La question de la résistance des bâtiments aux séismes est un problème récurrent en Turquie. Des milliers d’immeubles se sont effondrés lors des tremblements de terre de Kahramanmaras et de Gaziantep, lundi 6 février, trahissant leur médiocre construction.
Alors que les opérations de secours pour retrouver de potentiels survivants touchent à leur fin, c’est l’heure des comptes. « Ce ne sont pas les séismes, mais ce sont les bâtiments qui tuent », ne cessent de répéter les spécialistes de la prévention. Samedi, les médias locaux ont annoncé qu’une douzaine de personnes du secteur du bâtiment avaient été arrêtées dans le pays.
Les politiques de transformation urbaine de l’AKP, formation sous la coupe du Président turc, risquent de peser lourd sur le bilan du parti, à trois mois des élections présidentielle et législatives.
D’autres arrestations sont attendues après que le procureur de Diyarbaki a annoncé, samedi, avoir émis 29 mandats d’arrêt, rapportent les médias turcs. Le ministère turc de la Justice a ordonné aux procureurs des dix provinces d’ouvrir des « bureaux d’enquête sur les crimes liés aux tremblements de terre ».
La Turquie est mobilisée et les secours arrivent des quatre coins du pays. Des milliers de bénévoles ont spontanément proposé leur aide et affluent vers les villes les plus dévastées. La mobilisation de la société civile est très impressionnante, mais sur place, c’est surtout la coordination qui fait défaut. L’organisme de prévention et de gestion des catastrophes turque, l’Afad est sous le feu des critiques, explique Abdoullah Zeitoun, président de l’organisation de défense des droits humains : « Il faut noter que l’Afad présente de grosses lacunes pour répondre à de tels besoins. C’est la population qui s’est immédiatement mobilisée lors des premières opérations de recherche et de sauvetage avec un grand soin, tandis que les fonctionnaires de l’Afad, qui sont arrivés sur place, et les forces de l’ordre étaient en minorité. C’est ce que nous avons constaté. Il nous est donc difficile d’affirmer que ces opérations de recherche et de sauvetage sont menées avec le sérieux et la dévotion que cela mérite », explique-t-il.
La bonne coordination dans les prochains jours sera déterminante. C’est 15% de la population du pays qui a été impacté par la secousse et des dizaines de milliers de personnes qui devront être relogées.
A rappeler que Tedros Adhanom Ghebreyesus, DG de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est arrivé samedi dans la ville syrienne d’Alep, durement frappée par le séisme ayant dévasté plusieurs régions de Syrie et de la Turquie voisine, selon l’agence de presse officielle Sana. Le patron de l’OMS devait visiter plusieurs hôpitaux et centres d’hébergement avec le ministre de la Santé et le gouverneur de la province, a ajouté Sana. Il s’agit de la première visite en Syrie d’un haut responsable onusien depuis le séisme dévastateur de lundi à l’aube.
A l’aéroport, il a annoncé l’arrivée de « près de 37 tonnes de fournitures médicales d’urgence ». « Cela contribuera à l’aide d’urgence aux personnes touchées », a-t-il ajouté, précisant qu’il s’agit des premières aides et que plus de 30 tonnes supplémentaires devraient arriver dimanche. « Nous continuerons à vous soutenir pour apporter plus de fournitures d’urgence », a-t-il poursuivi, notamment celles prévues pour « la gestion des traumatismes ».
Le directeur de l’OMS a également fait part de sa « crainte » des répercussions du drame. « L’approvisionnement en eau et d’autres services ont été affectés, les gens sont exposés aux maladies diarrhéiques et à d’autres problèmes de santé, en particulier aux problèmes de santé mentale », a-t-il dit.
« La visite de M. Ghebreyesus est importante pour constater les dégâts causés par le séisme ainsi que la pénurie de matériel médical et de médicaments dans les hôpitaux », a déclaré de son côté le ministre syrien de la Santé, Hassan al-Ghabach. « Nous souhaitons que M. Tedros voie la réalité des hôpitaux et ce qui leur manque en termes d’équipements », a-t-il ajouté, disant miser sur l’OMS pour « qu’elle les mette à disposition afin de fournir les services de santé requis ».
