La tendance est à l’expansion significative des opérations au Liban, indique la Chaîne israélienne 12, citant un responsable. Une affirmation qui rejoint la mise en garde lancée par Benyamin Netanyahu sur l’extension de la guerre. Du côté libanais, une explosion dans la colonie de Shlomi, près de la frontière libanaise, a été constatée suite à une attaque de drone. Une double attaque de missiles et de drones menée depuis le Liban vers le nord de la Palestine occupée a aussi été signalée. L’agence Ani a signalé 8 martyrs et 3 blessés lors du raid israélien sur la localité de Shaat, dans le district de Baalbek.
A l’aube, une frappe israélienne avait ciblé un appartement résidentiel dans le quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, une agression touchant le cœur de la capitale libanaise. Il s’agit de la deuxième agression israélienne contre des zones situées au cœur de la ville de Beyrouth administrative, après l’attaque menée il y a quelques jours contre un hôtel dans le secteur de la Raouché. L’Ani gence a rapporté que l’agression a été menée via un missile guidé ayant frappé directement l’appartement, blessant 4 personnes, causant d’importants dégâts au bâtiment ciblé et provoquant un mouvement de panique parmi les habitants du quartier.
À la suite de ce raid, des médias israéliens, dont la « Chaîne 12 », ont diffusé des informations prétendant que l’appartement servait de bureau à la « Jamaa Islamiya ». Cependant, l’organisation au Liban a rapidement démenti cette version. Dans un communiqué, la Jamaa a affirmé que le raid n’avait visé aucun de ses bureaux ni de ses cadres, s’étonnant de la précipitation de certains médias à annoncer le ciblage d’un bureau administratif et le martyre de plusieurs de ses membres sans vérifier les données de terrain. Elle a précisé que les nouvelles concernant le ciblage de ses quartiers généraux sont « infondées », tout en réitérant sa condamnation de « l’agression sioniste répétée contre le territoire libanais » et en appelant les médias à faire preuve de précision, de professionnalisme et de responsabilité.
Parallèlement, les raids israéliens se sont poursuivis sur plusieurs régions du Liban. L’aviation de guerre a lancé, à l’aube, une série de frappes violentes sur la banlieue sud de Beyrouth, ciblant les quartiers de Hay Mady et Laylaki, en même temps que d’autres raids touchant des localités du Sud et de la Bekaa. 7 civils sont tombés en martyre et 11 autres ont été blessés suite à des agressions israéliennes contre la localité de Chehabiyeh, au sud-Liban. De plus, un secouriste appartenant à l’Autorité Sanitaire Islamique est tombé en martyre suite à un raid de l’ennemi contre Zawtar el-Charkiyeh, également au sud. Et puis dans la Békaa, à l’est du Liban, le correspondant d’Al-Manar a rapporté que l’aviation israélienne a ciblé un bâtiment à Tamnine el-Tahta habité par une famille syrienne. Selon le ministère de la Santé, le bilan s’élève à 7 martyrs et 18 blessés, dont plusieurs enfants. En parallèle, l’armée israélienne a adressé des menaces d’évacuation et de bombardements aux habitants des quartiers de Haret Hreik et Bourj el-Barajneh dans la banlieue sud de Beyrouth. Elle a également menacé les habitants des villages de Yater, Qlaileh, Kafra, Jbal el-Botm, Majdal Zoun et Al-Hinniyeh, leur ordonnant de quitter leurs domiciles.
Israël a mené tôt mercredi de nouvelles frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, alors que son offensive a fait quelque 760.000 déplacés au Liban. L’Ani a fait état d’un « raid violent » sur la banlieue sud de la capitale. L’armée israélienne avait annoncé plus tôt une vague de frappes sur Beyrouth, disant cibler « des infrastructures du Hezbollah ».
Près de 500 personnes ont été tuées par l’agression israélienne depuis le 2 mars, selon des chiffres officiels. Et au moins 759.300 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes.
La représentante du HCR au Liban, Karolina Lindholm Billing, a averti mardi à Genève que « le nombre de personnes déplacées continue d’augmenter ».
