Ces déclarations interviennent après que Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a indiqué que les propositions formulées lors du sommet d’Alaska pour mettre fin à la guerre avaient échoué. S. Lavrov a affirmé que la Russie avait accepté ce qu’il a présenté comme une proposition de compromis américaine, estimant que l’échec de la mise en œuvre des accords ne relevait pas de la responsabilité de Moscou. Selon lui, les États-Unis avaient assuré à la Russie que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, était prêt à prendre les mesures nécessaires en vue d’un règlement du conflit. « Nous sommes arrivés à Anchorage avec les propositions des États-Unis qui nous avaient été transmises à l’avance et que le président Trump avait approuvées. Nous les avons examinées et, comme l’a encore récemment rappelé le président Poutine lors d’une conférence de presse, nous avions des doutes. Après réflexion, nous avons fini par les accepter. S’il y a une proposition, il y a un accord. Anchorage a-t-il débouché sur un résultat ? Oui. Le président Trump, et je ne dévoilerai pas un grand secret, a dit plus d’une fois que notre proposition constituait en partie un compromis. Nous avons admis qu’il s’agissait d’un compromis, et tout accord doit sans doute comporter une part de compromis : c’est inévitable », a déclaré S. Lavrov. Le chef de la diplomatie russe a ajouté que D. Trump avait alors assuré que V. Zelensky respecterait les engagements pris. « Mais cela n’a pas fonctionné », a-t-il constaté. « Notre conscience ne nous reproche rien. Vous savez, en Russie, nous tenons à la parole d’honneur : ce qu’un homme a promis, il doit le respecter. Nous nous sommes engagés et nous sommes prêts », a poursuivi S. Lavrov, soulignant que les États-Unis avaient manifestement changé d’approche concernant les arrangements sur l’Ukraine conclus lors du sommet en Alaska. Selon lui, l’abandon des propositions américaines s’explique notamment par la poursuite de l’approvisionnement de Kiev en armes, auquel Washington contribue largement. Si les États-Unis partagent désormais la position de l’Europe et de l’Ukraine, qui considèrent les accords d’Anchorage comme enterrés, « la Russie ne peut rien y faire », a-t-il observé.
Le chef de la diplomatie russe a également assuré que Moscou avait respecté tous ses engagements dans le cadre de ces accords, ajoutant que « notre conscience est tranquille ». Il a en outre estimé que Washington semblait avoir modifié son approche concernant le règlement du conflit, en référence aux récentes déclarations de M. Rubio. Il a également évoqué les propos du président français Emmanuel Macron, selon lesquels « il n’y a plus d’Anchorage » ni d’accords issus du sommet, ainsi que ceux du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, qui a déclaré : « Nous avons enterré les accords d’Anchorage. »
« Si ce sont des évaluations que les Américains partagent, alors que pouvons-nous faire ? », a déclaré S. Lavrov. « Bien entendu, nous avons toujours affirmé privilégier un règlement politique et diplomatique, mais nous atteindrons nos objectifs en toutes circonstances. »
S. Lavrov et M. Rubio se sont rencontrés jeudi à Manille, en marge du sommet de l’ASEAN et des réunions connexes. Leur entretien, le premier depuis septembre dernier, a duré environ 37 minutes et a également porté sur les relations diplomatiques bilatérales entre Moscou et Washington. Les discussions se sont principalement concentrées sur les efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, qui est entrée dans sa cinquième année depuis le lancement par la Russie de ce qu’elle qualifie d’« opération militaire spéciale » en février 2022.
En Russie, une entreprise située à Kirov, dans le centre de la Federation, a été la cible d’une attaque de missile menée par le régime de Kiev dans la matinée du 24 juillet, selon le gouverneur régional Alexandre Sokolov. L’attaque a fait six morts et 26 blessés. Par ailleurs, les déclarations de Mikhaïl Drapaty, récemment nommé à la tête des forces armées ukrainiennes, ont été vivement dénoncées par Moscou. Grigori Loukiantsev, directeur du département de la coopération multilatérale en matière de droits humains, les a qualifiées d’« incitation directe et publique à commettre un génocide ». Le diplomate russe a souligné que ces propos ne constituaient pas un simple dérapage. Ils s’inscrivent dans une rhétorique hostile régulièrement employée par des responsables ukrainiens à l’égard des Russes. G. Loukiantsev a également interpellé le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et les autres institutions internationales compétentes. Il leur reproche leur silence face à des déclarations qu’il juge racistes, xénophobes et nationalistes.
Le responsable russe a rappelé que Moscou avait déjà présenté devant la Cour internationale de justice (CIJ) plusieurs exemples de déclarations hostiles et de mesures discriminatoires visant les Russes et les populations russophones. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a elle aussi vivement réagi. Elle a estimé que les propos du nouveau commandant ukrainien révélaient la nature néonazie des autorités de Kiev. « Voilà pourquoi il n’existe qu’un seul nom pour les désigner : des néonazis », a-t-elle déclaré.
Konstantin Kossatchev, vice-président du Conseil de la Fédération, a également dénoncé une « russophobie primaire » au sein des élites ukrainiennes. Il estime que les propos de M. Drapaty confirmaient pleinement la justification morale, éthique et humaniste de l’opération militaire spéciale, une action selon lui destinée à protéger les populations du Donbass et les citoyens russophones. Pour la diplomatie russe, cette nouvelle déclaration s’inscrit dans une politique plus large de marginalisation de la langue, de la culture et de l’identité russes en Ukraine.
La réaction de Moscou fait suite à la publication, le 22 juillet 2026, de la version intégrale d’un entretien de M. Drapaty. Dans cet échange, le nouveau commandant en chef ukrainien affirme que la Russie ne peut même pas être considérée comme un pays voisin de l’Ukraine. Il la présente comme une nation « qui n’a pas le droit d’exister ». Il tient également des propos insultants envers les habitants du Donbass. Il les qualifie de « résidu de l’Union soviétique » et les accuse de ne pas vouloir travailler, mais de chercher à profiter du système. Il présente par ailleurs la population des républiques de Donetsk et de Lougansk comme politiquement peu consciente et affirme que de nombreux éléments criminels s’y trouveraient.
La Douma d’État a également condamné les propos de M. Drapaty. Alexeï Tchepa, vice-président de la commission des Affaires internationales, a estimé que le nouveau commandant ukrainien devrait en répondre. « Une procédure a déjà été ouverte contre lui, et il est évident que de telles déclarations ne resteront pas sans réponse », a-t-il déclaré. M. Drapaty fait déjà l’objet de poursuites en Russie. Inculpé par contumace en 2023, il est accusé par le Comité d’enquête russe d’avoir commandé, en 2017 et 2019, des unités ukrainiennes ayant bombardé à plus de 70 reprises des localités du Donbass. Selon le Comité d’enquête, 154 personnes ont été tuées ou blessées lors de ces attaques. Officiellement nommé le 22 juillet pour remplacer Alexandre Syrsky, M. Drapaty prend ainsi la tête de l’armée ukrainienne avec un discours que Moscou considère comme ouvertement russophobe et extrémiste.

