Depuis l’hémicycle, Caroline Yadan a justifié ce retrait par des retards accumulés dans le calendrier parlementaire, imputant notamment à La France insoumise (LFI) une partie des blocages. Elle a salué la reprise du dossier par l’exécutif, estimant que cette nouvelle approche permettrait d’« aller plus loin » que la version initiale.
L’opposition a vivement réagi. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, a dénoncé ce qu’elle considère comme une marginalisation du Parlement et une concentration des décisions entre les mains de l’exécutif. « Une seule parlementaire est plus informée que l’ensemble de la représentation nationale », a-t-elle affirmé, critiquant la manière dont le texte a été retiré et repris sans concertation suffisante. Elle a également interpellé le gouvernement en séance : « Monsieur le ministre, vous ne nous avez pas dit pourquoi vous repreniez ce texte, qui passerait ensuite le 22 juin ou je ne sais quand, ce qui nous donnera plus de temps pour pouvoir battre ce texte, ne vous en déplaise », a-t-elle ajouté.
Sur le réseau social X, la cheffe des parlementaires insoumis estime que « la résistance parlementaire et populaire a triomphé ! », ajoutant que « la lutte continuera pour son retrait jusqu’au bout ! ».
Déposée le 19 novembre 2024 par la députée du groupe Renaissance C. Yadan, la proposition de loi avait été adoptée en commission des lois en janvier 2026 et devait être examinée en séance publique à partir du 16 avril 2026. Le texte entend répondre à ce que ses auteurs qualifient de « nouvelles formes d’antisémitisme ». Il prévoit notamment l’extension du délit d’apologie du terrorisme, l’introduction de nouvelles infractions liées à la contestation ou à la remise en cause de l’existence d’un État, ainsi que la prise en compte de formes indirectes ou implicites de provocation à la haine.
Ces dispositions suscitent une vive controverse. Plusieurs organisations de défense des droits humains, syndicats et juristes dénoncent un texte juridiquement flou, susceptible de porter atteinte à la liberté d’expression. Elles pointent notamment le risque de confusion entre critique politique de l’État d’Israël et antisémitisme, ainsi qu’un possible effet dissuasif sur certaines mobilisations, notamment celles liées à la cause palestinienne.
Des collectifs, y compris des organisations juives critiques de la politique israélienne, alertent également sur une possible instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et estiment que le texte pourrait, paradoxalement, fragiliser ce combat en brouillant ses contours.
La ville de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, a hissé jeudi le drapeau palestinien sur le fronton de son hôtel de ville, en signe de soutien au peuple palestinien et d’opposition à la proposition de loi dite Yadan. Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, Aly Diouara, maire de la commune et député LFI, a affirmé que ce geste symbolique s’inscrivait « en solidarité avec les voix qui s’élèvent et défendent le droit à l’autodétermination du peuple palestinien », tout en dénonçant « le génocide en cours à Gaza ».
Cette initiative intervient au lendemain d’une annonce du maire, qui avait indiqué son intention de procéder à ce hissage pour marquer l’opposition de la municipalité à ce texte débattu à l’Assemblée nationale.
L’organisation Human Rights Watch (HRW) a mis en garde contre les risques pour la liberté d’expression liés à la proposition de loi visant à lutter contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme », devant être examinée à partir de jeudi à l’Assemblée nationale. Bénédicte Jeannerod, directrice de HRW pour la France, a souligné qu’« il est essentiel de lutter contre l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination », tout en estimant que cela « ne doit pas porter atteinte à la liberté d’expression ni à d’autres droits ». Elle a ajouté que « le débat public légitime et la défense des droits humains, y compris en ce qui concerne la Palestine et Israël, ne doivent pas être confondus avec des infractions antisémites déjà punies par la loi française ».
Selon l’ONG, certaines dispositions du texte pourraient restreindre le débat public et la défense des droits humains, notamment sur des sujets liés au conflit israélo-palestinien.
La proposition de loi, portée par Caroline Yadan, prévoit notamment d’élargir l’infraction d’« apologie du terrorisme », c’est-à-dire le fait de présenter favorablement des actes ou leurs auteurs, ainsi que d’introduire de nouvelles incriminations, telles que la « minoration outrancière » de crimes historiques ou les appels publics à la destruction d’un État reconnu par la France.
Des experts des Nations unies ont également exprimé des préoccupations similaires, estimant que le texte pourrait porter atteinte à la liberté d’expression et à la sécurité juridique, en raison de la portée jugée large de certaines infractions.