« La plupart ont fui précipitamment, presque sans rien, et cherchent refuge à Beyrouth, au Mont-Liban, dans la région du nord du Liban et dans certaines parties de la Békaa », a-t-elle expliqué.
Dans l’immense Cité sportive à Beyrouth, un camp de toile a été installé pour accueillir les déplacés fuyant les bombes. « Nous avons fui à pied à deux heures du matin et avons passé la première nuit dehors », sur le front de mer, a raconté mardi à l’AFP Fatima Chehadé, une habitante de la banlieue sud âgée 35 ans, mère de quatre enfants dont un bébé.
Mardi après-midi, de violentes frappes avaient déjà visé le sud de la capitale, pilonné depuis neuf jours. Dans le sud du Liban, l’armée israélienne a également frappé mardi le secteur de Tyr, après avoir exhorté la population à évacuer. Selon Ani, le maire et un conseiller municipal de la ville de Jwaya, près de Tyr, ont été tués.
Des raids « successifs » sur la ville de Qana, également près de Tyr, ont fait cinq martyrs et cinq blessés, selon le ministère de la Santé mercredi. Près de la frontière, des combattants du Hezbollah ont attaqué à plusieurs reprises des troupes israéliennes près des villes frontalières de Khiam et d’Odaisseh, a déclaré la formation libanaise dans un communiqué.
L’Ani a également fait état d’« affrontements entre le Hezbollah (…) et une force ennemie en périphérie de la localité d’Aitaroun », dans ce secteur.
Israël a enjoint à plusieurs reprises les habitants d’évacuer une vaste zone du sud, s’étendant de la frontière jusqu’au fleuve Litani, à une trentaine de km plus au nord. Les derniers habitants d’un village chrétien frontalier avec Israël, Alma Al-Chaab, qui avaient résisté aux avertissements israéliens, ont été évacués mardi par les Casques bleus, selon une source de l’ONU et un correspondant de l’AFP. « 83 personnes sont parties, personne n’est resté parce qu’ils se sentaient en danger », a indiqué à l’AFP le maire du village, Chadi Sayah.
Lundi, l’armée israélienne avait tué père Pierre Raï, qui était le curé de la paroisse de Qlayaa, qui fait partie des villages chrétiens frontaliers du sud du Liban ayant décidé de se tenir à l’écart du conflit et de ne pas suivre les ordres d’évacuation israéliens. Une maison du village a été visée lundi par « deux tirs d’artillerie successifs provenant d’un char ennemi de type Merkava », selon l’Ani. Le curé avait pris part vendredi à un rassemblement devant une église de Marjeyoun, localité avoisinante, où plusieurs dizaines d’habitants se sont dit résolus à rester sur leurs terres.
« Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons en tant que pacifistes qui ne portent que des armes de paix », avait alors déclaré Pierre Raï. Il avait appelé à considérer Marjeyoun comme « une zone rouge », c’est-à-dire qui ne devrait pas abriter des déplacés des zones partisanes du Hezbollah.
Le Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, a indiqué mardi que 15 de ses secouristes sont tombés en martyrs et 30 ont été blessés par des frappes israéliennes depuis le début de la guerre. Lundi, l’aviation ennemie israélienne a mené des frappes sur des succursales d’Al-Qard al-Hassan dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, après un avertissement. Cette société qui remplace les banques, avec des crédits et services est frappée depuis de longues années de sanctions par les Etats-Unis. Sous pression américaine, les autorités libanaises ont également pris des mesures visant à resserrer l’étau autour d’Al-Qard al-Hassan.
Le Parlement libanais a reporté lundi de deux ans les législatives prévues en mai, en raison de la guerre.
Le Hezbollah met les points sur les « i »
Mohammad Raad, chef du bloc de la Fidélité à la Résistance, n’a pas manqué de coucher par écrit les critiques déjà formulées verbalement à l’endroit de l’Etat libanais.