Les presque douze années de guerre ont mis à mal la plupart des infrastructures de santé en Syrie, notamment dans les zones rebelles, dans le nord-ouest du pays. Selon l’OMS, près de 50% des établissements de santé sont hors service dans le pays, tandis que ceux qui fonctionnent pâtissent d’un manque d’équipements, de personnel médical et de médicaments. « Les besoins sont vraiment énormes », a déclaré samedi depuis Alep Ahmed Al Mandhari, directeur régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale.
Vendredi, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a averti que « jusqu’à 5,3 millions de personnes en Syrie pourraient se retrouver sans endroit où vivre à cause du séisme ». Dans la région d’Alep, plus de 200 000 personnes sont sans-abri des suites du séisme, selon l’OMS.
Le Bureau des Nations Unies à Damas a demandé au Croissant-Rouge arabe syrien de reporter l’entrée du convoi d’aide à Idlib, en Syrie, qui était prévue pour demain. Il y a quelques jours, des sources médiatiques syriennes affirmaient que « si les organisations internationales tardent, la Syrie n’hésitera pas à entrer seule pour venir en aide aux familles sinistrées à Idlib ».
Thaer Salhab, gouverneur d’Idlib, a affirmé que « l’État syrien est prêt à faire entrer des convois d’aide humanitaire dans les zones touchées par le tremblement de terre dans le nord-ouest du gouvernorat d’Idlib, à tout moment, après avoir ouvert l’autre côté des points de passage ». Il a ajouté « qu’une coordination est actuellement en cours avec les Nations Unies et les organisations internationales pour faire entrer des convois d’aide avec des équipes du Croissant-Rouge arabe syrien et de la Croix-Rouge internationale, afin de s’assurer qu’ils parviennent à ceux qui en ont besoin dans les zones touchées ».
Des sources de la télévision d’information libanaise al-Mayadeen ont rapporté « que la partie émiratie avait négocié il y a 3 jours avec des groupes armés terroristes d’Idlib pour ouvrir les points de passage, concernant l’entrée de l’aide, mais ces derniers ont refusé l’affaire ». Les sources ont ajouté qiue « les groupes armés ont finalement été convaincus de l’entrée d’un convoi d’aide à Idlib, par l’intermédiaire du Croissant-Rouge syrien et d’organisations internationales en Syrie ». Les sources ont souligné que « les groupes armés veulent mobiliser un soutien international rien que pour eux, sous prétexte que l’État syrien n’apportera pas d’aide dans ses régions, ou qu’il refuse de le faire ».
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hussein Amir Abdollahian, a annoncé plus tôt que « son pays était prêt à envoyer aide et assistance au peuple d’Idlib qui est hors du contrôle de l’Etat syrien ».
Si l’aide humanitaire de l’étranger afflue en Turquie – l’Allemagne a notamment annoncé vendredi qu’elle envoyait 90 tonnes de matériel par avion -, l’accès à la Syrie sous sanctions US, s’avère plus compliqué.
« Le Conseil des ministres a accepté l’acheminement des aides humanitaires à l’ensemble » du territoire syrien, « dont les zones hors du contrôle de l’Etat », a annoncé le gouvernement syrien. Damas a précisé que la distribution de l’aide devrait être « supervisée par le Comité international de la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien », avec l’appui de l’ONU.
L’OMS estime que 23 millions de personnes dans les deux pays sont « potentiellement exposées, dont environ cinq millions de personnes vulnérables » et redoute une crise sanitaire majeure qui causerait plus de dommages que le séisme. Les organisations humanitaires s’inquiètent particulièrement de la propagation du choléra, qui est réapparu en Syrie.
Le journal syrien Al-Watan a révélé que l’Italie sera le premier pays européen à envoyer une aide humanitaire à la Syrie via le Liban. Deux avions militaires chargés de fournitures médicales ont atterri à Beyrouth pour échapper aux sanctions US.
