A Casablanca, capitale économique, Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT), a dénoncé « l’érosion du pouvoir d’achat » et des « régressions sociales » qu’il juge préoccupantes. Devant des milliers de militants rassemblés sur le boulevard des FAR, le leader syndical a évoqué un 1er mai placé sous le signe de « la colère et de la protestation », dans un contexte où « la flambée des prix du carburant et des produits de première nécessité » pèse lourdement sur les ménages.
« La classe ouvrière est plus que jamais en proie à la paupérisation et à la précarité accrues », a-t-il lancé, décrivant une situation sociale qu’il estime de plus en plus tendue. M. Moukharik a directement interpellé le gouvernement, l’accusant d’avoir « fait la sourde oreille face au désespoir généralisé » et de privilégier « des approches comptables » au détriment de réponses sociales concrètes. Il a également critiqué un dialogue social qu’il a qualifié de « purement formel », estimant que certaines réunions récentes relevaient davantage de « la consommation médiatique » que d’une réelle volonté de traiter les revendications.
Au cœur des revendications de l’UMT figure la question du pouvoir d’achat. Le syndicat appelle à des augmentations salariales immédiates, mais aussi à la mise en place d’un mécanisme d’indexation des salaires sur les prix. Une mesure présentée comme indispensable pour protéger les revenus face à une inflation que le responsable syndical estime sous-évaluée dans les discours officiels. « Le taux cumulé pointe désormais à 4% », a-t-il affirmé, y voyant un facteur aggravant de la précarité.
Le discours a également été l’occasion de dénoncer ce que le syndicat considère comme une orientation économique défavorable aux salariés. Le gouvernement est accusé de « s’être rangé du côté des employeurs » et de chercher à appliquer « les diktats des institutions financières internationales », à travers des politiques assimilées à de l’austérité et à un « démantèlement progressif » de secteurs publics jugés essentiels, notamment la santé et l’éducation.
Sur le terrain des libertés syndicales, M. Moukharik a dénoncé des « atteintes aux droits d’organisation » et des cas de licenciements liés à l’appartenance syndicale, tout en pointant des restrictions au droit de grève. Il a appelé à revoir en profondeur le cadre légal, notamment le projet de loi organique encadrant ce droit, qu’il juge élaboré « en dehors de toute concertation ». Le responsable syndical a également insisté sur la nécessité de repenser le modèle social, en plaidant pour un « véritable contrat social » fondé sur une protection sociale solide et des services publics renforcés. Il a alerté sur la multiplication des tensions sociales dans plusieurs secteurs, y voyant le signe d’un malaise profond.
Pour sa part, la Confédération démocratique du travail (CDT) a choisi, elle, de tirer à boulets rouges sur le gouvernement de Aziz Akhannouch, dénonçant une « crise sociale étouffante » et appelant à l’ouverture urgente d’un nouveau cycle de dialogue social avant la fin de la législature.
Depuis Casablanca, Khalid Alami El Houir, secrétaire général, a fait un constat sévère de la situation économique et sociale du pays, pointant un décalage croissant entre les performances affichées par l’Exécutif et les conditions de vie réelles des citoyens. « Le Maroc vit une contradiction flagrante et permanente : les taux de croissance, l’augmentation des recettes publiques et les indicateurs présentés comme bilan gouvernemental ne se traduisent pas dans la vie des Marocains », a-t-il affirmé.
Au cœur des revendications syndicales, la question du dialogue social s’impose comme un point de rupture. La CDT reproche au gouvernement une gestion jugée ponctuelle, irrégulière et dépourvue d’engagements contraignants. « Le dialogue social doit passer à une autre étape, tant sur le plan de la base juridique que de la régularité et du contenu, afin de traiter réellement les questions des salaires, de la protection sociale, des libertés syndicales et de la précarité », a insisté le leader de la CDT.
Dans un contexte marqué par la flambée des prix, la CDT place la question du pouvoir d’achat au centre de son plaidoyer. Elle estime que les politiques actuelles ont échoué à protéger les ménages face à l’inflation et à la hausse du coût de la vie. « Il n’y a aucun sens à parler d’équilibres financiers si cela ne se traduit pas par une protection réelle du pouvoir d’achat, une augmentation des revenus et une réduction de la pression fiscale », a martelé le leader syndical.
La centrale revendique ainsi une augmentation générale des salaires et des pensions, une baisse de la fiscalité sur les salariés, ainsi que des mesures fermes contre les pratiques spéculatives et les situations de rente.
La CDT rappelle par ailleurs que plusieurs engagements issus du dialogue social restent, selon elle, partiellement ou totalement inappliqués, notamment ceux de l’accord du 30 avril 2022 et du procès-verbal du 29 avril 2024.
