Lundi, le secrétaire général du syndicat CGT Philippe Martinez dénonçait une augmentation de la répression des manifestants qui n’était pas justifiée. Depuis, les témoignages se multiplient. Plusieurs personnes racontent avoir reçu des coups de matraque. À l’heure des vidéos qui se relayent facilement sur les réseaux sociaux, on peut voir des images, et notamment celle d’un manifestant recevant un coup au visage particulièrement violent de la part d’un policier.
Mercredi matin sur France Info, Laurent Nuñez, préfet de police, se justifiait. « Ce que disent mes fonctionnaires, c’est qu’ils ont interpellé un individu qui, avec un pavé, dégradait ce kiosque. Tout cela est vérifiable et je le vérifierai. Ensuite, évidemment, l’individu a été interpellé et plusieurs individus se sont opposés à cette interpellation de manière violente. Donc, ils ont été repoussés et c’est dans le cadre de cette manœuvre que ce coup a été donné. Encore une fois, je déterminerai évidemment s’il était adapté ou pas et je prendrai toutes les mesures nécessaires. J’ai demandé une enquête administrative évidemment dès que j’ai eu connaissance de ces vidéos et comme toutes les autres que nous avons vues ».
L. Nunez a par ailleurs précisé qu’il y avait eu 755 interpellations à Paris depuis jeudi dernier et que les pompiers ont dû intervenir à 85 reprises. Mais le préfet de paris assure qu’il n’y a pas d’interpellations massives.
Le parquet de Paris a indiqué que sur les trois premières journées de manifestation spontanées, 425 personnes avaient été arrêtées. Seules 52 d’entre elles avaient fait l’objet de poursuites à l’issue de la procédure. Cela signifie que les policiers embarquent beaucoup de gens, y compris des personnes qui ne font que se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Le Syndicat de la magistrature condamnait mercredi, dans un communiqué, « cette politique de répression du mouvement social et toutes les violences policières illégales qui seraient survenues au cours des derniers jours ». Le SM appelle « à ce qu’elles ne demeurent pas sans suite, sans attendre de nouveaux drames ». Les magistrats qui précisent que liberté d’expression et de manifestation est un droit essentiel de la démocratie.
Par ailleurs, Reporters sans frontières (RSF) constate que plusieurs journalistes clairement identifiés ont été agressés par les forces de l’ordre alors qu’ils couvraient des manifestations contre la réforme des retraites. Là aussi, ce sont les conséquences de ces interpellations préventives qui inquiètent. Claire Hédon, défenseuse des droits, rappelle les règles de déontologie dans le maintien de l’ordre. Par ailleurs, trois députés insoumis ont écrit au ministère de l’Intérieur pour demander le démantèlement de la BRAV-M, brigade de répression des actions violentes motorisée. C’est un policier de cette brigade qui est en cause dans le coup de poing précédemment cité.
Le maintien de l’ordre agressif est également dénoncé par les manifestants. Les policiers multiplient les nasses, autrement dit l’encerclement des manifestants en bloquant les rues. En principe, c’est illégal si tout se passe bien. C’est ce qu’indique clairement une décision du conseil d’État. Les forces de l’ordre doivent toujours laisser aux gens une possibilité de se déplacer et de sortir de la nasse. Or, des journalistes sur le terrain ont constaté que ce n’était pas le cas, y compris lors de manifestations calmes.
De leur côté, des policiers cités par Mediapart disent leur malaise. Ils obéissent aux ordres et expliquent que le ministre de l’Intérieur veut en priorité sécuriser Paris. Mais certains pensent être à la veille d’une insurrection et ils sont plusieurs à redouter un drame. Autrement dit, la mort d’un manifestant.
