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Afflux migratoire vers Sebta : Les services espagnols ont lancé des alertes

by Perspectives Med
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Afflux migratoire vers Sebta : Les services espagnols ont lancé des alertes

Désormais disponibles au public, ces documents révèlent que le 29 juillet, le Centre national de renseignement avait alerté les services marocains, les autorités locales et la Guardia Civil concernant des appels circulant sur les réseaux sociaux incitant à entrer dans la ville à la nage ou en franchissant la clôture frontalière, un jour avant qu’une vague de 70 000 personnes ne se déclenche.

Couvrant la période du 1er au 31 juillet, ces documents incluent des rapports et des correspondances émanant du Centre national de renseignement, du Centre de renseignement des forces armées, de la Police nationale et de la Guardia Civil.

Parmi ces documents figure une note intitulée « Migration irrégulière : alerte précoce sur de possibles tentatives d’entrée à Ceuta pendant la semaine de la Fête du Trône ». Elle montre que les services espagnols avaient informé la Direction générale de la surveillance du territoire et la Direction générale des études et de la documentation que des tentatives d’entrée étaient prévues, coïncidant avec les célébrations de la Fête du Trône.

La note identifie un groupe WhatsApp et deux groupes Facebook intitulés « Prise d’assaut de la clôture de Ceuta », « Ceuta-Fnideq » et « Harraga Ceuta », comptant plus de 160 000 membres, relayant des appels à franchir la frontière le lendemain. Un message dans le document indiquait : « Toute personne souhaitant passer a une dernière chance pendant la Fête du Trône ; à huit heures, les autorités seront occupées par les célébrations. » Un autre ajoutait : « Fnideq et Ceuta sont ouvertes toute la semaine, que ceux qui le veulent saisissent l’occasion. »

Dans un message WhatsApp distinct, un agent des renseignements espagnols a informé, le 29 juillet, le chef de cabinet de la délégation du gouvernement à Ceuta d’un appel à « prendre d’assaut la clôture et entrer par la mer » le lendemain, profitant de la Fête du Trône, alors que les forces marocaines seraient mobilisées ailleurs.

Le Centre national de renseignement a également alerté le commandement de la Guardia Civil et le Centre national de l’immigration et des frontières. Un agent a tenté de joindre un responsable de la Guardia Civil avant de lui envoyer un message : « Nous disposons d’informations sur une tentative d’entrée à la nage et de prise d’assaut de la clôture demain, lors de la Fête du Trône. Plusieurs groupes Facebook et WhatsApp encouragent ces entrées.» Le responsable de la Guardia Civil a répondu qu’il n’était pas à son bureau, orientant ensuite l’agent vers son remplaçant. Une conversation téléphonique de sept minutes a suivi.

Cette correspondance contredit la position de la délégation du gouvernement à Sebta qui avait nié avoir reçu tout rapport avertissant des événements prévus le 30 juillet, suite aux déclarations de la ministre de la Défense Margarita Robles au Congrès. Les documents montrent pourtant que son cabinet avait bel et bien été alerté par les services de renseignement au sujet des appels diffusés.

Le gouvernement espagnol a souligné que les alertes évoquaient de possibles tentatives sans prédire l’entrée de plus de 70 000 personnes les 30 et 31 juillet. Il a ajouté que les documents avaient été anonymisés pour protéger les informations sensibles concernant la sécurité de l’État et les capacités opérationnelles des services.

Quid du renseignement militaire ?

Par ailleurs, un document du Centre de renseignement des forces armées espagnoles (CIFAS) figurant parmi les 40 documents déclassifiés, révèle les détails de l’évaluation du renseignement militaire concernant l’entrée massive de migrants en provenance du Maroc, à la fin du mois de juillet dernier.

Le rapport, intitulé « Crise migratoire dans les enclaves et îles sous souveraineté espagnole en Afrique du Nord » et daté du 30 juillet, qualifie la situation à la frontière de Sebta de « chaos migratoire ». Il situe le début de la « crise migratoire»  au 25 juillet, avec l’arrivée par la mer d’environ 1 700 migrants depuis le Maroc, « auxquels s’ajoute un nombre indéterminé de tentatives d’entrée ».

Le rapport souligne également qu’« en parallèle, plusieurs infiltrations ont eu lieu sur des îles et rochers sous souveraineté espagnole ; sans être massives, elles n’en étaient pas moins significatives », avertissant que « de nouvelles infiltrations sont attendues à très court terme, en particulier dans les îles Chafarinas ».

Le centre indique que les informations relatives à l’attitude des forces et services de sécurité marocains face aux tentatives d’entrée en Espagne étaient « contradictoires ». Il relève qu’« à Melilla, les rapports font état d’une posture active du Maroc dans le maintien de la sécurité, tandis qu’à Ceuta prévaut une attitude passive face à l’afflux massif, permettant le franchissement de la frontière aussi bien par voie maritime que terrestre ».

Le renseignement militaire rattache ces tentatives migratoires à un arrêt de la Cour suprême espagnole rendu le 29 juin et publié le 8 juillet, selon lequel l’entrée sur le territoire national à la nage ne pouvait justifier le refoulement des migrants à la frontière. Le rapport avertit que, « dans la pratique, cela constitue une restriction déterminante de la capacité d’action des forces et organismes de sécurité espagnols ».

Le document indique également que la hausse des tentatives d’entrée à Sebta a coïncidé avec les célébrations de la Fête du trône, certains effectifs de sécurité marocains ayant été redéployés vers d’autres villes, ce qui a réduit leur présence aux abords du Préside. Dans ce contexte, le centre évoque aussi la visite du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, en Algérie le 20 juillet, tout en soulignant que « cette visite, apparemment, n’a pas été mal accueillie au Maroc ». Il précise toutefois ne pas pouvoir « exclure » l’existence d’«un certain malaise» au sein du cercle entourant le roi Mohammed VI, en lien avec la visite du président du gouvernement en Algérie.

Sur cette base, le centre estime qu’il est «hautement probable » que les autorités marocaines n’aient pas « encouragé activement la vague migratoire », mais qu’elles aient « jusqu’à présent agi avec négligence et passivité» . Il juge également « probable » que les forces marocaines renforcent leur engagement dans la lutte contre la migration à partir du 1er août, après la fin des célébrations de la Fête du Trône.

Dans le même temps, le centre avertit que le Maroc pourrait « tenter d’exploiter » la situation « au service de ses intérêts stratégiques ». Il considère comme « presque certain » que la dégradation de la situation dans la ville autonome « nécessitera l’activation des forces armées à très court terme », et juge également « probable » la survenue d’incidents liés à la sécurité publique à Sebta.

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