C’est au groupe socialiste – opposition ittihadie, qu’échoit le tir d’avertissement qui allait être suivi d’un staccato qui marquera les annales parlementaires. Ainsi, Abderrahim Chahid a interpellé le gouvernement sur le registre discursif qu’il mobilise face à ses contradicteurs, en relevant que les réponses de l’Exécutif se caractérisent par un vocabulaire récurrent, fait de « slogans, polémiques, dépréciations et attaques stériles », qui tend à assimiler l’opposition à un adversaire extérieur plutôt qu’à un acteur institutionnel du débat démocratique. « À qui vous adressez-vous ? Aux représentants de la Nation, ou à un ennemi ? », a-t-il lancé depuis la tribune, dénonçant un langage qu’il juge « excluant » et peu compatible avec les exigences du pluralisme.
Tentant de démystifier la philosophie même du bilan présenté par le chef de l’Exécutif qui a jeté les habits du RNI, le député a fait valoir que l’exercice de reddition des comptes ne saurait se limiter à l’énumération des réalisations plus qu’il ne doit, ajoute-t-il, intégrer une lecture lucide des insuffisances. En foi de quoi, il a pointé l’absence de certains événements majeurs dans le récit gouvernemental, notamment le séisme du 8 septembre ou les épisodes d’inondations ayant entraîné le déplacement de milliers de personnes. « Le bilan doit refléter les joies comme les épreuves », a-t-il insisté, reprochant au gouvernement de privilégier une lecture strictement macroéconomique, déconnectée du vécu des citoyens.
Sur le terrain politique, il s’est également interrogé sur le calendrier de présentation de ce bilan, jugé prématuré au regard des échéances institutionnelles restantes. « Pourquoi cette précipitation, comme si l’on quittait le navire avant son arrivée à quai ? », a-t-il questionné, suggérant une démarche davantage guidée par des considérations politiques que par les impératifs de redevabilité.
Pour sa part, Driss Sentissi n’a pas manqué de relativiser la portée du bilan présenté. Selon le président du groupe haraki (Mouvance populaire), les réformes mises en avant ne peuvent être attribuées exclusivement à l’actuel gouvernement, dans la mesure où elles s’inscrivent dans des dynamiques de long terme. Moins prosaïque, l’élu a réduit le débat à une simple interrogation : « Qu’est-ce qui a réellement changé dans la vie des Marocains ? ». Pour lui, tout se résume à la hausse du coût de la vie, la persistance du chômage et les difficultés d’accès aux services de base. Voilà autant que de défaut dans la cuirasse de l’Exécutif qui relativisent les indicateurs avancés non sans emphase par le chef du gouvernement.
Le député a également critiqué la manière dont certaines politiques sociales sont présentées, estimant que la distribution d’aides ne saurait, à elle seule, constituer un indicateur de réussite en l’absence d’impact mesurable. Il a, en outre, pointé un déficit d’interaction entre le gouvernement et le Parlement, évoquant des initiatives de contrôle – commissions d’enquête ou missions d’information – restées sans suite, ainsi qu’un faible engagement des ministres dans les débats législatifs.
Sur le plan des engagements, le groupe haraki a dressé un inventaire critique des promesses non tenues : création d’un million d’emplois nets, sortie d’un million de familles de la précarité, progression de la participation des femmes au marché du travail ou encore amélioration du classement du système éducatif. Autant d’objectifs qui, selon D. Sentissi, restent à ce stade hors d’atteinte. Il a également soulevé des incohérences dans les critères de ciblage des aides sociales, évoquant des situations d’exclusion jugées injustifiées au regard des réalités sociales.
Lui succédant, Rachid Hamouni, président de groupe du progrès et du socialisme, a reconnu l’existence de quelques avancées, notamment en matière d’investissement public ou de financement de certains secteurs, tout en rappelant que la mise en valeur de ces acquis relève avant tout du rôle de la majorité. L’opposition, a-t-il insisté, se doit d’exercer une fonction critique, « responsable et argumentée », fondée sur des référentiels précis : programme gouvernemental, données des institutions nationales indépendantes et réalité sociale observable. Dès lors, à l’aune de ces critères, le constat dressé par l’élu PPS est sévère. Il a fait grand cas de la dégradation du pouvoir d’achat, la montée du chômage, la pression accrue sur les entreprises et l’érosion des services publics, estimant que « la réalité sociale ne se décrète pas ». Il a également dénoncé une tendance à intégrer dans le bilan gouvernemental des acquis structurels relevant de trajectoires de long terme, voire d’impulsions royales, brouillant ainsi la lecture de l’action propre de l’Exécutif. Enfin, il a relevé une inflexion dans le ton adopté par le gouvernement lors de cette présentation, jugé plus mesuré que par le passé. Une évolution qu’il interprète comme la reconnaissance implicite des tensions sociales accumulées au cours du mandat, dans un contexte marqué par des mobilisations sectorielles répétées.
A suivre…
