« Je souhaite également vous dire que nous continuons à suivre de très près les derniers développements en Cisjordanie, qu’il s’agisse d’attaques d’occupants israéliens ou d’opérations de sécurité israéliennes », a déclaré le porte-parole Stéphane Dujarric aux journalistes. « La situation en Cisjordanie n’est pas seulement préoccupante, elle est intolérable », a-t-il ajouté.
Il a souligné que de telles activités vont à l’encontre des obligations d’Israël en vertu du droit international, en particulier en ce qui concerne sa « présence continue illégale » dans le territoire palestinien occupé. « Elles sapent également l’Autorité palestinienne », a-t-il ajouté.
Ses déclarations interviennent après qu’Israël a approuvé mercredi la construction de 126 unités d’occupants illégales à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie.
La veille mardi, au Conseil de sécurité de l’ONU, le Royaume-Uni a dénoncé mardi l’escalade des violences des occupants en Cisjordanie occupée, avertissant que les attaques contre les Palestiniens augmentent et compromettent les perspectives de paix. S’exprimant devant le Conseil, l’ambassadeur James Kariuki, chargé d’affaires britannique auprès de l’ONU, a déclaré que Londres « déplore de tels actes flagrants de violence des colons », appelant à une action urgente pour garantir l’obligation de rendre des comptes. Le diplomate a évoqué une « trajectoire de détérioration » en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, citant une hausse des violences, des déplacements forcés et des expulsions illégales.
S’appuyant sur des données de l’ONU, il a indiqué que les forces israéliennes et les occupants ont tué 33 Palestiniens et blessé 790 autres au cours des premiers mois de l’année. « La condamnation seule ne suffit pas », a-t-il déclaré, appelant les autorités israéliennes à prendre des « mesures concrètes pour prévenir les attaques contre les Palestiniens », à assurer la protection des civils conformément au droit international et à garantir la reddition de comptes lorsque des crimes ont été commis. Il a ajouté que, bien que le gouvernement israélien ait condamné certains incidents et lancé des enquêtes, « l’obligation de rendre des comptes pour les incidents précédents a été gravement insuffisante ».
J. Kariuki a également averti que le rythme de l’expansion des occupations en Cisjordanie est « sans précédent », parallèlement à ce qu’il a décrit comme de sévères restrictions économiques imposées par Israël. « Cela doit cesser », a-t-il déclaré, soulignant que ces mesures « sapent le plan en 20 points et la viabilité même de la solution à deux États », en référence à un plan présenté l’automne dernier par le président américain Donald Trump et approuvé par le Conseil de sécurité en novembre.
Au-delà de la Cisjordanie, il a indiqué que la situation humanitaire à Gaza reste « grave », évoquant une baisse significative de l’acheminement de l’aide et des contraintes croissantes sur les opérations humanitaires. Citant des chiffres de l’ONU, il a précisé que l’aide entrant à Gaza a diminué de 37 % au premier trimestre de l’année par rapport aux trois mois précédents, ajoutant que ce niveau reste inférieur aux objectifs fixés dans le plan soutenu au niveau international. « L’ONU, y compris l’UNRWA (agence pour les réfugiés palestiniens) et d’autres partenaires humanitaires, doit pouvoir opérer sans entrave, avec un accès sans restriction et des points de passage fonctionnels », a-t-il déclaré.
J. Kariuki a insisté sur le fait qu’Israël « doit autoriser l’entrée d’équipements médicaux indispensables, de matériel d’abri et de carburant afin de soutenir des services essentiels et vitaux », qualifiant les restrictions actuelles « d’inacceptables ». Il a conclu en appelant toutes les parties à « faire preuve de courage » et à s’engager de bonne foi afin de saisir ce qu’il a décrit comme une « opportunité historique » de faire avancer la solution à deux États.
Quant à Mike Waltz, envoyé des États-Unis auprès des Nations unies, il a déclaré le jour même devant le Conseil de sécurité de l’ONU que « chaque jour compte désormais » dans les efforts visant à garantir une paix durable pour les Palestiniens. « Chaque jour, nous nous rapprochons soit d’un avenir où les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie vivront dans la liberté et la prospérité en paix avec Israël, soit nous retombons dans le chaos, les roquettes, les otages et les décombres », a-t-il affirmé, ajoutant que Washington travaille chaque jour à une « vision plus lumineuse ».
Évoquant des négociations en cours entre le Hamas et Israël dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza, il a déclaré que « depuis le cessez-le-feu, nous avons apporté des améliorations concrètes significatives à l’accès humanitaire et à la livraison de l’aide à Gaza. Nous travaillons chaque jour pour améliorer ce processus via le centre de coordination civilo-militaire, et nous cherchons chaque jour à l’élargir. »
« Il existe une voie vers la paix », a-t-il ajouté, précisant que les financements et partenaires pour la reconstruction de Gaza sont prêts et disponibles. Il a également cité un mariage collectif organisé par les Émirats arabes unis pour 300 couples dans la bande de Gaza la semaine dernière, auquel ont assisté 20 000 personnes, comme « un aperçu de cet avenir ».
« Il existe une voie vers la prospérité », a-t-il conclu.
Un rapport de Médecins Sans Frontières (MSF) met en évidence la dégradation extrême de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène dans la bande de Gaza depuis octobre 2023. Selon les données opérationnelles de l’organisation recueillies entre 2024 et 2025, cette situation ne relève pas d’un simple effondrement humanitaire, mais résulte d’actions et de politiques mises en œuvre par les autorités israéliennes. Celles-ci ont conduit à une raréfaction organisée des ressources essentielles, affectant directement les 2,1 millions d’habitants du territoire. Sur le terrain, la population fait face à une pénurie d’eau critique. Même avec une production humanitaire importante assurée par MSF, les besoins restent largement supérieurs à l’offre disponible. Les coupures, les destructions d’infrastructures et les restrictions d’accès obligent les habitants à hiérarchiser leurs usages, souvent au détriment de l’hygiène. Le prix de l’eau produite par des fournisseurs privés a fortement augmenté, devenant inaccessible pour une grande partie des ménages.
Les systèmes d’assainissement se sont presque totalement effondrés. Dans les camps de déplacés, les installations improvisées sont insuffisantes, débordent rapidement et contribuent à la contamination de l’environnement. Le manque de savon, de produits d’hygiène et de solutions sanitaires aggrave la situation. Les conséquences médicales sont importantes : hausse des diarrhées, maladies cutanées, infections et vulnérabilité accrue à la malnutrition, touchant particulièrement les enfants et les femmes enceintes. Le rapport souligne également un impact psychologique profond lié aux conditions de vie dégradées, à l’absence d’intimité et à la difficulté quotidienne d’accéder à l’eau. Les enfants sont particulièrement touchés, parfois contraints de participer à la collecte d’eau dans des conditions dangereuses. Selon MSF, la situation résulte de trois facteurs principaux : la destruction massive des infrastructures WASH, les restrictions de mouvement et d’accès humanitaire à l’intérieur de Gaza, ainsi que le blocage ou le retard systématique de fournitures essentielles. Près de 90 % des infrastructures d’eau et d’assainissement ont été endommagées ou détruites par Israël. Enfin, le rapport estime que ces dynamiques aboutissent à une privation collective des conditions minimales de survie, en contradiction avec les obligations du droit international humanitaire, qui impose la protection des civils et des infrastructures essentielles.
