La modification a été repérée le 21 septembre par un compte spécialisé dans le renseignement en sources ouvertes. L’armée israélienne a indiqué qu’elle examinait l’affaire, sans toutefois préciser s’il s’agissait d’une erreur technique ou d’un changement de politique.
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, les images offrent également une vue inhabituelle de l’ampleur des destructions dans le nord de Gaza. Elles montrent des quartiers très endommagés à Beit Hanoun et Beit Lahia, ainsi que des secteurs de Choujaïya, Jabalia-Est et des abords de l’ancien point de passage de Karni, au sud-est de Zeitoun. Le site d’informations Middle East Eye, qui a analysé ces images sans pouvoir les authentifier indépendamment, relève également des positions israéliennes entourées de levées de terre et de nombreux véhicules militaires. GovMap affiche habituellement derrière un filtre flou l’ensemble de Gaza, ainsi que les bases et sites situés en Israël et en Cisjordanie. Le caractère non censuré de ces prises de vue constitue donc une anomalie notable. Le 24 septembre, le gouvernement a commencé à appliquer de nouveau le floutage des zones concernées. Un représentant de GovMap a assuré au site The Times of Israel que les images publiées respectaient les procédures en vigueur, tout en indiquant qu’un examen serait mené par les autorités compétentes. Ces clichés ne donnent cependant pas une image en temps réel de la situation militaire : ils datent de 2025 et certaines positions ont pu évoluer. Ils fournissent néanmoins un rare aperçu de la présence militaire israélienne dans le nord de Gaza et de la transformation physique de ce territoire ayant subi près de trois années de guerre.
Depuis le siège des Nations Unies à New-York, Benjamin Netanyahou est revenu sur la situation dans l’enclave palestinienne en présentant l’accusation de génocide comme « le plus grand mensonge du siècle ». Il s’agit pourtant d’une question juridique qui ne peut être tranchée par une formule. La Cour internationale de Justice (CIJ) n’a pas encore rendu de jugement définitif sur le fond. Mais une commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU a conclu en 2025 qu’Israël avait commis un génocide, conclusion rejetée par Israël. Plus de 73 900 Palestiniens ont par ailleurs été tués depuis octobre 2023 selon le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont généralement considérés comme fiables par les organisations internationales.
Sur le dossier de la Cisjordanie, B. Netanyahou a réduit les violences de colons israéliens à une « poignée de jeunes délinquants » jetant des pierres, coupant des oliviers ou allumant des incendies. Les données de l’ONU montrent une réalité d’une autre ampleur : plus de 1 600 attaques de colons contre des Palestiniens ont été recensées depuis le début de l’année 2026. L’Associated Press souligne également le faible nombre d’arrestations israéliennes face à cette vague de violences. B. Netanyahou a aussi affirmé qu’Israël et les États-Unis avaient « éliminé les armes nucléaires de l’Iran ». Là encore, la formulation dépasse les faits publiquement établis.
Le discours du responsable israélien qui a réussi à faire le vide autour de lui à l’AG de l’ONU, a ainsi mêlé faits, formules politiques et affirmations contestables, tout en présentant largement les critiques d’Israël comme mensongères. Une offensive prononcée à quelques semaines des élections israéliennes du 27 octobre, dans un contexte d’isolement diplomatique croissant pour le gouvernement du Likoud.
Alerte à la CPI
La Cour pénale internationale (CPI) a pris des mesures pour maintenir ses activités en cas de nouvelles sanctions américaines visant l’institution dans son ensemble, a déclaré sa procureure adjointe, Nazhat Shameem Khan, dans un entretien publié vendredi par le Financial Times. « Nous avons beaucoup travaillé pour faire en sorte que la Cour soit protégée contre les effets d’éventuelles sanctions à l’avenir », a-t-elle affirmé au quotidien britannique.
La procureure adjointe a indiqué que des responsables de la CPI avaient entendu des rumeurs concernant de nouvelles mesures, sans avoir reçu de notification officielle. Cette menace intervient après les sanctions imposées au cours de l’année écoulée par les États-Unis à des membres de la Cour, dont N. Shameem Khan.
Selon elle, la CPI a remplacé ses logiciels de bureautique Microsoft par openDesk, une solution allemande. Elle a également pris des dispositions pour limiter d’éventuelles perturbations de ses opérations bancaires, de la couverture santé de son personnel et du versement des salaires. Des employés ont reçu leur rémunération plusieurs mois à l’avance. Ces préparatifs restent « en cours », a-t-elle précisé.
L’administration US a déjà sanctionné 13 responsables de la CPI, dont neuf des 18 juges de la Cour, selon le Financial Times. Ces mesures ont notamment limité l’accès de certains d’entre eux à des cartes de crédit américaines et à d’autres services, rapporte le journal. La possibilité de nouvelles sanctions intervient dans un contexte de critiques renouvelées du président américain Donald Trump contre la CPI. Lors de son discours cette semaine devant l’Assemblée générale des Nations unies, il a appelé les États membres à quitter la Cour.
Les critiques de Washington se sont intensifiées après la délivrance, en 2024, de mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien B. Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour des crimes de guerre présumés à Gaza. Ni les États-Unis ni Israël ne sont membres de la CPI. La Cour fonde sa compétence dans cette affaire sur l’adhésion de la Palestine.