« Partant du souci de la souveraineté du Liban, de sa sécurité, de sa stabilité et de la coexistence entre ses fils, et loin des fanfaronnades et des surenchères, le besoin émerge d’une approche calme menant à une compréhension commune entre l’autorité et la Résistance concernant les deux points fondamentaux au cœur du débat. Cette question requiert une écoute nationale mutuelle qui ouvre les esprits dans l’intérêt du pays et conduit à une vision unifiée entre les deux parties sur ces deux points.
La compréhension de l’autorité part de principes juridiques généraux et particuliers, selon lesquels le concept d’État exige nécessairement l’existence d’une autorité centrale monopolisant les armes et détenant exclusivement la décision de paix et de guerre. Cela est considéré comme l’une des évidences constitutionnelles qui ne nécessite pas de discussion et n’accepte aucune opinion contraire.
Quant à la compréhension de la Résistance, elle part des mêmes principes juridiques généraux et particuliers, mais considère que le concept d’État, qui exige nécessairement une autorité centrale, doit jouir de caractéristiques et d’éléments complets, dont le plus important est la souveraineté totale sur le sol de la patrie.
Par conséquent, toute violation de la souveraineté impose à l’autorité et à l’État, ainsi qu’aux citoyens, un devoir de solidarité et de cohésion nationale afin de restaurer cette souveraineté, constituant ainsi le préalable nécessaire à la construction de l’État et à la formation de ses pouvoirs.
La Résistance estime que le fait pour l’autorité de tourner le dos, en pratique, à la poursuite de l’occupation et à la violation continue de la souveraineté, tout en optant pour le monopole des armes et de la décision de guerre et de paix sous une souveraineté violée, est une confiscation incompréhensible et malavisée. Aucune majorité ne peut couvrir cela sur le plan procédural car c’est contraire aux principes constitutionnels et juridiques généraux et particuliers.
Face à cette divergence de conception, la Résistance s’est employée à faciliter l’établissement d’une autorité ayant sa propre conception des priorités, et a fait preuve de toute la coopération et de la disposition nécessaires pour parvenir avec elle à une compréhension unifiée et nationale épargnant au pays les désagréments du désaccord.
Elle a ainsi concédé à l’État et à son autorité constitutionnelle son droit de principe à l’exclusivité des armes entre ses mains et à l’exclusivité de la décision de paix et de guerre, considérant que ces deux exclusivités doivent être précédées, avant d’être mises en œuvre, par le règlement de l’exclusivité de la souveraineté nationale sur le sol de la patrie.
La raison en est que l’occupation de la terre nationale par l’ennemi, et l’incapacité manifeste de l’autorité à la libérer ou à la récupérer sans conditions portant atteinte à la souveraineté, imposent automatiquement la naissance d’un droit juridique international et privé, outre le droit humain, moral et national, pour que le peuple affronte l’occupation et lui résiste jusqu’à la libération et l’évacuation complète du sol national.
Cette conception, l’autorité libanaise n’a pas voulu l’entendre, justifiant cela par le fait que la Résistance n’a pas pu, lors de la dernière confrontation avec l’ennemi, l’affronter ni l’empêcher de s’infiltrer et de persister dans l’agression.
Au lieu de discuter ces allégations avec une approche nationale soucieuse, elle s’est empressée de confisquer le droit légitime, constitutionnel, moral et national des Libanais à résister à l’occupation sioniste, et a commis une erreur, voire un crime majeur infamant, en s’engageant envers l’occupation sur ce qu’elle prétend et ce pour quoi elle fait pression afin de faire chanter le Liban : le désarmement de la Résistance. Un prétexte que l’ennemi a toujours invoqué pour se soustraire à l’engagement de l’arrêt des actes hostiles conformément au premier point de la déclaration de l’accord de cessez-le-feu du 27/11/2024, lequel n’est conditionné par rien d’autre.
La Résistance a toujours affirmé que l’ennemi doit respecter ses obligations pour mettre en œuvre les clauses de l’accord, sans avoir aucun droit d’imposer des conditions au Liban. Elle affirme également son ouverture positive à la discussion du sujet de ses armes avec l’État libanais dans le cadre d’une stratégie nationale globale de sécurité et de défense.