Outre les revendications sociales, la CDT accuse le gouvernement de privilégier les équilibres macroéconomiques au détriment de la justice sociale. « Le refus de répondre positivement aux revendications liées aux salaires et à la fiscalité traduit un alignement sur une logique financière, au détriment des travailleurs », a dénoncé K. Alami El Houir.
Dans le cadre de sa mobilisation du 1er mai, la centrale appelle ainsi à une réorientation des priorités nationales, fondée sur la lutte contre la corruption, la rente et les monopoles, estimant que seule une volonté politique claire permettra de restaurer la confiance et de répondre aux attentes des citoyens.
De son côté, l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), bras syndical du parti de l’Istiqlal qui vient de se doter d’un nouveau chef, a appelé depuis Rabat à la nécessité de poursuivre la mobilisation sociale pour l’amélioration des conditions des travailleurs, ainsi que l’importance du dialogue avec le gouvernement afin d’améliorer les conditions socio-économiques. En tête des revendications du syndicat figure l’amélioration des revenus et du pouvoir d’achat.
« Cette commémoration revêt une importance particulière, car elle dépasse le simple cadre festif pour devenir un moment de renouvellement de l’engagement social et de réflexion, impliquant une évaluation des conditions des travailleurs et travailleuses dans les différents secteurs, ainsi qu’un bilan des acquis et des luttes à poursuivre », a indiqué l’UGTM dans un communiqué.
Le syndicat a affirmé que son action est l’expression d’une dynamique militante adressant un message clair : la classe ouvrière est présente, déterminée et constante dans son combat, à la fois pour consolider les acquis et pour arracher de nouveaux droits.
L’UGTM a souligné la nécessité pour le gouvernement, dont le PI fait partie intégrante, de respecter ses engagements, notamment en ce qui concerne la publication des décrets relatifs à la révision des statuts de plusieurs catégories (enseignants, ingénieurs, cadres de soutien…), l’accélération du traitement des dossiers catégoriels au sein du secteur de l’éducation nationale et l’activation des engagements signés dans le cadre du dialogue social. Plus, la centrale profite de cette occasion pour insister sur l’amélioration des revenus, à travers la revalorisation du salaire minimum dans le secteur privé et la réduction de l’écart entre le salaire minimum agricole (SMAG) et celui des secteurs non agricoles (SMIG), des revendications qui ont été renouvelées par les militants lors du défilé du 1er mai.
Les partisans de l’UGTM ont également appelé à la revalorisation des pensions de retraite, sans oublier les dialogues sectoriels « qui doivent se poursuivre à travers la mise en œuvre de l’ensemble des dispositions des accords sectoriels ».
Enfin, l’Union Nationale du Travail au Maroc (UNTM), instance dépendant du Parti de la Justice et du développement, a réaffirmé son attachement à la défense des droits et de la dignité de la classe laborieuse marocaine, dans un contexte social jugé de plus en plus préoccupant. Dénonçant « le silence assourdissant » du gouvernement face à la crise qui étrangle les salariés, Mohamed Zouiten, secrétaire général, a martelé : « nous ne sommes pas là pour quémander, mais pour défendre la dignité et le droit à une vie décente ». La colère ressentie, a-t-il dit, « est nourrie par une inflation galopante et un pouvoir d’achat en berne. Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes : plus de 80% des familles avouent que leur niveau de vie s’est détérioré au cours de l’année écoulée ».
Les slogans brandis lors des défilés de l’UNTM réclament, principalement, une revalorisation immédiate des salaires, la mise en place d’un mécanisme d’ajustement automatique entre prix et salaires, et une réforme profonde de la fiscalité qui ne laisse plus les classes moyennes et modestes porter tout le poids de la relance. Ceci est d’autant plus important que le dialogue avec le gouvernement s’apparente à un jeu de dupes, selon l’UNTM. Les engagements pris restent, pour beaucoup, lettres mortes. Les statuts des fonctionnaires sont toujours en attente, les retraités peinent à joindre les deux bouts, et la question du plafonnement des prix des carburants reste sans réponse.
« On ne peut pas demander toujours plus de sacrifices à ceux qui ont déjà tout donné », résume le syndicat, qui exige que la justice sociale ne soit pas reléguée derrière des chiffres de croissance ou des équilibres budgétaires abstraits. Et M. Zouiten de conclure sur une note grave en assurant que « la stabilité sociale ne se décrète pas, elle se construit ». A cet égard, rappelle le leader syndical, les promesses ne suffisent plus à calmer l’inquiétude et la frustration. Si rien ne change, prévient-il, le mécontentement pourrait s’enraciner bien au-delà des cortèges du premier mai.
