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La privatisation de la guerre, entre Blackwater et Wagner

by Perspectives Med
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À ce sujet, on observe, dans plusieurs conflits, internes ou externes, la présence de plusieurs milices indépendantes engagées par une partie contre l’autre, soit directement, soit comme acteurs interposés. C’est l’achat d’un service militaire qui prend la forme de logistique, de formation, d’hôpital de campagne ou engagement dans des opérations militaires et de police. Parfois ils sont employés comme garde prétorienne par des régimes en place pour prévenir d’éventuels putsch issus des appareils ou systèmes militaires au pouvoir. C’est ce l’on appelle privatiser la guerre.

Ce phénomène est historique. Il est apparu en Orient au 1er siècle apr. J.-C. avec les Sicaires dissidents juifs extrémistes qui tentèrent d’expulser les Romains et leurs partisans de la Judée et assassinaient les juifs qui collaboraient avec eux et au Moyen-Âge, avec le groupe des Hashashine » (Assassins). Les Mamelouks qui ont régné au Caire après les Fatimides illustre l’exemple parfait de groupe de mercenaire d’origine diverse.

À cet effet, force est de constater que la guerre a évolué et que des milices dissidentes seront incorporées dans les armées selon des mécanismes d’alliances et au gré des intrigues du sérail, tels que les Harkis, les Tirailleurs, les Tabors, les Spahis, les Zouaves et les légions étrangères, alors appelés « supplétifs ».

Aujourd’hui, les milices sont devenues des Sociétés militaires privées (SMP), telles que la société privée américaine Blackwater qui utilise des « contractors », différents des mercenaires classiques qui sont en fait des auxiliaires chargés des opérations en sous-traitance de l’armée américaine. Les vétérans de la guerre du Vietnam vont être recyclés par quelques milieux religieux de la droite conservatrice américaine dans les conflits de l’Afghanistan et de l’Irak.

 Plusieurs actes d’atrocités et exactions sont commises sur le théâtre d’opérations précédemment cité. Disposant de son propre Service de Renseignement privé (Xe) et de moyens logistiques et financier colossaux, Blackwater qui fut l’objet de poursuites judiciaires continue à être présente dans plusieurs coins du monde dans la discrétion la plus totale.

Ce sont des sociétés privées sans foi ni loi.

Par ailleurs, les Russes ont imité l’expérience américaine dans la privatisation de la guerre en créant dans la plus grande opacité la société privée Wagner qui elle aussi est ce que les experts appellent une « entreprise de services de sécurité et de défense (ESSD) ». Il s’agit d’une milice militaire privée qui exécute des missions classiques de formation, de renseignement, de soutien médical et de sécurité mais son plan opérationnel s’étend aussi à des opérations militaires offensives. Selon un rapport de l’IFRI (Institut français des relations internationales), Wagner aurait été créé en 2014 lors du conflit de Crimée et du Donbass. Elle compte aujourd’hui près de 5000 membres dont la majorité sont des anciens réservistes de la force spéciale russe. Elle est dirigée par un oligarque et entretient des liens étroits avec le Kremlin et l’état-major de l’armée russe.

La « mission sale » allouée à Wagner dans la guerre contre l’Ukraine en compagnie d’un bataillon tchétchène et de 16 000 volontaires syriens, pakistanais et hindous, aurait échoué grâce au renseignement de l’OTAN, à l’application du système de couvre-feu et la vigilance des comités d’auto-défenses qui en sont la résultante. Les « infiltrés » ou les « saboteurs », comme les appellent les médias, ont vêtu des uniformes ukrainiens et sont arrivés jusqu’au palais présidentiel et à la place Meyden mais ils se sont repliés à cause de leur encerclement par les groupes d’auto-défense ukrainiens.

La milice privée Wagner, dont l’Ukraine est le véritable berceau, n’exclut pas de faire appel à ses éléments les plus aguerris basés en Afrique, au Sahel (Mali, Libye, Soudan, RCA) et au Moyen-Orient (Syrie) pour épauler leurs collègues parachutistes engagés à Khirkiv ou à Kiev. Des informations en provenance de la République Centrafricaine (RCA) soulignent quelques massacres perpétrés par la société russe contre la population de ce pays africain abandonné. Des informations concordantes indiquent aussi la disparition de plusieurs éleveurs et nomades mauritaniens attribués à Wagner et démentis par les FAMA maliennes.

Les mêmes dérives se répètent en Libye, au Soudan et en Syrie.

Il est a noter que la présence de Wagner au Sahel est facilitée par la logistique de la sixième région militaire algérienne de Tamanrasset. D’une part, et d’autre part, par le Maréchal Haftar en Lybie qui soutient la milice Wagner.

Opératioin de recrutement d’anciens soldats et de jeunes africains est lancée en vue de leur utilisation comme soldats, démineurs et traducteurs en Afrique subsaharienne, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Les éléments de Wagner ont été aperçus à Madagascar et au Mozambique.

Plusieurs villes ukrainiennes seront peut-être rasées comme Grozny en Tchétchénie et Alep en Syrie. Cela ne veut pas dire que l’invasion de ce pays européen par les Russes atteindra tous les objectifs de soumission des Ukrainiens qui continueraient la résistance grâce au soutien multiforme de l’OTAN. Un front international de volontaires est ouvert. Il vient s’ajouter à la destruction de l’Ukraine et pourrait mondialiser le conflit comme ce fut le cas en Espagne en 1936 et en Afghanistan en 1978 mais avec, cette fois-ci, une idéologie dominante libérale. Pour abattre toutes les cartes, les Russes vont alors vraisemblablement tenter de récupérer la partie russophone de la Moldavie et de la Géorgie et pourquoi pas des pays baltes. Le révisionnisme russe essaiera, en fin de compte, de faire reculer l’expansionnisme de l’OTAN à ses frontières antérieures à la chute du mur de Berlin en 1989.

Selon les propos de Poutine et de Macron, l’avenir serait donc très sombre et pourrait dégénérer en conflit mondial. Cela est surtout vrai si le conflit s’étend sur la durée car la guerre a lieu en Europe et sur cinq niveaux : guerre militaire, économique, énergétique, guerre de l’information et de l’image, et, enfin, guerre cyber, qui touchent déjà certains OIP (Opérateurs d’Importance Primordiale), à la différence près que, cette fois-ci, il n’y aura pas de Spahis, de Zouaves, de Tabors et de Tirailleurs du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest en première ligne pour servir de chair à canon.

Ce conflit européen aurait sans doute des conséquences gravissimes en Afrique, notamment au Sahel où la Russie et son allié la Chine ont des projets d’investissements colossaux. Une guerre économique fait rage depuis au moins un siècle sur le continent vert en raison de ses ressources naturelles et désormais de sa démographie. Selon la doctrine de Poutine, l’Afrique est l’avenir du monde.

À l’heure de la miniaturisation de l’arme nucléaire portable et de l’arme hypersonique, avant que ce conflit ne s’élargisse aux autres continents, rappelons cette citation d’Hérodote que Raymond Aron fit graver sur son épée d’académicien : « aucun homme n’est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix ».

Privatiser la guerre et confier les taches militaires aux entreprises militaires privées aurait des conséquences gravissimes sur le droit international humain et sur le droit de la guerre.

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