« C’est une vraie famine. » En reconnaissant, lundi, l’ampleur de la crise humanitaire dans l’enclave palestinienne, le président américain, Donald Trump, « a pris ses distances de manière marquée » avec son allié israélien, observe NBC News, cité par Le Courrier International. A l’inverse, Benjamin Netanyahu avait prétendu, dimanche, qu’il s’agissait d’un « mensonge éhonté », ignorant les images choquantes d’enfants morts de malnutrition qui ont fait le tour du monde.
Interrogé par la presse lors d’une rencontre en Écosse avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, le républicain a évoqué les images d’enfants à Gaza vus à la télévision ces derniers jours. « Il n’est pas possible de simuler ça », « beaucoup de gens meurent de faim », a dit le président américain en annonçant la prochaine mise en place par les États-Unis de centres de distribution alimentaire dans la bande de Gaza.
Des centaines de Gazaouis en quête de nourriture ont été tués par l’occupation devant les centres de distribution alimentaire, gérés par les USA dans la bande de Gaza. Israël prétend à l’inverse qu’ « il n’y a pas de famine généralisée à Gaza », rappelle le Times of Israel. L’entité sioniste estime que « les photos diffusées montrent des cas isolés », dit le site israélien, même si « depuis hier l’armée (d’occupation) a commencé à suspendre les combats pendant dix heures par jour dans de vastes zones de la bande de Gaza, afin de permettre le passage de l’aide humanitaire par voie terrestre et aérienne ».
Devant la catastrophe humanitaire à ciel ouvert dans l’enclave palestinienne, la France larguera, à partir du 1ᵉʳ août, 40 tonnes d’aide, là où les largages humanitaires ont repris depuis dimanche pour venir en aide aux populations affamées. C’est ce qu’a annoncé mardi le ministre français des Affaires étrangères. « Nous organiserons à partir de vendredi, en lien étroit avec les autorités jordaniennes, quatre vols emportant 10 tonnes de vivres chacun dans la bande de Gaza », a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFMTV. La diplomatie française a aussi dénoncé les violences des colons israéliens en Cisjordanie jugés « des actes de terrorisme », après « le meurtre » attribué à un colon d’un militant antioccupation, qui avait notamment collaboré au documentaire récemment oscarisé « No Other Land ». « La France condamne ce meurtre avec la plus grande fermeté ainsi que toutes les violences délibérées perpétrées par des colons extrémistes à l’encontre de la population palestinienne qui se multiplient à travers la Cisjordanie », a déclaré le porte-parole du ministère, en ajoutant : « Ces violences sont des actes de terrorisme ».
Depuis Londres, le Royaume-Uni promet de reconnaître l’État de Palestine en septembre, sauf si Israël prend un certain nombre d’engagements, dont celui d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza assiégée où l’aide humanitaire entre au compte-gouttes, a annoncé mardi Keir Starmer, Premier ministre britannique. « Le Royaume-Uni reconnaîtra l’État de Palestine en septembre (…), à moins que le gouvernement israélien ne prenne des mesures substantielles pour mettre fin à la situation épouvantable à Gaza, ne conclue un cessez-le-feu, ne s’engage à ne pas annexer la Cisjordanie et n’accepte un processus de paix à long terme visant à une solution à deux États », a précisé Downing Street à l’issue d’une réunion d’urgence du gouvernement britannique. Le Royaume-Uni sera le second pays du G7, après la France, à reconnaître un État palestinien en septembre.
De son côté, Berlin, pourtant allié indéfectible de l’entité sioniste, a fini par réagir. Ainsi, le chancelier allemand a annoncé lundi la mise en place d’un pont aérien visant à « acheminer des denrées alimentaires et des fournitures médicales », pour lequel Berlin travaillera en « étroite collaboration » avec la France et la Grande-Bretagne. « Nous savons que cela ne représente qu’une aide minime pour les habitants de Gaza, mais c’est tout de même une contribution que nous sommes heureux d’apporter », a affirmé Friedrich Merz qui doit recevoir à Berlin le roi Abdallah II de Jordanie.
B. Netanyahu aurait proposé qu’Israël commence à annexer certaines parties de la bande de Gaza si le Hamas n’accepte pas les conditions israéliennes sur un cessez-le-feu et la libération des captifs, a rapporté le quotidien Maariv, cité par i24. Cette proposition aurait été présentée lors d’une réunion restreinte avec plusieurs ministres, au cours de laquelle il aurait été décidé de créer une entité spéciale chargée de l’administration des zones potentiellement annexées.
Par ailleurs, le quotidien Haaretz affirme que cette initiative s’inscrit également dans une manœuvre politique visant à empêcher B. Smotrich, ministre des Finances ultra fasciste, de quitter la coalition gouvernementale. Le dirigeant du parti Sionisme religieux menace en effet de se retirer du gouvernement si ce dernier accepte un accord jugé trop favorable au Hamas.
Ces révélations interviennent alors que les pourparlers, menés avec la médiation du Qatar, de l’Égypte et des États-Unis, peinent à progresser après des mois de guerre génocidaire contre Gaza.
A signaler que des militants étrangers détenus après l’attaque israélienne contre le navire humanitaire Handala, en route vers Gaza, ont entamé une grève de la faim pour protester contre l’agression illégale dans les eaux internationales. « La plupart d’entre eux poursuivent une grève de la faim illimitée pour protester contre leur détention forcée », a déclaré, lundi, le centre juridique Adalah, basé dans les territoires occupés palestiniens. Les audiences du tribunal des militants sont prévues à la prison de Givon, à Ramla, au centre des territoires occupés.
« La détention continue de ces militants civils, qui ont été emmenés de force dans les eaux internationales, constitue une grave violation du droit international », a ajouté Adalah. Le centre a indiqué que cinq militants devaient être expulsés dans les prochaines heures.
Le Handala, qui transportait du lait maternisé, de la nourriture et des médicaments, a été saisi par les forces israéliennes près de la côte de Gaza samedi soir, avec 21 militants à bord, dont des députés, des médecins et des bénévoles. Une équipe juridique représentant les militants a exigé leur libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que leur retour à bord du Handala pour terminer leur mission de livraison d’aide à Gaza avant de regagner leurs pays d’origine.
Les experts juridiques ont souligné qu’Israël n’avait pas la compétence pour procéder à des détentions et à des expulsions, puisque le navire avait été intercepté dans les eaux internationales. L’équipe a affirmé que les militants avaient été amenés de force dans les territoires occupés par Israël depuis les eaux internationales, les qualifiant d’« infiltrés illégaux » sans base légale.
Le navire d’aide, lancé par la Coalition de la Flottille de la Liberté (FFC), a quitté l’Italie pour tenter de briser le siège israélien en vigueur depuis des mois, et qui a laissé les 2,4 millions d’habitants de Gaza au bord de la famine.
Ces derniers mois, Israël a intercepté plusieurs navires d’aide humanitaire à destination de Gaza, dans les eaux internationales. En juin, les forces israéliennes ont saisi le navire Madleen, arrêtant une douzaine de militants internationaux, dont la militante suédoise Greta Thunberg et la députée française du Parlement européen Rima Hassan. Un mois plus tôt, le MV Conscience avait été attaqué par des drones israéliens près de Malte.
Les agences de l’ONU et les principaux groupes d’aide humanitaire ont averti que Gaza risquait une famine si davantage d’aide n’était pas acheminée vers la bande assiégée. Au moins 147 personnes, dont 88 enfants, sont mortes de faim depuis octobre 2023.
