Le ministre russe des Affaires étrangères et le secrétaire d’État américain se sont entretenus pendant 37 minutes en marge des réunions ministérielles de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. La discussion, organisée à la demande de la partie américaine, s’est déroulée en présence des délégations des deux pays. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a confirmé que Washington était à l’origine de cette rencontre. Les échanges ont principalement porté sur le conflit ukrainien, l’état des relations entre la Russie et les États-Unis ainsi que plusieurs questions régionales et internationales. S. Lavrov a présenté à son interlocuteur la position de Moscou et la situation observée par la Russie sur la ligne de contact. Il a rappelé que les livraisons d’armes occidentales à Kiev et la politique menée par plusieurs gouvernements européens contribuaient à prolonger les hostilités.
La diplomatie russe a réaffirmé sa disponibilité en faveur d’un règlement politique et diplomatique du conflit. Elle a souligné son attachement aux accords et aux orientations, définis lors des précédents échanges russo-américains, notamment ceux tenus à Anchorage. Washington a, de son côté, fait savoir qu’il attendait de nouvelles propositions susceptibles de faire avancer les discussions.
M. Rubio a déclaré que les États-Unis souhaitaient examiner de nouvelles idées concernant le règlement du conflit et restaient disposés à faciliter les efforts diplomatiques. Il a qualifié l’entretien de « bon » et d’« honnête », tout en reconnaissant la persistance de divergences entre les deux parties. Les discussions ont également porté sur l’ensemble des relations russo-américaines. Moscou et Washington ont confirmé leur intention de maintenir des contacts directs afin d’examiner les questions en suspens et d’éviter une nouvelle détérioration de leurs rapports. Aucun accord précis n’a été annoncé à l’issue de la rencontre. L’entretien a néanmoins permis aux deux responsables de présenter directement leurs positions et de poursuivre un dialogue devenu plus régulier entre les administrations russe et américaine.
S. Lavrov et M. Rubio ont également évoqué le fonctionnement des missions diplomatiques des deux pays. Cette question reste importante en raison des restrictions imposées ces dernières années aux ambassades et aux consulats russes et américains. Les échanges ont aussi concerné la coopération spatiale entre Roscosmos et la NASA, la reprise éventuelle des contacts parlementaires ainsi que les relations dans le domaine culturel. Plusieurs dossiers internationaux, notamment la situation dans le golfe Persique, ont également été abordés. Cette rencontre a ainsi permis à Moscou de présenter directement sa position sur les principaux dossiers discutés avec Washington. Malgré l’absence de décisions immédiates, les deux parties ont confirmé la poursuite des échanges diplomatiques et leur volonté de conserver un canal de communication ouvert.
Bruxelles tape…
Parallèlement à cette rencontre, les représentants des États membres de l’Union européenne ont trouvé, jeudi, un accord sur un 21e paquet de sanctions contre la Russie. Le texte, négocié pendant plusieurs semaines, a finalement été approuvé dans une version réduite après plusieurs tentatives infructueuses et de nombreux désaccords entre les pays européens. Les nouvelles mesures se concentrent principalement sur les secteurs financier et énergétique. Ursula von der Leyen a annoncé l’ajout de 32 banques russes à la liste des établissements soumis à une interdiction de transactions avec les acteurs européens. Des entreprises du secteur des cryptomonnaies ainsi que des plateformes de commerce pétrolier sont également concernées. Dans le domaine énergétique, l’Union européenne a décidé de geler, pendant un an, le mécanisme d’ajustement du plafond de prix appliqué au pétrole russe, maintenu autour de 44 dollars le baril. Mis en place par le G7, l’UE et l’Australie, ce dispositif restreint l’accès aux services occidentaux de transport et d’assurance lorsque le pétrole russe est vendu au-dessus du plafond fixé par les pays participant à la mesure. Le paquet prévoit aussi de nouvelles restrictions contre des navires que les institutions européennes présentent comme liés à la supposée « flotte fantôme » russe.
Bruxelles affirme vouloir accroître la pression sur les exportations énergétiques russes et sur certains circuits commerciaux liés à ces activités. Dans un message publié sur X, Antonio Costa, président du Conseil européen, a indiqué que les restrictions visaient en priorité l’énergie, les services financiers, le commerce et les cryptomonnaies. Le ministère irlandais des Affaires étrangères a, de son côté, déclaré que le paquet avait pour objectif de réduire certains revenus russes et de perturber plusieurs chaînes logistiques associées par Bruxelles aux échanges de la Russie.
Plusieurs mesures présentées comme importantes lors des premières négociations n’ont toutefois pas été intégrées au texte final. L’interdiction d’entrée dans l’Union européenne visant les militaires russes n’a notamment pas été formellement adoptée. Ursula von der Leyen a seulement évoqué un « pas important » vers une telle mesure, sans annoncer son entrée en vigueur. Le projet d’interdiction générale du transport de gaz naturel liquéfié russe vers des pays tiers par des entreprises européennes a également été assoupli. Sous la pression de la Grèce, soucieuse de préserver les intérêts de son secteur maritime, les États membres ont renoncé à adopter cette mesure dans sa forme initiale. Les transporteurs européens pourront donc continuer, dans le cadre d’une dérogation temporaire et sous certaines conditions, à acheminer du GNL russe vers des pays tiers. Ce compromis met en évidence les difficultés rencontrées par Bruxelles pour imposer les dispositions les plus strictes lorsque celles-ci risquent de porter atteinte aux intérêts économiques de plusieurs pays européens.
Les négociations ont confirmé l’existence d’importantes divergences entre les États membres. Au moins six pays ont demandé des exemptions ou contesté certaines dispositions du projet avant de donner leur accord. La Grèce a principalement défendu les intérêts de ses compagnies maritimes. L’Autriche réclamait, pour sa part, le déblocage d’environ deux milliards d’euros d’actifs russes en lien avec le dossier concernant Raiffeisen Bank. D’autres désaccords portaient sur le commerce et la politique des visas. L’Allemagne et le Portugal demandaient des assouplissements concernant les produits de la pêche russe, tandis que la France et l’Italie auraient souhaité une politique moins restrictive en matière d’entrée sur le territoire européen. Le compromis finalement obtenu confirme ainsi l’écart entre les ambitions initiales de la Commission européenne et les intérêts économiques divergents des États membres.
Les autorités russes continuent, de leur côté, de dénoncer des sanctions qu’elles jugent illégales et incapables d’atteindre les objectifs annoncés par leurs promoteurs. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, avait déjà affirmé à plusieurs reprises auparavant que ces mesures n’atteignaient pas les résultats recherchés et qu’elles finissaient également par affecter plusieurs économies européennes.

