Rien ne va plus entre les représentants des avocats et le ministère de la Justice. Le bureau de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) a décidé, à l’issue d’une réunion tenue mercredi à Rabat, un débrayage national d’une semaine, du lundi 15 au dimanche 21 juin 2026. Cette décision intervient dans un contexte marqué par de profondes divergences autour du projet de réforme de la profession, mais également par la vive controverse suscitée par plusieurs déclarations du ministre de la Justice. Les instances représentatives des avocats estiment que ces prises de position dépassent le cadre du débat institutionnel et portent atteinte à l’honneur de la profession ainsi qu’à ses institutions.
L’ABAM considère notamment que certaines accusations formulées à l’égard de ses dirigeants et des professionnels du secteur sont incompatibles avec les exigences du dialogue institutionnel. Pour l’organisation, la réforme d’une profession aussi centrale dans le fonctionnement de la justice ne peut être conduite dans un climat de défiance ou de confrontation publique. La question est d’autant plus sensible que le chantier de réforme en cours touche à plusieurs dimensions structurantes de l’exercice de la profession, notamment son organisation, ses mécanismes de gouvernance et les dispositifs de protection sociale destinés aux avocats.
Parmi les principaux points de friction figure la question de la couverture sociale et de la retraite des avocats. La profession défend depuis plusieurs mois un modèle qu’elle juge adapté à ses spécificités et conforme aux principes régissant les régimes de prévoyance. Les représentants des barreaux soutiennent que les mécanismes proposés reposent sur une architecture juridique et financière solide et répondent aux impératifs de pérennité du système. Ils mettent également en avant les conclusions de plusieurs rapports officiels ayant, selon eux, souligné la qualité de gestion des institutions concernées.
Les avocats considèrent ainsi que les critiques formulées à l’encontre de leur dispositif de couverture sociale ne reflètent ni la réalité du fonctionnement du système ni les efforts entrepris pour assurer sa viabilité à long terme.
Au-delà des aspects techniques, le dossier est devenu le symbole d’un désaccord plus profond sur la méthode adoptée pour conduire la réforme. Les représentants de la profession reprochent au ministère de privilégier une approche unilatérale alors qu’ils plaident pour une concertation plus étroite avec les différentes composantes du secteur.
L’ABAM entend saisir le Chef du gouvernement afin d’exposer ses griefs concernant les déclarations du ministre de la Justice et leur impact sur les relations entre les pouvoirs publics et la profession. Parallèlement, ses dirigeants ainsi que les responsables de la caisse dédiée aux avocats ont été chargés de porter la réponse de la profession dans l’espace public afin de contester ce qu’ils considèrent comme des accusations infondées et préjudiciables à l’image des avocats. A. Ouahbi a jugé bon de voir la Cour des comptes passer au crible les finances du corps de l’avocature. La possibilité de voir le conflit se durcir n’est pas à écarter…

