Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a déclaré vendredi que des discussions entre les États-Unis et l’Iran pourraient éviter de nouvelles pertes humaines et contribuer à normaliser la navigation dans le détroit d’Ormuz, tout en soutenant le rôle du Pakistan dans les négociations. Ses propos ont été tenus lors d’un entretien téléphonique avec Ishaq Dar, son homologue pakistanais. En outre, dans ces efforts, Badr Abdelatty, chef de la diplomatie égyptienne, multiplie les échanges avec Islamabad et Ankara pour freiner l’escalade régionale.
Sur le terrain, la guerre fait toujours rage. Ainsi, les États-Unis et Israël ont pris pour cible les complexes sidérurgiques de Khuzestan et de Mobarakeh en Iran, parmi les plus stratégiques et les plus importants du pays, dans une nouvelle vague de frappes sur fond d’escalade en cours. Par ailleurs, des équipes d’intervention d’urgence ont été dépêchées sur place, a rapporté vendredi l’agence semi-officielle Fars, précisant que davantage de détails sur cet incident seront communiqués ultérieurement.
De son côté, Téhéran a riposté par des vagues de frappes de drones et de missiles visant Israël, la Jordanie, l’Irak ainsi que des pays du Golfe abritant des installations militaires américaines, causant des pertes humaines et des dégâts matériels, tout en perturbant les marchés mondiaux et le trafic aérien.
En outre, des attaques ont été menées par les États-Unis et Israël contre une installation située à Ardakan, dans la province de Yazd, qui produit du concentré d’uranium, poudre utilisée dans le combustible nucléaire, ont rapporté vendredi des médias iraniens. Des évaluations initiales suggèrent qu’aucune matière radioactive n’a été libérée à l’extérieur du site, a indiqué l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, selon l’agence de presse IRIB. L’organisation a précisé qu’il n’existait « aucun risque pour les citoyens ou les zones environnantes ».
Par ailleurs, le Pentagone envisage de déployer jusqu’à 10.000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient afin d’élargir les options militaires du président américain Donald Trump, alors que celui-ci évalue la possibilité de discussions avec l’Iran, ont rapporté des médias jeudi. Des responsables du département de la Défense familiers du dossier ont indiqué que ce déploiement potentiel inclurait des unités d’infanterie ainsi que des véhicules blindés, selon le Wall Street Journal. Ces renforts viendraient s’ajouter aux quelque 5.000 Marines et aux milliers de parachutistes de la 82e division aéroportée déjà envoyés dans la région.
Il n’est pas encore précisé où ces troupes seraient stationnées, mais des responsables ont indiqué qu’elles pourraient être positionnées à portée opérationnelle de l’Iran et de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolière du pays. D. Trump a déclaré à plusieurs reprises vouloir « ouvrir le détroit d’Ormuz », avec ou sans le soutien des alliés des États-Unis. « Toutes les annonces concernant les déploiements de troupes seront faites par le département de la Guerre », a déclaré Anna Kelly, porte-parole adjointe de la Maison Blanche. « Le président Trump dispose toujours de toutes les options militaires », a-t-elle ajouté.
Un porte-parole du commandement central américain (CENTCOM), chargé des opérations militaires des États-Unis au Moyen-Orient, a refusé de commenter ces informations.
De son côté, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique en Iran (CGRI) a annoncé, vendredi 27 mars, le lancement de la 83ème vague des opérations « Promesse Tenue 4 ». Cette offensive d’envergure, menée conjointement par les forces aérospatiales et navales du pays, repose sur les tirs de missiles et de drones.
Dans un communiqué, le CGRI a précisé que l’opération a ciblé des réservoirs de stockage et des dépôts de pétrole à Ashdod (Palestine occupée), ainsi qu’un point de stationnement des soldats de l’armée d’occupation israélienne dans la colonie de Modi’in.
L’opération a également visé dans les pays du Golfe les bases de l’armée américaine à Al-Dhafra et Al-Udeid, le centre d’échange d’informations militaires américaines dans la région, ainsi que les réservoirs de carburant des avions et des chasseurs appartenant aux forces américaines. Le communiqué ajoute que l’opération a aussi ciblé les hangars de maintenance et de réparation des avions de transport et des drones de la base Ali Al-Salem, en plus des hangars de maintenance et de réparation du système Patriot à la base Cheikh Issa. Ces frappes ont été effectuées, relève-t-on, à l’aide de missiles à longue et moyenne portée, de haute précision et dotés d’ogives multiples, ainsi que de drones d’attaque et de croisière, affirmant que « l’opération est un succès total ».
Cette vague s’inscrit dans le cadre des opérations « Promesse Tenue 4 », menées par les forces armées iraniennes en riposte à l’agression américano-israélienne contre l’Iran déclenchée le 28 février dernier. Elle cible les bases et les intérêts US dans la région, ainsi que des objectifs vitaux et militaires sensibles de l’occupation israélienne dans les territoires palestiniens occupés.
L’armée iranienne a de son côté publié le communiqué n=45 dans lequel elle a affirmé avoir mené « des attaques par essaims de drones contre le plus grand centre de transport de l’armée de l’entité sioniste ». Elle a également ajouté avoir visé « la base de soutien et du centre de transport de l’armée de l’entité sioniste à Tel-Aviv par une attaque de drones ».
