A. Ouahbi a annoncé, mardi après-midi lors de la séance hebdomadaire des questions orales à la Chambre des conseillers, qu’il a introduit un amendement à la procédure pénale visant à mettre la compétence d’ester les élus en justice exclusivement entre les mains du ministère de l’Intérieur.
«Celui qui est responsable du contrôle de l’argent accordé par le ministère de l’Intérieur est bel et bien le ministre de l’Intérieur et non ces associations. Personne n’est habilité à présenter ce genre de plaintes que s’il est la source de l’argent donné» aux communes, a-t-il plaidé.
Le ministre a mis en garde contre des «opérations de chantage» qui nuisent «à la légitimité des présidents des communes». Le plaidoyer d’A. Ouahbi a été bien accueilli par les conseillers, dont la majorité (soit 72 sièges sur un total de 120) sont issus du collège des collectivités territoriales.
Surfant sur la vague, A. Ouahbi a affirmé que «le contrôle de l’argent de l’Etat incombe à l’Etat». «Si le citoyen a des observations, il doit les signaler et les transmettre ensuite aux représentants du peuple et ces derniers ont le droit de les soulever dans les institutions du peuple», a précisé le ministre de la Justice. Ces ONG «n’ont aucun droit» de déposer des plaintes contre des présidents de communes, arguant que «même la Cour des comptes, qui est une institution constitutionnelle, ne le fait pas directement mais soumet ces rapports au Ministère Public, qui est également une institution constitutionnelle».
La sortie du ministre de la Justice a suscité et suscitera encore le débat à l’heure où les Marocains exigent la mise en application, pleine et entière, du sacro-saint principe de reddition des comptes. Principe qui n’épargne aucun acteur de la vie publique, ministres compris. Sur ce chapitre aussi, l’actuel Exécutif est mis dos au mur depuis qu’il a choisi, contrairement aux promesses électorales faites par des formations de la majorité, de retirer l’examen de la loi sur l’origine de l’enrichissement.
Nul besoin de rappeler que la sortie d’A. Ouhabi a mis en émoi la toile. Relevés, les commentaires vont jusqu’à rappeler au ministre ses déclarations, alors qu’il était en course pour la présidence du PAM, contre les marges des pétroliers et son appel à la rétrocession, au Trésor, d’une partie des 17 milliards de Dh en cause.
D’ailleurs, signale le site Yabiladi, Mohamed El Ghalloussi, président de l’Instance Nationale pour la Protection des Biens Publics au Maroc, réserve un accord des plus froids au plaidoyer du ministre. «Comment s’est-il permis d’utiliser des institutions de l’Etat pour défendre des personnes accusées de corruption et de dilapidation de deniers publics ?», s’est-il interrogé.
L’initiative du ministre constitue une «régression, au niveau des droits de l’Homme et une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire, qui sera placé sous la tutelle du ministre de l’Intérieur», a-t-il expliqué. M. El Ghalloussi estime que le ministre de la Justice «a cédé ainsi à la pression des voix dissonantes, bénéficiaires de la rente et de la corruption».
A.Ouhabi a annoncé que l’amendement proposé sera transmis, dans les jours à venir, au Secrétariat général du gouvernement pour l’examiner et donner ensuite son avis. Le débat ne fait que commencer sur un plaidoyer peu pertinent au regard des attentes de l’opinion publique. Car si désaffection il y a vis-à-vis du jeu politique, c’est principalement en raison de l’absence de crédibilité d’une classe politique jugée, à tort ou à raison, corrompue.
