’UE, qui s’était déjà déshonorée en concluant un accord d’association avec l’Israël de l’apartheid il y a des années, refuse désormais de le suspendre », a écrit Francesca Albanese sur X. « C’est la preuve finale que l’UE soutient consciemment le génocide des Palestiniens par Israël. Cela risque de marquer la fin des valeurs européennes. »
Elle a appelé les États membres de l’UE à entreprendre des actions juridiques : «J’espère que vous saisirez la CJUE (Cour de justice de l’Union européenne). Mais, en attendant, rappelez-vous que les accords régionaux ne vous dispensent pas de vos obligations en vertu du droit international. »
« Rompez les liens avec Israël, à commencer par le commerce, y compris celui des armes. Faites ce qui est juste. Notre histoire européenne nous y oblige », a-t-elle exhorté.
L’Accord d’association UE-Israël, qui régit les relations politiques et économiques entre les deux parties, comprend une clause contraignante exigeant le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques. Le non-respect de cette clause peut entraîner des sanctions ou la suspension de l’accord.
Appel pressant au Vatican
À la suite des récents appels de la communauté chrétienne de Taybeh, en Cisjordanie occupée, les responsables d’Églises ont intensifié leurs efforts pour faire pression sur les autorités israéliennes afin de mettre fin aux violences continues des colons. Un dossier « très détaillé » documentant les récentes attaques de colons israéliens sera transmis au Vatican, pour être examiné par le Secrétariat d’État, puis par le pape Léon lui-même, a rapporté, mardi, le journal italien Il Fatto Quotidiano.
Lundi, une délégation comprenant un représentant du Saint-Siège et les patriarches de diverses Églises s’est rendue en visite de solidarité à Taybeh, où des centaines de colons israéliens ont procédé à des pillages, incendies criminels et accaparements de terres. Parmi les dirigeants religieux présents figuraient le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, et le vicaire de la custodie de Terre sainte, le père Ibrahim Faltas. P. Pizzaballa a décrit la situation actuelle en Cisjordanie comme étant marquée par l’absence de tout État de droit. « Dans toute la Cisjordanie, et pas seulement ici, la seule loi qui prévaut aujourd’hui est celle de la force, de ceux qui ont la puissance et non le droit. Nous devons œuvrer pour que la loi soit rétablie ici aussi, dans cette partie du pays », a-t-il déclaré.
Taybeh, dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie, compte environ 1 500 habitants. Depuis plusieurs semaines, il est la cible de centaines de colons israéliens qui tentent de s’approprier terres et maisons.
« Il y a eu des morts dans la région. De nombreuses personnes ont été blessées. D’autres ont été chassées de leurs maisons. Des bâtiments ont été démolis. Des champs ont été incendiés. Ce sont des attaques lâches contre des civils non armés », a écrit I. Faltas mardi dans Vatican News.
Les responsables religieux ont appelé à des mesures urgentes pour protéger les civils et rétablir la paix, soulignant que ces attaques ne doivent pas être perçues comme un conflit religieux, mais comme une crise humanitaire touchant des innocents.
Depuis le début de la guerre génocidaire d’Israël contre la bande de Gaza en octobre 2023, au moins 998 Palestiniens ont été tués et plus de 7 000 blessés en Cisjordanie par l’armée et les colons israéliens, selon le ministère palestinien de la Santé.
Dans un avis historique rendu en juillet dernier, la Cour internationale de Justice (CIJ) a déclaré illégale l’occupation par Israël des territoires palestiniens et exigé l’évacuation de toutes les colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
