L’acte premier de cette tension a démarré avec la dénonciation la réception de Mahmoud Archane par la cheffe du gouvernement, lors des consultations relatives à la formation du gouvernement, au début du mois d’octobre. L’association le qualifiait dans son communiqué de « commissaire tortionnaire ». Elle a affirmé que le nom d’Archane « reste associé à la période des violations graves des droits humains durant ce que l’on appelle les années de plomb ».
Le 24 octobre, un 2è acte a été inauguré avec un deuxième communiqué dans lequel l’ONG critiquait les propos tenus par M. Archane à la Chambre des conseillers, lors de l’examen du programme gouvernemental, les qualifiant d’« indécents ». Elle a estimé qu’ils constituaient « une provocation à l’égard du mouvement des droits humains, et plus particulièrement des victimes des violations graves des droits humains, ainsi qu’une consécration de la politique d’impunité ».
A la deuxième Chambre, M. Archane avait qualifié ses détracteurs de « cinquième colonne » cherchant à « souiller la mémoire nationale et à remuer des dossiers inconvenants », appelant, selon ses propres termes, à rechercher « les véritables tortionnaires » au lieu de le prendre pour cible.
Dans ce climat de tension, l’un des vice-présidents du conseil communal de Tiflet, fief du appartenant à l’équipe majoritaire dirigée par Abdessamad Archane, fils de M. Archane, a suscité une polémique après avoir lancé des accusations contre le dirigeant de gauche et figure historique de la résistance, feu Mohamed Bensaïd Aït Idder, qu’il a qualifié d’« agent ». Piquée au vif, l’Alliance de la gauche a appelé, dans un communiqué, le vice-président du conseil communal de Tiflet à « retirer» immédiatement ces accusations et à présenter des excuses publiques au peuple marocain, à la famille du défunt ainsi qu’à ses camarades femmes et hommes. L’alliance a estimé que ces accusations constituaient «une atteinte à la mémoire collective du peuple marocain et aux symboles du mouvement de libération nationale et de la gauche marocaine ».
De son côté, la section locale de l’AMDH à Tiflet a condamné ces déclarations, estimant qu’elles représentaient « une grave offense à la mémoire de la lutte nationale et démocratique, ainsi qu’une atteinte à l’histoire d’un homme reconnu pour son intégrité, son parcours militant et les sacrifices qu’il a consentis pour la patrie et le peuple ». La section a souligné que porter de telles accusations au sein d’une institution élue «ne relève pas d’une simple divergence d’opinion, mais d’un comportement qui appelle à des comptes, surtout lorsqu’il concerne une personnalité nationale dont le nom est lié à la résistance contre le colonialisme et à la lutte pour un Maroc fondé sur la démocratie et les droits humains ».
Avant-hier, L’AMDH a également appelé à un sit-in de protestation à Tiflet, dimanche 8 novembre prochain, sous le slogan : «Pour la reddition des comptes des tortionnaires et contre l’impunité». L’association a indiqué que cette initiative vise à « dénoncer les crimes des tortionnaires, à réclamer qu’ils soient jugés et écartés des responsabilités dans la gestion des affaires publiques ». Elle a insisté sur le fait que « la reddition des comptes des tortionnaires impliqués dans les crimes de torture et de répression commis durant ce que l’on a appelé les années de plomb, la réparation due aux victimes et à leurs familles, l’établissement de la vérité et la détermination des responsabilités sont des conditions essentielles à l’édification d’un État de droit et à l’enracinement des droits humains, de la dignité et de la justice ».
En face, le MDS se mobilise. Il adressé aux « enfants de Tiflet et à tous ceux qui sont fiers de leur patrie », dans lequel il s’en prend aux membres de l’AMDH, sans la nommer, les qualifiant d’« agents, traîtres, importateurs de terrorisme, complices de l’étranger et instigateurs de complots contre les sacralités de la nation ». Il les a également accusés d’être derrière l’élimination de figures de la lutte nationale, parmi lesquelles Abbas Messaâdi, Abdelaziz Ben Driss et d’autres, ainsi que d’avoir « pillé les richesses du pays » immédiatement après l’indépendance du Maroc. L’appel ajoute que ces personnes cherchent, selon ses termes, à « anesthésier la conscience nationale afin de faire oublier leur sombre passé sanguinaire », en « s’attaquant à leurs maîtres, honorables, loyaux et fidèles aux constantes de la nation, restés fermes face à leurs agissements abjects, à leurs manœuvres stériles et à ceux qui falsifient les vérités de l’histoire ».
Le parti a également accusé les membres de l’association de vouloir « souiller » la ville de Tiflet, qu’il décrit comme « noble, attachée à sa devise éternelle Dieu, la Patrie, le Roi, et mobilisée en permanence autour de notre régime monarchique et de l’unité de notre territoire national ».
Dans le même appel, le parti a invité à se rassembler le dimanche 8 novembre prochain afin de faire face à ce qu’il a qualifié d’« association des héritiers de l’ère stalinienne », ajoutant que ces derniers « seront surpris par la leçon qui leur sera donnée ».