Entre-temps, une agression américano-israélienne a ciblé, vendredi, des zones résidentielles dans la capitale Téhéran ainsi que dans la ville d’Oroumieh, dans l’ouest du pays, alors que les opérations de secours et de recherche de survivants se poursuivent. Dans ce contexte, 15 martyrs sont tombés et 10 citoyens ont été blessés suite au bombardement de trois immeubles résidentiels, à l’aube, dans la ville de Qom, au centre du pays.
Les USA avaient également lancé, jeudi à l’aube, une agression contre deux zones résidentielles dans la province d’Ispahan. Le président du Croissant-Rouge iranien, Pir Hossein Kolivand, a déclaré mercredi que 66 enfants de moins de cinq ans sont tombés en martyrs depuis le début de la guerre, tandis que le vice-ministre iranien de la Santé a annoncé que l’agression a endommagé 190 centres de soins et mis 12 hôpitaux hors service.
Guerre de l’ombre
Les services de renseignement du CGRI ont annoncé avoir déjoué une cellule terroriste travaillant pour le Mossad israélien dans la province de Kermânchâh, dans l’ouest du pays. « La cellule prévoyait de mener des opérations de sabotage dans des zones sensibles, en plus de cibler le personnel militaire, avant d’être découverte et que ses plans ne soient déjoués », indique le CGRI dans un communiqué.
Mardi dernier, la police iranienne avait également annoncé l’arrestation de deux agents dans la région de Shahroud , au nord-est de l’Iran. Le service de renseignement des Gardiens de la révolution a également arrêté 10 espions étrangers accusés d’avoir recueilli des informations sur des sites sensibles et d’avoir préparé des opérations sur le terrain dans le nord-est de l’Iran, selon l’agence de presse Tasnim.
Selon le CGRI, depuis le début de la guerre, 103 agents liés aux États-Unis et à Israël ont été capturés. Dont une cellule de 4 membres qui planifiait de saboter l’infrastructure du réseau électrique de Téhéran, un autre groupe de 4 membres lié à un réseau terroriste royaliste qui prévoyait de déstabiliser les rues, et 5 agresseurs armés qui avaient l’intention de cibler des points de contrôle de sécurité. “90 traîtres qui projetaient d’envoyer des coordonnées de sites sensibles et des images de lieux de frappe à des médias hostiles ont été identifiés et des mesures appropriées ont été prises contre eux », indique le CGRI.
Des mesures ont également été prises contre 16 propriétaires d’appareils Starlink et 400 vendeurs d’outils de cyber-évasion, a rapporté le média iranien Press Tv.
Alerte à l’atome
Kazem Gharib Abadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des affaires juridiques et internationales, a critiqué Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, affirmant qu’il ne fait rien d’utile pour l’Iran. « Jusqu’à présent, Grossi n’a pas condamné les attaques contre les installations nucléaires pacifiques iraniennes, y compris les deux récentes attaques contre le site de l’usine de Bouchehr », a-t-il ajouté. Le diplomate iranien a fustigé la dernière déclaration de R. Grossi dans laquelle il a affirmé qu’« aucune guerre ne peut détruire le programme nucléaire iranien, à moins d’une guerre nucléaire… J’espère qu’une telle chose n’arrivera pas. »
« M. Grossi est-il le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou un analyste médiatique ? Au lieu de mettre sérieusement en garde contre les conséquences d’une guerre sur le programme nucléaire iranien, protégé par les garanties de l’État, et contre toute autre utilisation d’armes destructrices et illégales, il propose des moyens de détruire les activités nucléaires légitimes et légales de l’Iran ! », s’est exclamé le responsable iranien.
L’an dernier, l’Iran a accusé R. Grossi de « rupture de confiance et de divulgation d’informations sensibles à Israël », notamment les noms de scientifiques nucléaires iraniens. Il avait laissé entendre en juin 2025 que l’Iran était sur le point de confectionner une bombe atomique ce qui avait pris pour prétexte pour attaquer les installations nucléaires iraniennes. Téhéran qui a aussi accusé les inspecteurs de l’AIEA d’espionner les installations nucléaires et de contribuer à l’assassinat des scientifiques iraniens » avait interdit à Grossi « de remettre les pieds en Iran ».
L’Iran critique depuis longtemps le travail de l’AIEA l’accusant d’œuvrer au service de Washington dans la réalisation de ses objectifs politiques.
Les installations nucléaires iraniennes ont été frappées à plusieurs reprises depuis que la force conjointe israélo-américaine a commencé son attaque contre le pays le 28 février.
La semaine dernière, une attaque a touché les locaux de la centrale nucléaire de Bouchehr, sur la côte méridionale le long du golfe Persique. Les autorités iraniennes ont déclaré qu’il s’agissait de la troisième frappe à proximité d’installations nucléaires du pays après Natanz et Ispahan et ont exhorté l’AIEA à condamner de telles attaques, avertissant d’une « situation très grave et préoccupante ».
Cela sans parler de l’attaque d’aujourd’hui…