Cependant, la décision gouvernementale précipitée du 5 août 2025, décrétant l’exclusivité des armes sur le territoire libanais, est une décision infamante qui a mis la charrue avant les bœufs et a cédé à la logique israélienne manœuvrière refusant d’exécuter ses obligations liées aux clauses du cessez-le-feu.
La Résistance, malgré ce qu’a fait le gouvernement, continue d’affirmer sa position claire et tranchée, et appelle à corriger la faute gouvernementale par une entente réaliste entre le gouvernement et la Résistance, dont personne ne peut confisquer le droit légitime tant qu’il y a une occupation du territoire libanais. Elle appelle également à redéfinir les priorités du gouvernement afin de placer le bœuf avant la charrue pour faciliter la gestion des affaires du pays.
Quant à la facilité de céder aux pressions exercées par l’ennemi directement, ou indirectement via des acteurs internationaux et régionaux influents, cela ne servira pas l’intérêt du pays et ne réalisera pas les revendications des Libanais concernant la fin de l’occupation, la restauration de la souveraineté et la solidarité de tous pour la bonne gestion des affaires internes.
L’allégation selon laquelle l’exclusivité des armes est un principe adopté à Taëf est une affirmation résultant d’un manque de compréhension de l’accord de Taëf et d’une déformation délibérée de ses intentions. En effet, le Document d’entente nationale approuvé à Taëf a distingué deux sujets, consacrant à chacun un titre spécifique.
Le premier titre incluait « l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble des territoires libanais libérés… et la dissolution de toutes les milices armées », tandis que le second titre concernait « la libération du territoire libanais occupé par l’ennemi israélien », stipulant dans ce paragraphe « la prise de toutes les mesures nécessaires ou disponibles pour libérer le territoire de l’occupation israélienne ».
Tous les gouvernements formés après l’accord de Taëf ont adopté dans leur déclaration ministérielle un texte soutenant cela : « Les Libanais ont leur droit légitime à résister à l’occupation israélienne ». Cela s’est poursuivi même avec le gouvernement de « sauvetage et de réforme » qui a tenté d’échapper à l’adoption d’un texte explicite sur ce point, avant de revenir à l’adoption du texte « le droit du Liban », révélant ainsi le plafond politique de ce gouvernement dans les circonstances actuelles.
Ce qui a imposé à Taëf l’adoption de deux titres est la distinction entre les deux sujets : le sujet de l’extension de l’autorité de l’État dans les zones libérées avec ce que cela implique comme dissolution des milices qui s’entre-tuaient durant la guerre civile, et le sujet de la libération du territoire libanais occupé par l’ennemi israélien, qui nécessite la reconnaissance de la légitimité de la Résistance et de ses armes, ainsi que la reconnaissance de la mission nationale qu’elle accomplit et qui doit bénéficier de facilités opérationnelles pour ses mouvements.
C’est ce qui se passait avec tous les gouvernements post-Taëf, jusqu’à la formation du gouvernement de « sauvetage et de réforme » au milieu du trouble régional imposé par l’ennemi israélien à Gaza, au Liban, en Syrie et dans la plupart des pays de la région arabe.
Une dernière chose doit être signalée dans ce contexte, concernant la décision de paix et de guerre que l’ennemi sioniste confisque aujourd’hui au gouvernement, alors que certains prétendent faussement et par provocation que c’est la Résistance qui le fait.
Quand la chose est claire comme le soleil, nous ne nous arrêterons pas pour en démontrer l’évidence. Mais ce qu’il convient de noter, c’est que la Résistance veille à ce qu’une paix véritable se réalise au Liban, et non à ce que l’ennemi lui impose une capitulation sous le nom de paix. C’est ce à quoi le gouvernement doit prêter attention et veiller en assurant un consensus national derrière lui pour réaliser une telle paix acceptable.
Ce que nous avons exposé est à l’intention du gouvernement en premier lieu, et de tous ceux qui sont soucieux de la souveraineté du Liban, de sa sécurité et de sa stabilité. Que le rappel profite à ceux qui s’y intéressent. »
