« Je n’ai rien contre le Maroc — bien au contraire. Je souhaite que notre relation soit la meilleure possible. C’est bon pour le Maroc et bon pour l’Espagne », a déclaré A-N. Feijóo mardi à Madrid, lors d’une rencontre avec les médias organisée par Europa Press, marquant ainsi un net changement de ton par rapport à ses précédentes déclarations.
Le dirigeant du PP a cependant appelé à une politique fondée sur la fermeté et le bon voisinage. Il estime que les deux pays doivent éviter une confrontation continue, en raison de leurs intérêts communs et des possibilités de coopération. « Nous parlerons au Maroc avec sérieux, et nous dirons : je veux que ma relation avec votre pays soit bonne, alors respectez-moi », a-t-il ajouté.
A-N. Feijóo s’est dit convaincu qu’un accord avec Rabat était possible grâce à un dialogue direct et clair. Il a souligné la capacité des deux pays à développer des projets communs dans le cadre de l’Union européenne, en tirant parti de leur position géographique et de leurs liens économiques et commerciaux. En parallèle, il a conditionné cette coopération au respect mutuel et à la défense des intérêts des deux nations, déclarant : « Si vous ne respectez pas la souveraineté de l’Espagne sur son territoire, vous serez confrontés à deux problèmes : l’Espagne et l’Union européenne. »
Ces propos moins accusatoires arrivent après que le roi Mohammed VI ait dénoncé, lors de l’ouverture du Parlement en octobre, l’exploitation de cette question par certains milieux politiques et médiatiques. De son côté, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, avait rejeté les accusations politiques visant le Maroc.
Vox s’agite sans résultats
Sur un autre plan connexe, la Commission européenne a affirmé qu’elle ne prévoyait pas de suspendre sa coopération technique ou financière avec le Maroc, malgré l’afflux massif de migrants à Sebta en juillet dernier. Elle estime que ces événements renforcent la nécessité de consolider le partenariat avec Rabat pour éviter la répétition de telles crises. Cette décision est détaillée dans une réponse apportée mercredi 4 novembre par Dubravka Šuica, commissaire européenne, , en réponse à une interpellation de Jorge Buxadé Villalba, eurodéputé de Vox, formation espagnole d’extrême droite. Ce dernier demandait l’arrêt des financements au Maroc, la récupération des fonds déjà versés, et l’examen de sanctions concernant les visas, le commerce, et la coopération.
Pour justifier sa position, la Commission a souligné les succès de la coopération en matière de contrôle des frontières, notant une baisse de 42 % des entrées irrégulières sur les routes de la Méditerranée occidentale et de l’Atlantique en 2025, et de 34 % au premier semestre 2026, comparé aux mêmes périodes des années précédentes, avant les incidents de Ceuta. Elle a également rappelé que les exportations marocaines vers l’Union européenne représentent plus de 15 % du PIB marocain, aidant à créer des emplois pour les jeunes et à s’attaquer aux racines de la migration irrégulière.
D. Šuica a indiqué que des discussions étaient en cours pour élever les relations bilatérales à un « partenariat global et stratégique », tout en précisant que les financements européens sont contrôlés par des mécanismes de suivi et de redevabilité, sans mentionner de récupération de fonds ni de sanctions possibles.
Vox a critiqué cette position, accusant Bruxelles de favoriser Rabat au détriment de la sécurité des frontières espagnoles et européennes, et qualifiant le maintien de l’aide de « récompense » pour le Maroc, qu’il accuse d’utiliser la migration comme levier de pression sur l’Espagne.

