Intitulé « Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026 », le texte, surnommé le projet des « sanctions d’enfer », reprend une initiative préparée par le sénateur républicain Lindsey Graham, décédé le 11 juillet dernier, avec le démocrate Richard Blumenthal. L’administration Trump avait auparavant soutenu cette version remaniée du projet, même si le président conserve la possibilité d’y opposer son veto. Le projet prévoit de renforcer les restrictions visant des responsables russes ainsi que plusieurs secteurs clés de l’économie, notamment la finance, l’énergie et la défense. La Banque de Russie, Sberbank, VTB et Gazprombank sont notamment mentionnées. Des institutions financières étrangères pourraient également être visées si elles réalisent d’importantes opérations avec des entités russes déjà sanctionnées.
Le volet énergétique est l’un des principaux éléments du texte. Des droits de douane pouvant atteindre 100 % pourraient être appliqués aux marchandises provenant de pays figurant parmi les cinq plus grands acheteurs de pétrole ou de gaz russes. Le projet prévoit également des droits pouvant aller jusqu’à 500 % sur les produits directement importés de Russie aux États-Unis. Ces mesures ne seraient toutefois pas toutes automatiques. Leur niveau ainsi que certaines exemptions resteraient largement à la discrétion de la Maison Blanche. Le dispositif pourrait notamment concerner de grands acheteurs d’énergie russe comme la Chine et l’Inde, ce qui élargit sa portée bien au-delà des seules relations entre Moscou et Washington.
Le Kremlin a qualifié l’adoption du projet de mesure « inamicale ». Dmitri Peskov a indiqué que la Russie suivait l’évolution du dossier et estimé que de nouvelles sanctions, si elles étaient appliquées, compliqueraient les efforts visant à parvenir à un règlement pacifique du conflit en Ukraine. L’ambassade de Russie aux États-Unis avait également mis en garde contre les conséquences économiques de nouvelles restrictions. Selon la représentation diplomatique russe, ces mesures pourraient perturber les marchés énergétiques internationaux et peser sur le prix des carburants, y compris aux États-Unis.
Solidarité des BRICS
La réaction de l’Inde illustre également les préoccupations suscitées par le mécanisme de sanctions secondaires. Le ministère indien des Affaires étrangères a indiqué avoir déjà averti Washington des conséquences possibles de telles mesures sur les relations bilatérales et sur le marché mondial de l’énergie. New Delhi a assuré qu’elle prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour défendre ses intérêts commerciaux et garantir la sécurité énergétique de ses 1,4 milliard d’habitants. Le texte suscite enfin des réserves au sein même de la classe politique américaine. Plusieurs élus ont exprimé leurs inquiétudes face à l’élargissement des pouvoirs du président en matière de droits de douane. Le projet n’est pas encore entré en vigueur. Son application dépend désormais de la décision de Donald Trump.
La Chine a réagi jeudi à l’adoption par le Congrès américain d’une importante loi de sanctions visant la Russie, insistant sur le fait que les relations commerciales bilatérales ne devraient « être perturbées » par une tierce partie. Il répondait aux questions concernant un projet de loi du Congrès américain imposant des sanctions obligatoires à de hauts responsables russes, dont le président Vladimir Poutine, ainsi qu’à des oligarques, des entreprises d’État et des entreprises étrangères soutenant l’industrie de défense russe. « La Chine mène une coopération économique et commerciale avec les pays sur la base de l’égalité et de l’avantage mutuel », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Guo Jiakun, aux journalistes à Pékin.J. Guo a souligné que la coopération de la Chine « ne vise aucune tierce partie et ne devrait pas être perturbée sous la contrainte d’une tierce partie ». Plus ferme, il a annoncé : « Nous nous opposons toujours à toute juridiction extraterritoriale qui n’a aucun fondement en droit international ni aucune autorité du Conseil de sécurité des Nations Unies. »
Les échanges commerciaux bilatéraux sino-russes ont progressé ces dernières années, dépassant les 240 milliards de dollars en 2024, et la majeure partie de ces échanges se fait en monnaies nationales.
La semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre indien Narendra Modi se sont entretenus à New Delhi, en marge du sommet des Brics. Les raffineurs indiens ont presque doublé leurs importations de brut russe, à 2,25 millions de barils par jour en mars, dans les semaines qui ont suivi les premières frappes américano-israéliennes, notamment après une suspension des sanctions américaines. Les expéditions ont atteint un record de 2,81 millions de barils en juillet, selon la société de renseignement commercial Kpler, mais sont depuis redescendues à 2,07 millions le mois dernier.
Contre-attaque russe
Le ministère russe de la Défense a annoncé jeudi que les forces armées russes ont mené une frappe de grande envergure visant des installations appartenant au complexe militaro-industriel ainsi que des infrastructures énergétiques et de transport en Ukraine. Il a précisé dans un communiqué que la frappe a été menée à l’aide d’armes terrestres, maritimes et aériennes de précision à longue portée, ainsi que de drones, et qu’elle avait ciblé des installations des industries métallurgiques et électroniques et du complexe militaro-industriel ukrainien, ainsi que des installations énergétiques et de transport à Kiev, Zaporijjia et dans la région d’Odessa.
Selon l’AFP, de fortes explosions ont retenti aux premières heures de jeudi à Kiev, pendant une alerte aux missiles déclenchée par les autorités. Selon un premier point du maire de la capitale, un immeuble d’habitation ainsi que différents autres bâtiments ont été touchés par des débris de projectiles. A Odessa, ville des bords de la mer Noire également régulièrement ciblée, un immeuble d’habitation de 19 étages a par ailleurs été endommagé par une « attaque nocturne », a indiqué l’administration militaire locale.
Concernant l’évolution de la situation sur le terrain, l’agence de presse russe TASS a rapporté le retrait des forces ukrainiennes de la ville de Popasnaya, dans la République populaire de Donetsk.

